Asie · Asie du sud
Népal
République démocratique fédérale du Népal
Le Népal est un pays d'Asie du Sud enclavé entre l'Inde et la Chine, où l'altitude passe de 60 mètres au-dessus du niveau de la mer à 8 849 mètres, le sommet de l'Everest, sur une largeur de moins de 200 kilomètres. Huit des quatorze sommets de plus de 8 000 mètres de la planète se trouvent sur son territoire ou à sa frontière. Il n'a jamais été colonisé, et la vallée de Katmandou conserve un ensemble exceptionnel de temples, de palais et de places où hindouisme et bouddhisme se côtoient depuis des siècles.
- Capitale
- Katmandou
- Monnaie
- Roupie népalaise (NPR)
- Superficie
- 147 516 km²
Géographie
Trois étages sur moins de 200 kilomètres
Le Népal est un rectangle allongé d'est en ouest, et tout s'y organise du sud au nord, en trois bandes parallèles :
- le Teraï, plaine tropicale au sud, prolongement de la plaine du Gange, à 60 à 200 mètres d'altitude : rizières, forêts de sals, chaleur moite, et la majeure partie des terres cultivées et des industries du pays. Le parc de Chitwan y protège rhinocéros unicornes, tigres et gavials ;
- les moyennes montagnes, entre 700 et 4 000 mètres, collines et vallées taillées en terrasses depuis des siècles, où vit une grande partie de la population et où se trouvent Katmandou et Pokhara. Le climat y est tempéré, les pentes cultivées en millet, maïs, riz et cardamome ;
- la haute chaîne, l'Himalaya, avec ses glaciers, ses vallées suspendues et ses cols, où l'habitat monte jusqu'à 4 000 mètres et les pâturages d'été plus haut encore.
Le dénivelé total dépasse 8 700 mètres sur une distance nord-sud qui n'atteint jamais 250 kilomètres. Il n'existe pas d'autre pays où l'on change aussi vite de monde : en deux jours de route, on passe des bananiers et des éléphants aux yaks et à la neige éternelle.
Pourquoi ces montagnes sont là, et pourquoi elles montent encore
L'Himalaya est né d'une collision : la plaque indienne, détachée du grand continent austral appelé Gondwana, est venue buter contre la plaque eurasiatique il y a environ 50 millions d'années, et continue d'avancer de quelques centimètres par an. Le sol se plisse et se soulève : les sommets gagnent encore quelques millimètres par an, en partie compensés par l'érosion.
Huit des quatorze sommets de plus de 8 000 mètres sont au Népal : l'Everest (8 849 m, appelé Sagarmatha en népali et Chomolungma en tibétain), le Kangchenjunga, le Lhotse, le Makalu, le Cho Oyu, le Dhaulagiri, le Manaslu et l'Annapurna. On trouve des fossiles marins dans leur roche : ces calcaires se sont formés au fond d'un océan disparu, la Téthys, avant d'être portés à huit kilomètres d'altitude.
Cette même collision fait du Népal une région à forte activité sismique. Le séisme du 25 avril 2015, de magnitude 7,8, a tué près de 9 000 personnes, détruit des centaines de milliers de maisons et endommagé de nombreux temples de la vallée de Katmandou, restaurés depuis.
L'eau, la mousson et l'énergie
Les grandes rivières, Kosi, Gandaki, Karnali, naissent au nord de la haute chaîne, parfois au Tibet, et la traversent par des gorges profondes : elles sont plus anciennes que les montagnes qu'elles coupent. Elles rejoignent le Gange et alimentent des centaines de millions de personnes en aval.
La mousson arrive de l'est en juin et se retire en septembre. Le relief bloque les nuages : certaines pentes reçoivent plus de 4 000 mm de pluie, tandis que les vallées de l'arrière de la chaîne, comme le Mustang, sont des déserts d'altitude où il tombe moins de 300 mm. La saison des pluies déclenche des glissements de terrain, et la fonte accélérée des glaciers augmente le risque de vidange brutale de lacs glaciaires, un danger suivi de près.
Le Népal n'a pas de pétrole mais un potentiel hydroélectrique considérable, en partie exploité et exporté vers l'Inde. Ses autres ressources sont l'agriculture, l'artisanat, les tapis, le tourisme de randonnée et d'alpinisme, et les revenus envoyés par les Népalais travaillant à l'étranger, qui représentent une part très importante de l'économie.
Histoire
Des royaumes de vallée, et un pays jamais colonisé
- Vers 563 avant notre ère : selon la tradition, Siddhartha Gautama, le futur Bouddha, naît à Lumbini, dans le Teraï. Le site, inscrit au patrimoine mondial en 1997, porte une colonne érigée en 249 avant notre ère par l'empereur indien Ashoka, dont l'inscription confirme qu'on venait déjà y faire un pèlerinage.
- IVe-IXe siècle : la dynastie des Licchavi gouverne la vallée de Katmandou, laisse des inscriptions sur pierre et fait de la vallée une étape du commerce entre l'Inde et le Tibet.
- XIIIe-XVIIIe siècle : les rois Malla règnent sur la vallée, bientôt divisée en trois cités rivales, Katmandou, Patan et Bhaktapur. Cette rivalité produit une surenchère de construction : places à temples superposés, palais de brique et de bois sculpté, bassins, fontaines. Les sept ensembles monumentaux de la vallée sont inscrits au patrimoine mondial depuis 1979.
- 1768-1769 : Prithvi Narayan Shah, roi de la petite principauté de Gorkha, conquiert la vallée et unifie les dizaines de royaumes de la région en un seul État, dont il fait Katmandou la capitale.
- 1814-1816 : guerre contre la Compagnie anglaise des Indes. Le Népal perd des territoires par le traité de Sougauli mais garde son indépendance : il n'a jamais été colonisé, ce qui est rare en Asie du Sud. À partir de cette guerre, l'armée britannique recrute des soldats népalais, les Gurkhas, qui servent ensuite dans les armées britannique et indienne jusqu'à aujourd'hui.
Un siècle de pouvoir héréditaire, puis l'ouverture
- 1846-1951 : après un massacre de courtisans, la famille Rana s'empare du pouvoir réel et rend la charge de premier ministre héréditaire ; les rois Shah sont réduits à un rôle symbolique. Le pays reste presque entièrement fermé aux étrangers pendant un siècle.
- 1951 : la monarchie reprend le pouvoir avec l'appui d'un mouvement populaire ; le pays s'ouvre, les premières écoles publiques et les premières routes modernes sont construites.
- 1953 : Edmund Hillary, néo-zélandais, et Tenzing Norgay, sherpa népalais, atteignent le sommet de l'Everest le 29 mai. L'alpinisme devient une activité économique majeure ; les sherpas, peuple de haute altitude de la région du Khumbu, en deviennent les professionnels les plus réputés.
- 1959 : premières élections ; le roi suspend le parlement dès 1960 et instaure un système sans partis, le panchayat.
- 1990 : un mouvement populaire obtient une monarchie constitutionnelle et le multipartisme.
1996-2015 : guerre civile, fin de la monarchie, nouvelle constitution
- 1996-2006 : un conflit armé oppose une insurrection maoïste à l'État. Il fait environ 17 000 morts et déplace des dizaines de milliers de personnes.
- 1er juin 2001 : la famille royale est tuée dans le palais de Katmandou ; le roi Gyanendra monte sur le trône et suspend les libertés en 2005.
- Avril 2006 : des semaines de manifestations et de grève générale contraignent le roi à rendre le pouvoir au parlement. Un accord de paix est signé en novembre avec les maoïstes.
- 28 mai 2008 : l'assemblée constituante abolit la monarchie et proclame la république, après 240 ans de règne de la dynastie Shah.
- 20 septembre 2015 : une nouvelle constitution fait du Népal une république fédérale laïque de sept provinces, reconnaît de nombreuses langues nationales, interdit la discrimination de caste et réserve des sièges aux femmes et aux groupes marginalisés. Son adoption provoque des protestations dans le Teraï, dont les habitants jugent le découpage des provinces défavorable.
- 2015-aujourd'hui : reconstruction après le séisme, développement de l'hydroélectricité, forte émigration de travail, et des gouvernements de coalition qui se succèdent rapidement.
Culture
Deux religions dans la même cour
Au Népal, l'hindouisme et le bouddhisme ne sont pas seulement voisins : ils partagent souvent les mêmes lieux, les mêmes divinités sous d'autres noms et les mêmes fêtes. Une famille peut faire appel à un prêtre hindou pour un mariage et à un lama pour un enterrement. Le pays est aussi un lieu saint pour les deux : Lumbini pour la naissance du Bouddha, et de grands temples hindous comme Pashupatinath, sur la Bagmati.
Les stupas de Bodnath et de Swayambhunath, avec leurs yeux peints et leurs drapeaux de prière, et les monastères de la vallée, sont des repères de l'art bouddhique himalayen. Les Newars de la vallée de Katmandou ont développé un art propre : bois sculpté en fenêtres ajourées, bronze à la cire perdue, peintures paubha, briques moulées. C'est un artiste newar, Araniko, qui part au XIIIe siècle travailler à la cour mongole de Pékin et y introduit un style de pagode et de statuaire.
Ce que le pays a donné au monde
- Le Bouddha, né à Lumbini : l'enseignement parti de là a atteint la Chine, le Japon, la Corée, l'Asie du Sud-Est et aujourd'hui le monde entier.
- L'architecture de la pagode à toits superposés, mise au point dans la vallée de Katmandou et diffusée vers le nord et l'est de l'Asie.
- Le drapeau népalais, seul drapeau national qui ne soit pas un quadrilatère : deux fanions triangulaires superposés, avec une lune et un soleil.
- Les sherpas, sans qui l'alpinisme de haute altitude n'existerait pas sous sa forme actuelle, et un savoir de la vie à plus de 4 000 mètres que la médecine étudie de près.
- Le dal bhat, riz et soupe de lentilles accompagnés de légumes et de condiments, mangé deux fois par jour ; les momos, raviolis vapeur ; le thé au lait et aux épices ; et le khukuri, couteau courbe devenu un objet connu partout.
Fêtes et calendriers
Le Népal suit officiellement le calendrier Bikram Sambat, en avance d'environ 57 ans sur le calendrier grégorien : une année 2026 ailleurs correspond à une année 2082-2083 là-bas. La nouvelle année tombe en avril.
Dashain, en automne, est la plus longue fête du pays et vide les villes : tout le monde rentre au village. Tihar honore sur cinq jours les corbeaux, les chiens, les vaches, puis les frères et sœurs : les chiens de rue reçoivent ce jour-là une guirlande de fleurs et une marque rouge sur le front. À Katmandou, l'Indra Jatra et le Bisket Jatra de Bhaktapur font circuler des chars de plusieurs tonnes tirés à la corde dans les ruelles.