Afrique · Afrique australe
Lesotho
Royaume du Lesotho
Le Lesotho est le seul pays du monde dont la totalité du territoire se trouve au-dessus de 1 000 m d'altitude : son point le plus bas, 1 400 m, est le plus élevé de la planète. Entièrement entouré par l'Afrique du Sud, ce royaume de montagnes vend son eau à son voisin et abrite des empreintes de dinosaures et la plus haute mine de diamants du monde.
- Capitale
- Maseru
- Monnaie
- Loti (LSL)
- Superficie
- 30 355 km²
Géographie
Un pays entièrement en altitude
Aucun point du Lesotho ne descend sous 1 400 m (c'est le point bas le plus élevé de tous les pays du monde) et environ les trois quarts du territoire dépassent 1 800 m. On l'appelle pour cette raison le « royaume dans le ciel ».
Le relief est dominé par les Maloti, prolongement du Drakensberg, où le Thabana Ntlenyana atteint 3 482 m : le plus haut sommet d'Afrique australe et de toute l'Afrique au sud du Kilimandjaro. Les basses terres de l'ouest, où vit la majorité de la population, ne représentent qu'un quart du pays.
Cette altitude apporte un climat rude : il neige chaque hiver sur les hauteurs, et le pays possède des stations de ski, fait rare sur le continent.
Le château d'eau de l'Afrique australe
Le Lesotho reçoit davantage de pluie et de neige que les plaines sud-africaines qui l'entourent. Deux grands fleuves y naissent :
- l'Orange (Senqu), le plus long fleuve d'Afrique du Sud, qui traverse ensuite le pays voisin jusqu'à l'Atlantique ;
- les affluents du Tugela, dont les chutes plongent du Drakensberg côté sud-africain.
Le Lesotho Highlands Water Project, engagé en 1986, capte cette eau derrière de grands barrages et la transfère par des tunnels percés sous la montagne vers la région industrielle de Johannesburg. L'eau est ainsi la première exportation du pays : on parle d'« or bleu ».
Les chutes de Maletsunyane, hautes de 192 m, tombent d'un seul jet et sont l'un des plus hauts sauts d'Afrique australe.
Diamants, laine, empreintes
La mine de Letšeng, à plus de 3 000 m, est la plus haute mine de diamants du monde. Elle produit peu de pierres mais de très grosses : plusieurs des plus gros diamants découverts depuis 2000 en sortent.
L'élevage de moutons mérinos et de chèvres angora fait du pays un exportateur de laine et de mohair. Et sur les dalles de grès, notamment près de Moyeni et de Morija, on marche sur des empreintes de dinosaures du Trias et du Jurassique ; un petit dinosaure décrit ici porte le nom de Lesothosaurus.
Histoire
Moshoeshoe et la montagne de la nuit
Les San habitaient ces montagnes depuis très longtemps et y ont laissé des milliers de peintures rupestres. Des groupes de langue sotho s'installent ensuite dans la région.
Au début du XIXe siècle, les bouleversements du Mfecane dispersent les populations du Highveld. Un chef nommé Moshoeshoe Ier rassemble alors des groupes éclatés et fonde une nation. En 1824, il installe sa capitale sur Thaba Bosiu, « la montagne de la nuit », un plateau aux flancs abrupts qui n'a jamais été pris malgré plusieurs assauts. Sa stratégie combine défense, diplomatie et accueil des réfugiés : il intègre les nouveaux venus au lieu de les soumettre.
Le pays affronte ensuite les fermiers boers de l'État libre d'Orange, qui lui prennent une grande partie de ses terres arables à l'ouest lors des guerres de 1858 et 1865-1868, d'où le fait que le Lesotho actuel soit essentiellement montagneux.
Un protectorat demandé, puis annexé, puis rendu
En 1868, pour éviter d'être absorbé, Moshoeshoe demande la protection de la Couronne britannique, qui l'accorde. Le territoire, appelé Basutoland, est rattaché à la colonie du Cap en 1871 ; une révolte, la « guerre des fusils » de 1880-1881, conduit à son retour, en 1884, sous administration britannique directe.
C'est cette séparation d'avec la colonie du Cap qui explique que le Lesotho n'ait pas été intégré à l'Union de l'Afrique du Sud en 1910, puis qu'il n'ait pas connu l'apartheid, tout en étant entièrement enclavé dans le pays qui le pratiquait.
Depuis 1966
- 4 octobre 1966 : indépendance comme royaume constitutionnel, sous Moshoeshoe II.
- 1970-1986 : suspension de la constitution puis régime autoritaire ; 1986-1993 : gouvernements militaires.
- 1993 : retour à un régime parlementaire ; instabilité politique récurrente, avec des interventions de médiation régionale en 1994, 1998 et 2014, et une réforme électorale en 2002 introduisant une part de proportionnelle.
- 1986-2004 : construction du Lesotho Highlands Water Project, qui transforme les finances publiques.
- Le pays appartient à l'union douanière et à la zone monétaire de l'Afrique australe : le loti est aligné sur le rand, qui a cours légal au Lesotho.
- L'industrie textile, tournée vers l'exportation, est devenue le premier employeur privé dans les années 2000, et une partie importante de la main-d'œuvre a longtemps travaillé dans les mines sud-africaines.
Culture
La couverture et le chapeau
Le vêtement le plus reconnaissable du pays est la couverture basotho, portée agrafée sur l'épaule. Ce n'est pas une simple protection contre le froid : les motifs (épis de maïs, boucliers, couronnes) ont des significations, certains modèles marquent le mariage ou l'initiation, et le port se code selon le statut. Le motif seanamarena, « celui qui prête serment aux rois », est le plus prestigieux.
Le mokorotlo, chapeau de paille conique terminé en pointe torsadée, inspiré selon la tradition de la silhouette de la montagne Qiloane, figure au centre du drapeau national : c'est l'un des rares drapeaux du monde à porter un vêtement.
Le poney, la poésie, le chant
Le poney basotho, petit cheval robuste adapté aux pentes, reste un moyen de transport courant dans les hautes vallées où aucune route ne monte. Des courses de poneys se tiennent dans les villages.
La poésie de louange lithoko, récitée d'une traite à haute voix, célébrait les faits des chefs ; elle se pratique encore lors des cérémonies. Le famo, musique d'accordéon née parmi les travailleurs migrants des mines, et les chœurs mokhibo dansés à genoux par les femmes forment le répertoire populaire.
L'écrivain Thomas Mofolo a publié en 1925 Chaka, roman en sesotho sur le roi zoulou, considéré comme l'une des premières grandes œuvres romanesques écrites dans une langue africaine et traduit dans de nombreuses langues.