Asie · Asie du sud
Sri Lanka
République socialiste démocratique de Sri Lanka
Sri Lanka est une île de l'océan Indien, séparée du sud de l'Inde par un détroit d'une cinquantaine de kilomètres, sur la route maritime qui relie l'Asie de l'Est à l'Afrique et à l'Asie de l'Ouest. Deux moussons opposées la coupent en une zone humide au sud-ouest et une zone sèche au nord et à l'est, où des rois ont fait construire dès le IIIe siècle avant notre ère des réservoirs d'irrigation dont certains fonctionnent encore. Elle a donné au monde la cannelle, puis un thé qui porte encore son ancien nom, Ceylan.
- Capitale
- Colombo (capitale législative : Sri Jayawardenepura Kotte)
- Monnaie
- Roupie srilankaise (LKR)
- Superficie
- 65 610 km²
Géographie
Une île coupée en deux par deux moussons
Sri Lanka a la forme d'une goutte d'environ 430 km du nord au sud. Elle est séparée de l'Inde par le détroit de Palk et le golfe de Mannar, où une ligne de bancs de sable et d'îlots, dite pont d'Adam, rendait autrefois le passage praticable par endroits.
Ce qui structure vraiment l'île, ce sont les deux moussons, qui ne viennent pas du même côté :
- la mousson du sud-ouest, de mai à septembre, arrose le quart sud-ouest ;
- la mousson du nord-est, de décembre à février, arrose le nord et l'est.
Les montagnes du centre arrêtent les nuages. Il en résulte deux pays dans une île : la zone humide du sud-ouest, qui reçoit de 2 000 à plus de 5 000 mm de pluie par an, verte toute l'année, couverte de forêts, de rizières, de plantations de thé, de caoutchouc et de cocotiers ; et la zone sèche, qui couvre les deux tiers de la superficie, avec moins de 1 500 mm concentrés sur quelques mois et une longue saison sans une goutte d'eau.
Au centre se dresse un massif qui monte à 2 524 mètres au Pidurutalagala, avec des plateaux d'altitude, des cascades et des prairies de brouillard ; les hautes terres sont inscrites au patrimoine mondial depuis 2010, comme la forêt de Sinharaja, dernier grand massif de forêt pluviale primaire de l'île, depuis 1988. Un grand nombre d'espèces d'amphibiens, de reptiles et de plantes de l'île ne vivent nulle part ailleurs.
Les réservoirs : une invention vieille de plus de deux mille ans
Comme la zone sèche reçoit toute son eau en quelques semaines puis n'en reçoit plus, les habitants ont appris très tôt à la garder. Dès le IIIe siècle avant notre ère, on y construit des wewa, réservoirs fermés par de longues digues de terre, et on les relie par des canaux en réseaux appelés « cascades de réservoirs » : le trop-plein de l'un alimente le suivant, et l'eau descend de bassin en bassin en irriguant les rizières.
Certains de ces ouvrages sont considérables : le Parakrama Samudra, « la mer de Parakrama », achevé au XIIe siècle, couvre plusieurs milliers d'hectares. Les ingénieurs anciens ont mis au point le bisokotuwa, un puits de régulation en pierre placé dans la digue, qui casse la pression de l'eau à la sortie et empêche le canal d'être emporté : c'est l'un des plus anciens dispositifs de ce genre connus.
Un roi du XIIe siècle a fait graver une phrase restée célèbre sur l'île : qu'aucune goutte de pluie ne devait atteindre la mer sans avoir d'abord servi aux hommes. Des milliers de ces réservoirs, grands et petits, sont toujours en service et irriguent encore des rizières aujourd'hui.
Ce que l'île donne
Le thé, planté sur les hauts plateaux à partir des années 1860, reste vendu dans le monde sous le nom de Ceylan. La cannelle, écorce intérieure d'un arbre qui ne pousse bien que dans le sud-ouest de l'île, y est produite depuis des siècles ; c'est la variété la plus recherchée. S'y ajoutent le caoutchouc, la noix de coco, le poivre, la cardamome, le riz, le textile, et des pierres précieuses, saphirs, rubis et pierre de lune, extraites autour de Ratnapura, la « ville des gemmes ».
Le tsunami du 26 décembre 2004, provoqué par un séisme au large de Sumatra, a frappé les côtes est et sud et tué plus de 30 000 personnes sur l'île. Une leçon en est restée : là où les mangroves et les récifs de corail étaient intacts, les dégâts à terre ont souvent été moindres, et leur replantation fait désormais partie de la protection des côtes.
Histoire
Anuradhapura : une capitale et une religion
- Vers 500-300 avant notre ère : des populations parlant une langue indo-aryenne, ancêtre du cinghalais, s'installent dans l'île, où vivent déjà les Veddas. Des populations de langue tamoule sont également présentes très tôt, les échanges avec le sud de l'Inde étant continus.
- Vers 250 avant notre ère : le bouddhisme theravada est introduit par Mahinda, envoyé de l'empereur indien Ashoka, et adopté par le roi Devanampiya Tissa à Anuradhapura. Une bouture de l'arbre sous lequel le Bouddha aurait connu l'éveil est plantée à Anuradhapura : le Sri Maha Bodhi, encore vivant, est l'un des plus anciens arbres plantés par des humains dont on connaisse la date.
- Ier siècle avant notre ère : les textes bouddhiques, jusqu'alors transmis de mémoire, sont mis par écrit pour la première fois dans l'île, au monastère d'Aluvihare. C'est de Sri Lanka que le canon en langue pali est ensuite transmis à la Birmanie, à la Thaïlande, au Cambodge et au Laos.
- IVe-Xe siècle : Anuradhapura devient une grande ville de monastères, de stupas géants et de réservoirs, avec des hôpitaux et des systèmes d'assainissement. Le rocher-forteresse de Sigiriya, aménagé au Ve siècle, porte des jardins d'eau, des fresques et un escalier monumental ; le site est inscrit au patrimoine mondial en 1982.
Polonnaruwa, les royaumes, puis les Européens
- 993-1070 : l'empire Chola, du sud de l'Inde, conquiert le nord de l'île ; la capitale est déplacée à Polonnaruwa, reprise ensuite par le roi Vijayabahu.
- 1153-1186 : sous Parakramabahu Ier, Polonnaruwa connaît une grande période de construction : réservoirs, temples, statues taillées dans la falaise du Gal Vihara.
- XIIIe-XVe siècle : des invasions et des épidémies de paludisme conduisent à l'abandon progressif de la zone sèche ; le centre de gravité se déplace vers le sud-ouest. Un royaume tamoul s'établit à Jaffna au nord. Le voyageur chinois Zheng He passe dans l'île au début du XVe siècle.
- 1505-1658 : les Portugais s'installent sur les côtes, prennent Colombo et Jaffna, imposent le commerce de la cannelle et convertissent une partie de la population au catholicisme.
- 1658-1796 : les Néerlandais les remplacent, développent les canaux, les plantations et un code de lois dont des éléments subsistent dans le droit srilankais.
- 1796-1948 : les Britanniques prennent le relais et annexent en 1815 le royaume de Kandy, dernier État indépendant de l'intérieur, jamais soumis avant eux. L'île, appelée Ceylan, est couverte de plantations de café puis, après une maladie des caféiers, de thé à partir des années 1860. Des centaines de milliers de travailleurs tamouls sont amenés du sud de l'Inde pour ces plantations : leurs descendants, les Tamouls indiens, forment une communauté distincte des Tamouls installés au nord depuis bien plus longtemps.
1948-2009 : indépendance, puis un conflit de vingt-six ans
- 4 février 1948 : indépendance dans le cadre du Commonwealth.
- 1956 : une loi fait du cinghalais la seule langue officielle, ce qui exclut de fait les Tamouls de l'administration et nourrit un ressentiment durable. 1960 : Sirimavo Bandaranaike devient la première femme au monde à diriger un gouvernement comme première ministre.
- 1972 : le pays devient une république et prend le nom de Sri Lanka. 1971 et 1987-1989 : deux insurrections d'un mouvement de gauche cinghalais sont réprimées très durement.
- Juillet 1983 à mai 2009 : un conflit armé oppose l'État srilankais aux Tigres de libération de l'Eelam tamoul, qui réclament un État séparé dans le nord et l'est. Il commence après des violences de masse contre des civils tamouls en juillet 1983. La guerre dure vingt-six ans et fait, selon les estimations des Nations unies, entre 80 000 et 100 000 morts. Les deux parties se sont vu reprocher par les organisations internationales des violations graves du droit humanitaire : attentats contre des civils et recrutement d'enfants d'un côté, bombardements de zones peuplées et disparitions forcées de l'autre. Un cessez-le-feu négocié en 2002 s'effondre en 2006. Le conflit s'achève en mai 2009 par la victoire militaire de l'État, au terme de combats dans une zone côtière où des dizaines de milliers de civils étaient bloqués. Le nombre de victimes de cette phase finale et l'établissement des responsabilités font toujours l'objet de procédures internationales.
- 2004 : le tsunami du 26 décembre. 2019 : attentats du dimanche de Pâques contre des églises et des hôtels, plus de 250 morts.
- 2022 : une crise économique et une pénurie de carburant et de médicaments provoquent des mois de manifestations pacifiques et la démission du président. Le pays se restructure depuis sous programme international.
Culture
Deux langues, plusieurs religions
Le cinghalais est une langue indo-européenne, cousine éloignée du français, avec son propre alphabet aux formes rondes ; le tamoul, langue dravidienne parlée aussi dans le sud de l'Inde, possède l'une des plus anciennes littératures vivantes du monde. Les deux sont langues officielles, et les billets de banque comme les panneaux portent les deux écritures.
L'île est majoritairement bouddhiste, avec des minorités hindoues, musulmanes et chrétiennes importantes, et des lieux partagés : le sommet du Pic d'Adam (Sri Pada) porte une empreinte dans la roche que les bouddhistes attribuent au Bouddha, les hindous à Shiva, les musulmans et les chrétiens à Adam ; les quatre traditions y montent par le même escalier, de nuit, pour voir le lever du soleil.
Ce que l'île a donné au monde
- La cannelle : jusqu'au XIXe siècle, l'île en a été le principal fournisseur mondial, et cette écorce a motivé l'installation successive de trois puissances européennes. La cannelle de Ceylan, plus claire et plus fragile que la casse, reste la variété la plus recherchée.
- Le thé de Ceylan, dont le nom commercial a survécu au changement de nom du pays.
- La transmission écrite du canon bouddhique en pali, mis par écrit dans l'île au Ier siècle avant notre ère, d'où il est passé à toute l'Asie du Sud-Est. Les chroniques Mahavamsa et Dipavamsa, tenues par des moines, constituent l'une des plus longues chroniques historiques continues du monde.
- Une ingénierie hydraulique enseignée aujourd'hui comme un modèle d'ouvrages durables, avec ses réservoirs en cascade et ses puits de régulation.
- Le saphir bleu et la pierre de lune ; plusieurs des grands saphirs célèbres du monde viennent de l'île.
- La danse kandyenne, aux tambours geta bera et aux coiffes d'argent, et le kolam, théâtre de masques du sud.
- Une cuisine de curries nombreux servis ensemble autour du riz, avec lait de coco, feuilles de curry, pandanus, et le hopper, crêpe en forme de bol cuite dans un petit wok. Le kottu, galette hachée à la spatule sur une plaque, se reconnaît de loin à son bruit.
Un pays d'éléphants et de fêtes
L'île abrite plusieurs milliers d'éléphants d'Asie sauvages, et le rassemblement saisonnier de plusieurs centaines d'entre eux autour du réservoir de Minneriya, quand l'eau baisse, est l'un des plus grands rassemblements d'éléphants du monde. La cohabitation avec les cultures est un problème réel, traité par des clôtures électriques et des corridors.
La grande procession de l'Esala Perahera, à Kandy, en juillet ou août, fait défiler pendant dix nuits des danseurs, des joueurs de tambour, des acrobates du feu et des éléphants caparaçonnés autour du temple de la Dent, où est conservée une relique du Bouddha : c'est l'une des plus anciennes processions religieuses encore célébrées sans interruption.