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Amerique du Nord · Arctique

Groenland

Kalaallit Nunaat, territoire autonome du royaume de Danemark

Le Groenland est la plus grande île du monde, plus vaste que le Mexique et l'Argentine réunis, et la quasi-totalité de sa surface est couverte d'une calotte de glace qui dépasse par endroits 3 000 mètres d'épaisseur. Ce n'est pas un État souverain : c'est un territoire autonome du royaume de Danemark, qui gère lui-même la plupart de ses affaires depuis 1979 et 2009, la défense et la politique étrangère restant à Copenhague. Sa langue officielle est le kalaallisut, une langue inuit, et sa population, de quelques dizaines de milliers d'habitants, vit sur une frange côtière sans aucune route reliant les villes entre elles.

Capitale
Nuuk
Monnaie
Couronne danoise (DKK)
Superficie
2 166 086 km²
Contour du territoire : Groenland

Géographie

Une île presque entièrement sous la glace

Le Groenland mesure environ 2 600 kilomètres du nord au sud. Environ 80 % de sa surface est recouverte par l'inlandsis, une calotte de glace dont le volume est le deuxième du monde après celle de l'Antarctique.

Cette glace n'est pas de l'eau de mer gelée : c'est de la neige accumulée pendant des centaines de milliers d'années et tassée. Son épaisseur atteint plus de 3 000 mètres au centre. Elle est si lourde qu'elle a enfoncé le socle rocheux : sous le centre de l'île, la roche se trouve par endroits sous le niveau de la mer. Si la glace disparaissait, le Groenland ressemblerait à un archipel entouré d'un bourrelet de montagnes, et il remonterait ensuite lentement, comme une planche que l'on cesse d'appuyer.

Le tour de l'île : fjords et montagnes

La glace est bordée d'une couronne de montagnes percée de fjords, des vallées glaciaires envahies par la mer. Le Scoresby Sund, à l'est, est le plus grand système de fjords de la planète : plus de 300 kilomètres de long.

Le point culminant, le Gunnbjørn Fjeld (environ 3 694 mètres), est le plus haut sommet au nord du cercle polaire arctique.

Là où la calotte atteint la mer, elle se casse : ce sont les glaciers émissaires. Celui de Sermeq Kujalleq, près d'Ilulissat, avance de plusieurs dizaines de mètres par jour et produit à lui seul une grande partie des icebergs de l'Atlantique nord. Le fjord glacé d'Ilulissat est inscrit au patrimoine mondial depuis 2004.

Une fonte que l'on mesure depuis l'espace

Deux moyens permettent de suivre l'inlandsis sans marcher dessus :

  • des satellites qui mesurent de très légères variations de la gravité au-dessus de la calotte, plus de glace, plus d'attraction, et en déduisent la masse perdue ou gagnée ;
  • des satellites altimétriques, qui mesurent l'altitude de la surface au centimètre près.

Ces mesures, continues depuis 2002, montrent une perte de masse. Le sujet dépasse largement l'île : la glace du Groenland contient assez d'eau douce pour élever le niveau des océans de plusieurs mètres si elle fondait entièrement, ce qui prendrait des millénaires. Ses carottes de glace, forées jusqu'au socle, conservent aussi un enregistrement du climat et de la composition de l'air sur plus de cent mille ans : c'est l'une des principales archives climatiques de l'hémisphère nord.

Habiter la côte

Toutes les localités sont côtières, et aucune route ne relie une ville à une autre : on se déplace en bateau, en avion, en hélicoptère, en traîneau à chiens ou en motoneige. Nuuk, la capitale, se trouve sur la côte ouest, là où un courant relativement moins froid maintient la mer libre de glace une grande partie de l'année.

Au nord, le soleil ne se couche pas pendant des semaines en été et ne se lève pas pendant des semaines en hiver. La chasse (phoque, narval, bœuf musqué) et surtout la pêche à la crevette et au flétan font l'essentiel de l'économie.

Histoire

Quatre peuplements successifs

L'île n'a pas été habitée en continu : des populations sont arrivées, ont vécu des siècles, puis ont disparu ou sont parties.

  • Vers 2500 av. notre ère : les premiers groupes, dits de Saqqaq, arrivent du Canada arctique par le détroit de Smith.
  • Vers 800-100 av. notre ère : la culture de Dorset occupe le nord et l'ouest.
  • Vers 985 : des colons venus d'Islande, conduits par Erik le Rouge, s'installent sur la côte sud-ouest. Ils y élèvent du bétail pendant près de cinq siècles, construisent des églises, et c'est de là que partent vers l'an 1000 les voyages qui atteignent Terre-Neuve, première présence européenne attestée sur le continent américain, près de cinq siècles avant 1492. Ces établissements nordiques disparaissent au XVe siècle, pour des raisons discutées : refroidissement du climat, épuisement des sols, isolement commercial.
  • Vers 1200 : les ancêtres des Inuit actuels, la culture de Thulé, arrivent de l'ouest avec le kayak, l'oumiak, le traîneau à chiens et le harpon à tête détachable, un ensemble de techniques qui permet de chasser les grands mammifères marins. Leurs descendants sont les Kalaallit d'aujourd'hui.

1721-1979 : la colonie danoise

  • 1721 : le pasteur norvégien Hans Egede fonde un établissement près de l'actuelle Nuuk. Le Danemark-Norvège établit une colonie, un monopole commercial et des missions. Le kalaallisut est écrit avec l'alphabet latin et sert à l'enseignement et à la liturgie, ce qui contribue à sa conservation.
  • 1814 : à la séparation du Danemark et de la Norvège, le Groenland reste danois.
  • 1721-1950 : la population vit surtout de chasse ; les bourgs se forment autour des comptoirs.
  • 1953 : le territoire cesse d'être une colonie et devient un comté du Danemark, avec représentation au parlement danois. Suit une politique de regroupement : des habitants de petits villages sont déplacés vers des villes où sont construits des immeubles collectifs.
  • 1966-1970 : des méthodes de contrôle des naissances appliquées sans consentement à des jeunes femmes groenlandaises font l'objet, depuis 2022, d'une enquête officielle conjointe danoise et groenlandaise.

L'autonomie, par étapes

  • 1er mai 1979 : entrée en vigueur du hjemmestyre, l'autonomie interne. Le Groenland obtient un parlement, l'Inatsisartut, et un gouvernement, le Naalakkersuisut, compétents pour l'école, la santé, la pêche et l'aménagement.
  • 1er février 1985 : après un référendum, le Groenland quitte la Communauté économique européenne, où il était entré avec le Danemark en 1973, principalement à cause des droits de pêche. C'est le premier territoire à sortir de la construction européenne.
  • 21 juin 2009 : la loi sur l'autonomie renforcée (selvstyre) entre en vigueur. Le kalaallisut devient la seule langue officielle du territoire ; le Groenland obtient la maîtrise de ses ressources du sous-sol, de sa justice et de sa police, et le texte reconnaît au peuple groenlandais le droit de décider d'une éventuelle indépendance. La défense, la politique étrangère et la monnaie restent des compétences du royaume de Danemark, et une subvention annuelle danoise couvre une part importante du budget.
  • 2021 : le parlement groenlandais interdit l'extraction d'uranium, ce qui arrête un grand projet minier dans le sud.

Le territoire occupe une position stratégique entre l'Amérique du Nord et l'Europe ; une base militaire américaine, installée à Pituffik (anciennement Thulé) en 1951, s'y trouve toujours.

Culture

Une langue qui construit des mots très longs

Le kalaallisut est une langue inuit. Elle fonctionne par ajout de suffixes : là où le français emploie une phrase, elle forme un seul mot, en empilant les éléments autour d'une racine. Un mot peut ainsi exprimer « il dit qu'il va bientôt partir en bateau ». C'est l'une des rares langues autochtones des Amériques à être la langue officielle et majoritaire d'un territoire, utilisée à l'école, au parlement, à la radio et dans l'édition.

Le tambour, le masque, le chant

Le qilaat, tambour plat en peau, accompagne chants et récits. Les chants de gorge et les jeux vocaux se pratiquent à deux. Le uaajeerneq, danse masquée du sud, mêle effroi, humour et provocation. La sculpture sur os, dent de narval, bois de renne et pierre se poursuit dans un art contemporain reconnu, les figurines tupilak en sont la forme la plus connue.

Le kayak, exporté dans le monde entier

Le kayak est une invention inuit : une carcasse de bois ou d'os tendue de peaux, ajustée à la taille du chasseur, avec une jupe cousue pour rester au sec, et la technique dite d'esquimautage pour se redresser après un retournement. Le mot lui-même vient du groenlandais qajaq. C'est aujourd'hui un sport olympique pratiqué sur tous les continents. L'anorak, autre mot de la même langue, a suivi le même chemin.