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Afrique · Afrique de l'Est

Érythrée

État d'Érythrée

L'Érythrée s'étire sur plus de mille kilomètres de côte le long de la mer Rouge, d'où son nom, emprunté au grec pour « mer rouge ». Sa capitale, Asmara, est un ensemble d'architecture moderniste des années 1930 si complet qu'il est inscrit au patrimoine mondial, et son indépendance, obtenue en 1993, a clos trente ans de guerre.

Les montagnes de Filfil, sur la route entre Asmara et la mer Rouge, à 2 500 mètres d’altitude.SBereket · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
Capitale
Asmara
Monnaie
Nakfa (ERN)
Superficie
117 600 km²
Contour du territoire : Érythrée

Géographie

Un escarpement entre la mer et le plateau

Trois milieux s'emboîtent :

  • une plaine côtière brûlante le long de la mer Rouge, prolongée au sud-est par la dépression Danakil, l'une des régions les plus chaudes du monde ;
  • un escarpement abrupt qui monte en quelques dizaines de kilomètres ;
  • un haut plateau central entre 1 800 et 2 500 m, où se trouve Asmara et où vit une grande partie de la population ; le point culminant, l'Emba Soira, atteint 3 018 m.

À l'ouest, les plaines du Barka et du Gash s'abaissent vers le Soudan.

La mer Rouge et les Dahlak

Le littoral, long d'environ 1 150 km, est bordé par l'archipel des Dahlak, plus de deux cents îles et îlots dont très peu sont habitées. Ses récifs coralliens, parmi les moins fréquentés de la mer Rouge, ont longtemps abrité une pêche perlière.

Le port de Massaoua, avec son architecture de corail et ses maisons ottomanes, et celui d'Assab, au sud, sont les deux débouchés du pays.

Un pays de pluies incertaines

Le plateau reçoit des pluies d'été, la côte des pluies d'hiver, et les plaines occidentales très peu. Les sécheresses sont fréquentes. L'agriculture en terrasses, le sorgho, l'orge et l'élevage occupent la majorité de la population.

Le sous-sol contient de l'or, du cuivre, du zinc et de la potasse ; la mine de Bisha est entrée en production en 2011.

Histoire

Aksoum, Adoulis, la mer Rouge

Le territoire appartient à l'un des plus anciens espaces étatiques d'Afrique. Le port d'Adoulis, sur la mer Rouge, était au début de notre ère l'un des grands comptoirs du commerce entre la Méditerranée, l'Arabie et l'Inde. Le site de Qohaito et ceux de l'aire de Metera portent des vestiges pré-aksoumites : stèles, citernes, inscriptions.

Du Ier au VIIe siècle, la région relève du royaume d'Aksoum, l'une des grandes puissances de l'Antiquité tardive, qui frappait sa monnaie et adopta le christianisme au IVe siècle. Plus tard, les basses terres passent sous influence musulmane, et la côte est disputée entre les Ottomans (à partir de 1557), les Égyptiens et les royaumes chrétiens de l'intérieur.

La colonie italienne

  • 1869 : achat de la baie d'Assab par une compagnie italienne ; 1885 : prise de Massaoua.
  • 1er janvier 1890 : l'Italie proclame la colonie d'Eritrea, nom tiré du grec Erythra Thalassa, « mer Rouge ». C'est la première fois que ce territoire est réuni sous une entité unique et sous ce nom.
  • 1896 : l'avancée italienne vers l'intérieur est stoppée par la défaite d'Adoua, en Éthiopie ; la frontière est fixée.
  • années 1930 : l'Italie fait d'Asmara une vitrine, avec chemins de fer, téléphérique de 75 km vers Massaoua et une architecture moderniste massive. Une législation de ségrégation encadre la vie des Érythréens.
  • 1941 : les forces britanniques prennent l'Érythrée ; administration militaire britannique jusqu'en 1952.

Trente ans de guerre, puis l'indépendance

  • 1950 : l'ONU décide d'une fédération de l'Érythrée avec l'Éthiopie ; elle entre en vigueur en 1952.
  • 1962 : l'Éthiopie dissout la fédération et annexe le territoire comme province.
  • 1961-1991 : guerre d'indépendance, menée d'abord par le Front de libération érythréen puis par le Front populaire de libération de l'Érythrée, qui met en place dans les zones libérées écoles, hôpitaux de montagne et imprimeries.
  • 24 mai 1991 : les combattants entrent dans Asmara. Avril 1993 : référendum organisé sous supervision de l'ONU ; l'indépendance est proclamée le 24 mai 1993.
  • 1998-2000 : guerre frontalière avec l'Éthiopie autour de Badme, très meurtrière ; accord d'Alger en 2000, puis deux décennies de tension.
  • juillet 2018 : déclaration conjointe de paix et d'amitié avec l'Éthiopie, réouverture des liaisons aériennes et téléphoniques.

Le pays fonctionne depuis l'indépendance sans élection nationale, sous la présidence d'Issayas Afeworki, et le service national de durée indéterminée fait l'objet de nombreux rapports d'organisations internationales.

La mosquée des Compagnons (Al Sahaba), à Massawa : selon la tradition, l’une des plus anciennes mosquées d’Afrique.Mheidegger · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons

Culture

Asmara, ville moderniste

Asmara a été inscrite au patrimoine mondial en 2017 comme « ville moderniste d'Afrique ». On y trouve, presque intacts, des bâtiments des années 1920-1940 : une station-service en forme d'avion, des cinémas art déco avec leurs fauteuils d'origine, des immeubles cubistes, un marché couvert. Peu de villes au monde conservent un tel ensemble d'architecture de cette période, et le classement souligne aussi l'appropriation de ces bâtiments par les habitants.

Neuf langues, deux écritures

L'Érythrée reconnaît neuf langues nationales et n'en a choisi aucune comme unique langue officielle : les langues de travail sont le tigrigna, l'arabe et l'anglais. Le tigrigna et le tigré s'écrivent avec l'alphasyllabaire guèze, une écriture née dans la région il y a plus de deux mille ans et qui note chaque consonne avec sa voyelle par une forme différente.

Krar, café, dentelle

La musique érythréenne s'appuie sur le krar, lyre à cinq ou six cordes, et le wata, vièle à archet, avec des danses d'épaules caractéristiques des hauts plateaux. La cérémonie du café, longue et codifiée, se pratique comme en Éthiopie voisine : on grille les grains devant les invités, on encense, on sert trois tournées.

L'artisanat comprend la vannerie colorée mesob, les broderies de coton blanc et la filigrane d'argent. Les écrivains Reesom Haile, poète en tigrigna, et Sulaiman Addonia, romancier de la diaspora, sont les plus traduits.

La fête de Meskel, la découverte de la Vraie Croix, à Asmara : chrétiens orthodoxes en blanc autour du grand feu.Reinhard Dietrich · CC0 (domaine public) · Wikimedia Commons
Le marché couvert aux légumes du centre d’Asmara, la capitale.David Stanley from Nanaimo, Canada · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons
La taïta (injera) servie avec du shiro, purée épicée de pois chiches, un plat de tous les jours en Érythrée.Temesgen Woldezion; edited by Merhawie Woldezion · CC BY-SA 2.5 · Wikimedia Commons