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Vérone Mankou, le Congolais qui a conçu une tablette pour l’Afrique

En janvier 2012, un jeune informaticien congolais met en vente à Brazzaville et à Pointe-Noire la Way-C, présentée comme la première tablette tactile conçue en Afrique. Son histoire montre ce que coûte une idée : six ans de travail, beaucoup de critiques, et la volonté de fabriquer un jour sur place ce qu'on achetait ailleurs.

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Vérone Mankou à Brazzaville (République du Congo) en 2019.VOA / Arsène Séverin · Domaine public · Wikimedia Commons

Un enfant de Pointe-Noire

Vérone Mankou naît en 1986 à Pointe-Noire, la grande ville portuaire de la République du Congo, le pays dont la capitale est Brazzaville (à ne pas confondre avec son grand voisin, la République démocratique du Congo). Son père est ingénieur dans l'industrie du pétrole, sa mère institutrice. Il se passionne très tôt pour l'informatique.

Dans les années 2000, en Afrique centrale comme dans une grande partie du monde, un ordinateur coûte cher et peu de familles ont Internet à la maison. Le téléphone portable, lui, se répand très vite.

En 2006, à une vingtaine d'années, Vérone Mankou travaille pour une entreprise qui fournit l'accès à Internet à Pointe-Noire. C'est cette année-là que naît son projet : concevoir un appareil bon marché pour que le plus grand nombre de gens puisse aller sur Internet. Deux ans plus tard, il devient conseiller pour les nouvelles technologies au ministère des Postes et des Télécommunications.

Ce qu'il a fait, et ce qu'il n'a pas fait

Commençons par ce qu'il n'a pas fait : il n'a pas inventé la tablette tactile. Il en existait déjà, dont l'iPad de l'entreprise américaine Apple.

Ce qu'il a fait, c'est concevoir une tablette avec sa propre entreprise, pensée pour être moins chère. En 2009, il crée la société VMK. Deux ans plus tard, VMK présente la Way-C, un nom qui veut dire « la lumière des étoiles » dans une langue du nord du Congo. Elle est mise en vente le 30 janvier 2012, dans les boutiques d'un opérateur de téléphone à Brazzaville et à Pointe-Noire.

La Way-C a un écran tactile d'environ 18 centimètres, pèse 380 grammes et fonctionne avec Android, le même logiciel de base que beaucoup de téléphones. Elle coûte 150 000 francs CFA, environ 228 euros : moins de la moitié du prix de l'iPad vendu à la même époque.

Il faut bien distinguer deux mots :

  • concevoir, c'est décider de ce que sera l'appareil : ses pièces, sa forme, ses logiciels, ses essais ;
  • assembler, c'est réunir les pièces dans une usine.

La Way-C a été conçue au Congo, mais assemblée en Chine, à Shenzhen, une ville où se trouvent d'immenses usines d'électronique. Vérone Mankou l'expliquait simplement : le Congo n'avait pas d'usine pour cela, et fabriquer en Chine coûtait moins cher.

En 2012, VMK lance aussi un smartphone, Elikia, un mot qui veut dire « espoir » en lingala. Vérone Mankou déclarait alors au magazine Jeune Afrique : « L'Afrique sommeille encore du point de vue des nouvelles technologies, mais le réveil est proche. »

Comment il y est arrivé

  • Du temps. Entre l'idée, en 2006, et la mise en vente, en 2012, il s'est passé six ans.
  • De l'argent, trouvé sans grand investisseur. Le projet a coûté plus de 80 millions de francs CFA, près de 122 000 euros, apportés pour l'essentiel par sa propre entreprise.
  • Des partenaires. Une usine chinoise pour l'assemblage, un opérateur de téléphone pour vendre la tablette dans ses boutiques et lui donner accès à l'Internet mobile.
  • Encaisser les critiques. Dès l'annonce, en 2011, une journaliste camerounaise, Julie Owono, et un blogueur congolais se demandent si la Way-C n'est pas simplement une tablette chinoise vendue sous un nouveau nom. Ils relèvent que le slogan est passé de « conçue et développée au Congo » à « conçue au Congo, assemblée en Chine », que VMK reconnaît avoir confié une partie du dessin de l'interface (ce qui s'affiche à l'écran) à un partenaire en Asie, et qu'un site chinois vend une tablette très ressemblante pour environ la moitié du prix. Vérone Mankou répond que son prix comprend le service après-vente et une présence sur place.
  • Continuer malgré des ventes modestes. En septembre 2012, la presse parle d'environ 5 000 Way-C vendues : c'est peu à l'échelle du marché mondial. Il ne s'arrête pas pour autant.

Fabriquer sur place

En juillet 2015, VMK ouvre une usine d'assemblage de téléphones à Brazzaville. Une centaine de jeunes Congolais y sont recrutés parmi environ 500 candidats. Ils sont formés sur place par des techniciens chinois, et certains sont partis se former plusieurs mois en Chine. Le premier téléphone assemblé au Congo, un modèle simple appelé Elikia XS, sort de l'usine le 13 juillet 2015.

Les écrans et les composants électroniques, eux, viennent toujours d'Asie : on ne les fabrique pas au Congo.

Ce que la légende oublie

  • « Première tablette africaine » est un titre discuté. La Way-C a bien été conçue en Afrique, mais assemblée en Chine avec des pièces venues d'Asie et un logiciel américain. Les critiques de 2011 portaient justement sur la part réelle de conception faite au Congo. Il faut dire aussi qu'aujourd'hui, presque aucun appareil électronique n'est fabriqué dans un seul pays : un téléphone de grande marque réunit des pièces venues de nombreux pays.
  • Il n'était pas seul. Une équipe, des partenaires chinois, des opérateurs de téléphone, des ouvriers formés : une entreprise est une œuvre collective.
  • Ce n'est pas un conte de fées. Les appareils de VMK n'étaient pas moins chers que ceux des grands fabricants chinois, et la concurrence est rude.

Ce qu'il a laissé

  • Un exemple. Un jeune d'Afrique centrale a conçu un produit technologique et l'a vendu sur plusieurs continents : lors des premières réservations, la moitié venait d'Europe.
  • Des compétences. L'usine de Brazzaville a formé une centaine de jeunes à l'assemblage électronique.
  • Des jeunes accompagnés. Il a aussi fondé un incubateur, un lieu qui aide les jeunes à lancer leur entreprise.
  • Une question qui compte encore. Où se fabrique la technologie que nous utilisons tous, et qui en profite ? C'est une question qui se pose en Afrique, en Amérique latine comme en Asie du Sud.

Le savais-tu ?

  • Le nom de l'entreprise, VMK, vient de « Vumbuka », qui veut dire « réveillez-vous » en kituba, l'une des langues nationales du Congo-Brazzaville.
  • Lors des premières réservations de la Way-C, la moitié venaient d'Europe, alors que l'entreprise n'y avait fait aucune publicité.
  • Elikia, le nom du smartphone de VMK, veut dire « espoir » en lingala.

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