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Suis-je libre ?

Tu as l'impression de choisir. Mais tes choix viennent de ton éducation, de ton cerveau, de ton milieu. Alors la liberté est-elle une illusion, ou faut-il la définir autrement ?

13-18 ans

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Un problème qui ne se voit pas tout de suite

Lève la main. Tu viens de choisir, tu en es sûr.

Maintenant demande-toi pourquoi tu l'as levée. Parce que le texte le proposait. Pourquoi as-tu suivi la proposition ? Parce que tu lis avec attention. Pourquoi lis-tu avec attention ? À cause de ton éducation, de ton caractère, de ce qui s'est passé avant.

À chaque étape, on trouve une cause. Et une action entièrement causée par ce qui la précède, est-ce encore un choix ?

La thèse qui inquiète

Le déterminisme soutient que tout événement a des causes, et que l'esprit humain ne fait pas exception. Nos décisions seraient l'effet de notre biologie, de notre histoire et de notre situation.

Cette thèse n'est pas une bizarrerie : c'est le présupposé de toutes les sciences. Une médecine qui n'admettrait pas que les maladies ont des causes ne pourrait rien soigner. Une sociologie qui n'admettrait pas que les comportements dépendent des conditions de vie n'expliquerait rien.

Elle a une conséquence redoutable : si personne ne pouvait agir autrement, punir n'a plus de sens.

Trois façons de répondre

Refuser le déterminisme. Il y a en nous quelque chose qui échappe aux causes. Les traditions religieuses et une partie de la philosophie le soutiennent, souvent sous le nom d'âme ou de volonté.

L'accepter et redéfinir la liberté. C'est la réponse la plus répandue aujourd'hui. Être libre, ce n'est pas être sans cause : c'est agir selon ses propres raisons, sans contrainte extérieure. Quelqu'un qui donne de l'argent parce qu'il le veut est libre ; quelqu'un qu'on menace ne l'est pas. Les deux actions ont des causes ; elles ne sont pas de même nature.

Accepter le déterminisme et abandonner la liberté. Certains l'assument : nous serions des mécanismes qui se racontent des histoires. Il faut alors expliquer pourquoi le sentiment de choisir est si constant, et repenser entièrement la responsabilité.

D'autres traditions posent la question autrement

Dans le bouddhisme, la question n'est pas de savoir si l'on est libre au sens européen, mais de se libérer. Nagarjuna et ses successeurs soutiennent que la souffrance vient de l'attachement à un moi stable qui n'existe pas comme tel. La liberté est un travail de détachement, pas une propriété qu'on posséderait au départ.

Le taoïsme, avec le texte attribué à Laozi, propose une autre voie : la liberté est dans l'accord avec le cours des choses, non dans l'effort pour le forcer. Agir sans forcer est un thème central de cette pensée.

Dans les philosophies stoïciennes de la Méditerranée antique, dont Épictète, né esclave, la liberté se joue sur ce qui dépend de nous : nos jugements, pas les événements. On n'est pas maître de ce qui arrive, on est maître de ce qu'on en fait.

Et dans de nombreuses pensées africaines, la liberté n'est pas d'abord l'absence de liens : un individu sans attaches n'est pas libre, il est perdu. Elle est la capacité d'occuper sa place et d'être reconnu dans un tissu de relations.

La liberté a aussi des conditions matérielles

Une question souvent absente des cours de philosophie et pourtant décisive : on n'est pas libre de la même façon selon qu'on mange ou non.

Quelqu'un qui doit accepter n'importe quel travail pour nourrir sa famille choisit, au sens juridique. Mais parler là de liberté est une plaisanterie. C'est pourquoi les philosophies politiques du XIXe et du XXe siècle ont insisté sur les conditions réelles de la liberté : instruction, santé, revenu, information, absence de peur.

Cela vaut aussi au niveau des peuples : un pays dont les décisions économiques sont prises ailleurs a une indépendance juridique et une marge de manœuvre réduite. Les penseurs de la décolonisation, dont le Martiniquais Frantz Fanon, ont travaillé précisément cette différence entre liberté proclamée et liberté effective.

Ce qui reste, quoi qu'on pense

Même sans trancher la question, deux constats tiennent.

  • Délibérer change le résultat. Quelqu'un qui s'arrête pour réfléchir agit autrement que s'il ne l'avait pas fait. Que la délibération ait elle-même des causes n'y change rien : elle est un maillon qui compte.
  • Élargir ce qui dépend de soi est possible. Apprendre, s'informer, gagner un moyen de subsistance, se donner des habitudes : chacune de ces choses augmente l'ensemble des actions réellement disponibles. C'est peut-être cela, la liberté, non un état, mais une étendue qu'on agrandit.

Le savais-tu ?

  • Épictète, l'un des principaux philosophes stoïciens, est né esclave : il soutenait que la liberté se joue sur nos jugements, pas sur les événements.
  • Dans le bouddhisme, la question n'est pas de savoir si l'on est libre, mais de se libérer de l'attachement à un moi stable.
  • Les penseurs de la décolonisation, dont Frantz Fanon, ont distingué la liberté proclamée par un texte de la liberté rendue possible par les conditions réelles.

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