Un homme qui posait des questions
Socrate vivait à Athènes il y a environ deux mille quatre cents ans. Il n'a laissé aucun livre : ce qu'on sait de lui vient de ses élèves, surtout de Platon.
Il ne faisait pas de cours. Il abordait les gens sur la place publique et leur posait des questions sur ce qu'ils croyaient savoir. Tu dis qu'une action est courageuse : qu'est-ce que le courage ? Tu dis qu'une loi est juste : qu'est-ce que la justice ?
Presque toujours, la personne se contredisait au bout de quelques échanges. Non parce qu'elle était bête, mais parce qu'elle n'avait jamais examiné ce qu'elle employait tous les jours.
« Je sais que je ne sais rien »
On lui attribue cette formule. Elle n'est pas de la fausse modestie : c'est un point de départ.
Socrate soutenait que le pire obstacle au savoir est de croire qu'on sait déjà. Quelqu'un qui se sait ignorant peut apprendre ; quelqu'un qui se croit savant est fermé.
Tu peux le vérifier facilement. Essaie de définir un mot que tu emploies sans arrêt, « ami », « respect », « intelligent ». C'est beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît, et cette difficulté est déjà une découverte.
Comment fonctionne sa méthode
En quatre temps.
- Demander une définition. « Qu'est-ce que le courage ? »
- Accepter la réponse telle qu'elle est donnée. « C'est ne pas avoir peur. »
- Chercher un cas qui ne colle pas. « Un soldat qui charge sans réfléchir n'a pas peur, est-il courageux ? Et celui qui a peur mais avance quand même ? »
- Améliorer la définition, et recommencer.
À la fin, souvent, on ne trouve pas la réponse. Mais on a compris quelque chose de plus précieux : pourquoi la question est difficile.
Cette méthode a un nom dans les écoles aujourd'hui : on parle de dialogue socratique, et elle est utilisée du Japon au Sénégal.
Pourquoi on l'a condamné
En 399 avant notre ère, Socrate est jugé à Athènes. Deux accusations : ne pas respecter les dieux de la cité, et corrompre la jeunesse.
Derrière, il y a une raison politique. Un homme qui apprend aux jeunes à demander « pourquoi ? » à ceux qui commandent devient gênant pour ceux qui commandent. Il est condamné à mort et boit le poison.
Il aurait pu s'enfuir : ses amis avaient tout préparé. Il a refusé, expliquant qu'il avait accepté les lois de sa cité toute sa vie et qu'il ne pouvait pas les rejeter le jour où elles lui donnaient tort. On discute ce choix depuis vingt-quatre siècles.
Ce qu'il a laissé
Trois idées, et elles servent tous les jours.
- Une question bien posée vaut mieux qu'une réponse rapide.
- Examiner ses propres croyances n'est pas une faiblesse : c'est le seul moyen de ne pas répéter les erreurs de son entourage.
- Le désaccord peut être amical. Socrate discutait avec ses adversaires sans les humilier, du moins la plupart du temps.
Il n'était pas seul à faire cela
D'autres traditions ont mis le dialogue au centre, sans rapport avec la Grèce.
Les débats de l'Inde ancienne avaient des règles précises : chacun devait pouvoir exposer la thèse de l'autre avant de la réfuter. Dans les écoles bouddhiques, l'entraînement au débat contradictoire fait partie de la formation, et se pratique encore aujourd'hui dans certains monastères.
En Afrique de l'Ouest, les palabres sous l'arbre à discussion suivaient aussi une procédure : on parle à tour de rôle, les anciens résument, on cherche l'accord plutôt que la victoire.
L'idée que la vérité se cherche à plusieurs, en se contredisant, n'appartient donc à personne. C'est peut-être pour cela qu'elle est si solide.
Le savais-tu ?
- Socrate n'a jamais rien écrit : tout ce qu'on sait de lui vient de ses élèves, et surtout de Platon.
- Il a refusé de s'enfuir de prison alors que ses amis avaient tout préparé, au nom des lois qu'il avait acceptées toute sa vie.
- Certains monastères bouddhiques entraînent encore aujourd'hui leurs étudiants au débat contradictoire, comme une discipline à part entière.
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