Une définition prudente
Il n'existe pas de définition sur laquelle tous les spécialistes soient d'accord, et il vaut mieux le dire tout de suite.
Ce que les chercheurs observent, en revanche, ce sont des éléments qui reviennent presque partout :
- des récits qui expliquent l'origine du monde, la mort, le mal, l'ordre des choses ;
- des êtres ou des forces qui dépassent les humains : un dieu, plusieurs dieux, des ancêtres, un principe ;
- des gestes à accomplir : prières, offrandes, jeûnes, pèlerinages, danses, silences ;
- des règles de conduite, souvent liées à la nourriture, au corps, au mariage, à l'argent ;
- des spécialistes : prêtre, imam, rabbin, moine, guérisseur, devin ;
- des lieux et des temps mis à part du reste : temple, mosquée, église, bois sacré, jour de repos, période de fête ;
- une communauté qui se reconnaît dans tout cela.
Certaines traditions n'ont pas tous ces éléments. Certains bouddhistes ne parlent pas d'un dieu créateur. Certaines religions n'ont aucun livre. C'est pourquoi les définitions strictes échouent toujours sur un cas.
Comment cet article est écrit
Une règle vaut pour toute cette rubrique, et elle doit être dite clairement.
On écrit : « les chrétiens tiennent que… », « selon la tradition musulmane… », « les Yoruba honorent… ». On n'écrit jamais : « Dieu a créé… » ni « ce n'est qu'une croyance ».
Ce n'est pas de la lâcheté. Une encyclopédie n'a pas les moyens de trancher ce que des milliards de personnes tiennent pour vrai et que d'autres milliards ne tiennent pas pour vrai. Elle a en revanche les moyens de décrire exactement ce qui est cru, fait et dit, ce qui est déjà un très grand service.
Religion, croyance, spiritualité
Ces mots ne désignent pas la même chose, et les confondre embrouille tout.
Une religion est organisée : elle a des textes ou des traditions fixées, des spécialistes, une communauté.
Une croyance est le fait de tenir quelque chose pour vrai sans preuve directe. Tout le monde en a, y compris sur des sujets non religieux.
La spiritualité désigne une recherche personnelle de sens, qui peut exister avec ou sans religion.
Et les personnes sans religion, athées, agnostiques, indifférentes, représentent une part importante de l'humanité, considérable en Chine, au Japon, en Europe du Nord. Elles ne sont pas des croyants incomplets : elles répondent autrement, ou ne répondent pas.
Ce que les religions font dans une société
Qu'on y croie ou non, on peut observer ce qu'elles produisent.
- Elles donnent du sens à ce qui est insupportable : la mort d'un enfant, une maladie, une injustice.
- Elles fabriquent du groupe. Les rites rassemblent ; les interdits marquent qui est dedans.
- Elles transmettent des savoirs. Des monastères, des écoles coraniques, des écoles de temples ont conservé et enseigné pendant des siècles, y compris des mathématiques et de la médecine.
- Elles soignent et secourent : hôpitaux, orphelinats, écoles gérés par des institutions religieuses sur tous les continents.
- Elles ont servi à justifier le pire : guerres, esclavage, conquêtes, persécutions, et aussi à les combattre. Les mêmes textes ont été invoqués des deux côtés.
Ce dernier point est important et se vérifie partout. Une religion n'est ni bonne ni mauvaise en bloc : ce sont des humains qui l'interprètent et qui agissent.
Comment en parler sans se disputer
Trois questions rendent presque toutes les conversations possibles, même entre personnes qui ne croient pas la même chose :
- Qu'est-ce que tu fais ? Les pratiques se racontent sans rien imposer.
- Qu'est-ce que cela veut dire pour toi ? L'interprétation varie beaucoup d'un croyant à l'autre, même dans la même religion.
- Qu'est-ce que je ne comprends pas et que j'aimerais comprendre ? Poser cette question désarme la plupart des tensions.
Ce qui bloque, à l'inverse, est de commencer par : « pourquoi vous croyez à ça ? », parce que ce n'est pas une question, c'est un jugement déguisé.
Le savais-tu ?
- Aucune définition de la religion ne fait l'unanimité chez les spécialistes : chaque définition stricte échoue sur un cas réel.
- Certaines traditions bouddhistes ne parlent pas d'un dieu créateur, et certaines religions n'ont aucun livre.
- Les mêmes textes religieux ont été invoqués pour justifier l'esclavage et pour le combattre : ce sont les interprétations humaines qui tranchent.
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
À lire ensuite
Les religions du monde en chiffres
Combien de croyants, où, et de quelles traditions ? Les chiffres surprennent souvent, et ils corrigent beaucoup d'idées reçues sur la carte religieuse de la planète.
8-12 ans
Le judaïsme
L'une des plus anciennes traditions monothéistes encore vivantes, portée par un peuple peu nombreux, et à l'origine de textes que le christianisme et l'islam reprennent à leur façon.
13-18 ans
Le christianisme
La tradition religieuse la plus nombreuse au monde, née dans une province de l'Empire romain, et dont la majorité des fidèles vit aujourd'hui dans l'hémisphère sud.
13-18 ans
L’islam
Deuxième tradition religieuse du monde par le nombre, née en Arabie au VIIe siècle, et dont la majorité des fidèles vit en Asie, pas dans les pays arabes.
13-18 ans
L’hindouisme
Ce n'est pas une religion à fondateur unique, mais un ensemble de traditions très anciennes qui coexistent depuis des millénaires en Asie du Sud, sans autorité centrale.
13-18 ans
Le bouddhisme
Une tradition née en Inde il y a environ deux mille cinq cents ans, centrée sur la souffrance et sa cessation, et qui dans plusieurs de ses formes ne parle pas de dieu créateur.
13-18 ans