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Qu’est-ce que le bien ? Quatre réponses sérieuses

Comment savoir si une action est bonne ? Quatre grandes réponses ont été données sur des continents différents. Elles ne se contredisent pas toujours, mais elles ne jugent pas les mêmes choses.

13-18 ans

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La question, posée précisément

On confond souvent trois questions différentes :

  • Qu'est-ce qu'une bonne action ?
  • Qu'est-ce qu'une bonne personne ?
  • Qu'est-ce qu'une bonne vie ?

Les réponses ne coïncident pas. Une bonne personne peut faire une mauvaise action ; une action utile peut être accomplie par mauvais calcul.

Première réponse : regarder les conséquences

Une action est bonne si elle produit de bons effets. Le plus de bien pour le plus grand nombre, le moins de souffrance possible.

C'est l'approche qui domine dans les décisions publiques : quand un ministère répartit un budget de santé entre des vaccins et des hôpitaux, il compare des conséquences.

Sa force : elle est mesurable, comparable, discutable avec des chiffres.

Sa faiblesse : elle peut justifier de sacrifier quelqu'un pour le bien du groupe. Si mentir sauve mille vies, faut-il mentir ? Beaucoup répondent oui. Mais si faire condamner un innocent calmait une émeute et sauvait des vies, faudrait-il le faire ? Presque tout le monde répond non, et la théorie a du mal à expliquer pourquoi.

Deuxième réponse : regarder le devoir

Certaines actions sont mauvaises en elles-mêmes, quelles qu'en soient les suites. Torturer, trahir, traiter quelqu'un comme un simple moyen.

Kant, en Prusse au XVIIIe siècle, propose deux tests. D'abord : la règle que tu suis, pourrais-tu vouloir que tout le monde la suive ? Si tu mens parce que cela t'arrange, un monde où tout le monde mentirait détruirait la parole elle-même, ta règle se contredit. Ensuite : traite toujours l'humanité en autrui comme une fin, jamais seulement comme un moyen.

Sa force : elle protège les individus. Aucun calcul collectif ne rend acceptable de broyer quelqu'un.

Sa faiblesse : sa rigidité. Faut-il dire la vérité à celui qui vient tuer ton frère et qui demande où il est ?

Troisième réponse : regarder le caractère

Plutôt que de juger les actes un par un, on peut se demander quelle personne on devient. C'est l'approche d'Aristote en Grèce, et aussi de Confucius en Chine, sans qu'ils se soient connus.

Pour Aristote, les vertus, courage, justice, mesure, générosité, sont des dispositions qui s'acquièrent par l'habitude, comme un savoir-faire. On devient courageux en accomplissant des actes courageux, comme on devient musicien en jouant.

Pour Confucius, l'homme accompli cultive le ren, un souci d'autrui qui commence dans la famille et s'étend à la société, et respecte les rites qui rendent les relations possibles. La morale y est inséparable de la place que chacun occupe et des égards qu'il doit.

Sa force : elle correspond à la façon dont on éduque réellement. On ne donne pas à un enfant une liste de règles, on lui fait prendre des habitudes.

Sa faiblesse : elle donne peu d'indications dans un cas précis et difficile.

Quatrième réponse : regarder la relation

Dans de nombreuses philosophies africaines, le point de départ n'est pas l'individu mais la relation. Une personne devient une personne par les autres personnes : c'est l'idée que plusieurs langues bantoues résument par le terme ubuntu.

Le bien s'y mesure à ce qui maintient la communauté vivante : l'hospitalité, le partage, le respect des aînés et des morts, la réparation du lien après un conflit. C'est pourquoi beaucoup de systèmes de justice coutumière cherchent d'abord à rétablir la relation plutôt qu'à punir.

Sa force : elle prend au sérieux le fait qu'aucun humain n'existe seul, et elle soigne l'après-conflit mieux que la punition.

Sa faiblesse : elle peut faire peser le groupe sur l'individu, et rendre difficile la contestation d'une coutume injuste.

Ce qu'on fait de ces quatre réponses

Aucune ne suffit seule, et la plupart des gens s'en servent toutes selon les situations, souvent sans le savoir.

Ce que la philosophie apporte n'est pas la bonne réponse, c'est la capacité de dire au nom de quoi on tranche. Quand deux personnes se disputent sur une décision, elles ne sont souvent pas en désaccord sur les faits : elles jugent selon des critères différents. Le nommer met fin à beaucoup de dialogues de sourds.

Le savais-tu ?

  • Aristote en Grèce et Confucius en Chine ont tous deux jugé la morale d'après le caractère qu'on cultive, sans jamais s'être connus.
  • Pour Kant, le test d'une règle morale est de se demander si on pourrait vouloir que tout le monde la suive.
  • Beaucoup de systèmes de justice coutumière africains cherchent d'abord à réparer la relation entre les parties, avant de punir.

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