Qui, quand, où
Oum Kalthoum, qu'on écrit aussi Umm Kulthum ou Oum Kalsoum, naît à Tammay al-Zahayra, un village du delta du Nil, en Égypte. L'année exacte est incertaine : les spécialistes retiennent le plus souvent vers 1904, car l'état civil des campagnes était alors peu fiable. Elle meurt le 3 février 1975 au Caire.
On l'a surnommée « l'Astre de l'Orient » et « la quatrième pyramide d'Égypte ». Elle grandit dans une famille pauvre, à une époque où l'Égypte est sous influence britannique et où la radio n'existe pas encore.
Ce qu'elle a créé
- Environ 300 chansons enregistrées.
- Des concerts mensuels retransmis en direct à la radio pendant près de quarante ans.
- Six films musicaux.
- Une façon de chanter qui donne toute sa place à la poésie arabe, classique ou moderne, portée par de grands poètes comme Ahmed Shawqi et Ahmed Rami.
Comment
Grâce à son père. Son père, Ibrahim al-Baltaji, est imam et récitant du Coran. Vers 1910, il emmène sa fille chanter avec lui dans les mariages et les fêtes des villages du delta. Elle apprend aussi à l'école coranique, où l'on apprend à réciter le Coran avec une diction parfaite : une excellente école pour la voix.
Habillée en garçon. À l'époque, une fille qui chante en public fait scandale. Son père l'habille donc en petit garçon, avec une coiffe bédouine qui ne laisse voir que ses yeux et sa bouche.
En s'installant au Caire. Au début des années 1920, des musiciens de la capitale convainquent la famille de s'y installer. On se moque d'abord de la « paysanne ». Elle travaille avec des maîtres : le cheikh Abou al-Ila Mohammed, son professeur, et le poète Ahmed Rami, qui écrira pour elle toute sa vie. Les meilleurs compositeurs d'Égypte, comme Riyad al-Sunbati et Mohammed al-Qasabgi, lui confient leurs mélodies.
Avec la radio. La radio nationale égyptienne ouvre en 1934. À partir des années 1930, ses concerts du premier jeudi du mois sont retransmis en direct : de la Tunisie à l'Irak, les rues se vident pour l'écouter. Un concert pouvait commencer vers 21 h 30 et se terminer à 3 ou 4 heures du matin.
Une œuvre à découvrir
Al-Atlal, « Les Ruines » (1966). La musique est de Riyad al-Sunbati, les paroles viennent d'un poème d'Ibrahim Nagi. C'est à l'origine un poème d'amour perdu : quelqu'un revient sur les ruines d'un amour passé. Après la défaite de l'Égypte dans la guerre de 1967, beaucoup d'auditeurs y ont entendu aussi un sens politique. Certains la considèrent comme la chanson arabe par excellence.
Pourquoi c'est une légende
Elle est souvent présentée comme la plus grande chanteuse du monde arabe au XXe siècle. Après la guerre de 1967, elle fait une tournée de concerts pour aider son pays, dont un passage à l'Olympia de Paris : elle y est payée deux fois plus que la célèbre cantatrice Maria Callas.
À sa mort, en 1975, des millions de personnes suivent ses funérailles au Caire ; la foule s'empare du cercueil et le porte pendant des heures. Le chanteur américain Bob Dylan a dit son admiration pour elle. En 2025, pour les cinquante ans de sa mort, Paris lui a rendu hommage par trois jours de concerts.
Zones d'ombre et débats
Proche du pouvoir ? Après la révolution de 1952, elle chante pour la nouvelle république et devient proche du président Gamal Abdel Nasser. Certains la voient comme un instrument de son pouvoir : ses concerts radiodiffusés précédaient parfois ses discours. Sa biographe, l'Américaine Virginia Danielson, parle plutôt d'une relation où chacun trouvait son intérêt.
Combien étaient-ils ? On lit souvent que quatre millions de personnes ont suivi ses funérailles. C'est une estimation rapportée par la presse, que personne n'a pu vérifier.
Pour aller plus loin
- Édith Piaf, une autre grande voix de l'Olympia de Paris.
- Miriam Makeba, la grande voix de l'Afrique du Sud.
Le savais-tu ?
- Enfant, Oum Kalthoum chantait habillée en petit garçon, parce qu'une fille qui chantait en public faisait scandale.
- Un de ses concerts du jeudi pouvait durer de 21 h 30 jusqu'à 3 ou 4 heures du matin.
- À l'Olympia de Paris, en 1967, elle a été payée deux fois plus que la cantatrice Maria Callas.
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