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Magellan et Elcano, le premier tour du monde

De 1519 à 1522, une expédition au service de l'Espagne, partie avec cinq navires et environ 260 hommes, fait pour la première fois le tour de la Terre. Son chef, Fernand de Magellan, est tué en route aux Philippines ; c'est Juan Sebastián Elcano, un ancien mutin, qui ramène le dernier navire avec 18 marins européens.

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Fernand de Magellan dans un portrait peint après sa mort, entre 1550 et 1625.Auteur inconnu · Domaine public · Wikimedia Commons

Deux marins et une question : où sont les îles aux épices ?

Au début du XVIe siècle, l'Espagne et le Portugal se disputent le commerce des épices. En 1494, par le traité de Tordesillas, les deux royaumes se sont partagé le monde en deux moitiés, sans demander leur avis aux peuples qui y vivaient. Une question reste ouverte : de quel côté de la ligne se trouvent les Moluques, les îles aux épices de l'actuelle Indonésie ?

Fernand de Magellan (Fernão de Magalhães en portugais) naît vers 1480 au Portugal, dans une famille de petite noblesse. Page à la cour du roi, il y apprend les mathématiques, l'astronomie et la navigation. À partir de 1505, il se bat pour le Portugal dans l'océan Indien : sur la côte est de l'Afrique, à Goa en Inde, à Malacca en Malaisie. Blessé au genou au Maroc, il boite toute sa vie. Le roi du Portugal refuse toutes ses demandes ; en 1517, Magellan passe au service du roi d'Espagne, Charles Ier, le futur empereur Charles Quint.

Son plan : atteindre les Moluques par l'ouest, en contournant l'Amérique du Sud. Personne ne l'a jamais fait. Les Européens n'ont aperçu l'océan Pacifique qu'en 1513, quand Vasco Núñez de Balboa a traversé l'isthme de Panama.

Juan Sebastián Elcano, lui, vient du Pays basque, dans le nord de l'Espagne. Marin dès l'enfance, il est capitaine et propriétaire d'un navire à 23 ans. Pour payer une dette, il le vend à des étrangers, ce que la loi interdit. Pour se refaire, il suit à Séville une formation de pilote, puis s'engage dans l'expédition de Magellan comme maître, le troisième officier d'un navire.

Le voyage

  • Septembre 1519. Cinq navires quittent l'Espagne : la Trinidad, le San Antonio, la Concepción, la Victoria et le Santiago. À bord, un érudit italien, Antonio Pigafetta, tient le récit du voyage. C'est grâce à lui qu'on connaît la plupart des détails.
  • Des mois à chercher un passage. La flotte longe l'Amérique du Sud et fouille chaque baie. Magellan fait jeter l'ancre la nuit pour ne pas manquer une ouverture dans l'obscurité.
  • Avril 1520, la mutinerie. Dans la baie de San Julián, en Patagonie (l'actuelle Argentine), des capitaines espagnols se révoltent. Elcano est avec eux. Magellan écrase la révolte : un capitaine est tué, un autre exécuté, un troisième sera abandonné sur la côte. Quarante hommes, dont Elcano, sont condamnés à mort, puis graciés parce qu'on a besoin d'eux. Ils travaillent enchaînés.
  • Octobre-novembre 1520, le détroit. Le Santiago a fait naufrage. La flotte trouve enfin le passage, qu'on appellera détroit de Magellan, et met 38 jours à le franchir. Le San Antonio en profite pour déserter et rentrer en Espagne avec une grande partie des vivres. Le 28 novembre, les trois navires restants entrent dans un océan si calme qu'on le nomme Pacifique.
  • 98 jours sans escale. L'océan est bien plus vaste que prévu. Les vivres pourrissent, le scorbut tue. Les marins mangent de la sciure de bois et se revendent des rats. Enfin, le 6 mars 1521, ils atteignent l'île de Guam.
  • Mars-avril 1521, les Philippines. Les habitants accueillent et nourrissent les marins épuisés. Mais à Cebu, Magellan s'allie avec le chef Humabon et veut soumettre les chefs voisins au roi d'Espagne. Lapulapu, chef de l'île de Mactan, refuse. Le 27 avril 1521, Magellan débarque à Mactan avec, selon Pigafetta, 49 hommes face à environ 1 500 guerriers. Il est tué.
  • Elcano prend la barre. Après d'autres morts, il reste trop peu d'hommes pour trois navires : on brûle la Concepción. Elcano devient capitaine de la Victoria. Le 8 novembre 1521, les deux derniers navires atteignent l'île de Tidore, dans les Moluques, et se chargent d'épices.
  • Le retour par l'Afrique. La Victoria repart seule vers l'ouest, par l'océan Indien, en évitant les ports tenus par les Portugais. Il lui faut des mois de tempêtes pour contourner le cap de Bonne-Espérance. Aux îles du Cap-Vert, les Portugais capturent treize de ses marins. Le 6 septembre 1522, la Victoria arrive en Espagne avec 18 marins européens et quelques hommes des Moluques embarqués en route. L'autre navire, la Trinidad, a été capturé par les Portugais.
Juan Sebastián Elcano, qui ramène la Victoria en Espagne en 1522, dans un portrait du XIXe siècle (portrait imaginé).Auteur inconnu · Domaine public · Wikimedia Commons

Comment ils y sont arrivés

  • L'expérience et le savoir. Magellan connaissait l'océan Indien pour y avoir combattu et navigué. Il s'appuyait sur des cartes, des instruments et les conseils d'astronomes et de cartographes.
  • L'obstination. Chercher le passage baie après baie, passer l'hiver en Patagonie, repartir malgré la faim : Magellan n'a jamais renoncé, quitte à se montrer très dur.
  • Le talent de navigateur d'Elcano. Ramener un navire abîmé, sans escale sûre, à travers deux océans, avec un équipage affamé, demandait une grande habileté. L'ancien mutin a achevé ce que son chef avait commencé.
  • L'aide des autres. Sans les habitants de Guam et des Philippines, qui ont ravitaillé les marins, et sans Enrique, un interprète qui parlait le malais, la langue du commerce dans la région, l'expédition n'aurait pas survécu.

Ce que la légende oublie

  • Magellan n'a pas fait le tour du monde. Il est mort à mi-chemin. Le premier tour du monde est une œuvre collective, bouclée par Elcano et ses compagnons. Les historiens ont longtemps vanté l'un contre l'autre ; sans Magellan le voyage n'aurait pas eu lieu, sans Elcano il n'aurait pas été achevé.
  • Enrique, l'oublié. Enrique était un homme réduit en esclavage, emmené de Malacca par Magellan en 1511. Magellan avait prévu de le libérer à sa mort, mais l'équipage ne l'a pas fait. Enrique est resté à Cebu, et on ignore ce qu'il est devenu. S'il est rentré chez lui, en Asie du Sud-Est, il aurait bouclé le tour du monde avant tout le monde. C'est une hypothèse de certains historiens, impossible à vérifier.
  • La vue depuis les Philippines. Pour les Philippins, la bataille de Mactan est la victoire de Lapulapu sur un étranger venu imposer sa loi. En 2021, pour les 500 ans, les Philippines ont célébré cette victoire plutôt que l'arrivée de Magellan. Le duel entre les deux chefs, souvent dessiné, est en revanche une légende : Pigafetta ne cite Lapulapu qu'une seule fois.
  • La violence. À Guam, un malentendu sur des objets pris aux marins tourne à la violence, et des habitants sont tués. Selon le témoignage d'Elcano au retour, Magellan avait fait brûler un village de Mactan avant la bataille. Et l'expédition ouvre la voie à la colonisation espagnole des Philippines, qui commence en 1565.

Ce qu'ils ont laissé

  • La preuve par l'expérience que tous les océans communiquent et qu'on peut faire le tour de la Terre en bateau.
  • Une Terre plus grande que prévu. Le Pacifique est immense, bien plus que ne l'imaginaient les géographes.
  • Le jour perdu. En arrivant au Cap-Vert, les marins découvrent qu'ils ont un jour de retard sur leur calendrier : en faisant le tour de la Terre vers l'ouest, ils ont vu un lever de soleil de moins que ceux restés à terre. Ce casse-tête ne sera réglé qu'au XIXe siècle, avec la ligne de changement de date.
  • Des noms dans le ciel. Deux petites galaxies visibles depuis l'hémisphère Sud portent le nom de Nuages de Magellan.

Elcano repart vers les Moluques en 1525 avec une nouvelle expédition. Il meurt de maladie en plein Pacifique, en août 1526.

Le savais-tu ?

  • En rentrant, les survivants ont découvert qu'ils avaient « perdu » un jour : en faisant le tour de la Terre vers l'ouest, ils avaient vu un lever de soleil de moins que ceux restés à terre.
  • Pendant la traversée du Pacifique, 98 jours sans escale, des marins affamés se revendaient des rats et mangeaient de la sciure de bois.
  • Aux Philippines, les 500 ans de la bataille de Mactan ont été célébrés en 2021 comme la victoire de Lapulapu, le chef qui avait résisté à Magellan.

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