Un élève moyen qui aime dessiner
Louis Pasteur naît le 27 décembre 1822 à Dole, dans le Jura, une région de l'est de la France. Sa famille est tanneuse : elle transforme les peaux d'animaux en cuir. Quand il a cinq ans, elle s'installe à Arbois, une petite ville voisine.
À l'école, Louis n'est pas un élève brillant. Il est consciencieux, mais ce qui le passionne, c'est le dessin : entre 13 et 20 ans, il fait des portraits au pastel de ses parents, de ses amis et de ses voisins, qui lui valent une petite renommée.
Encouragé par ses professeurs, il décide pourtant de rattraper son retard. Il travaille dur pour préparer le concours de l'École normale supérieure, une grande école de Paris. Il y est admis en 1843, et obtient son doctorat en 1847.
Des cristaux qui tordent la lumière
Ses premières découvertes portent sur des cristaux. Pasteur remarque que certaines substances existent sous deux formes qui sont comme l'image l'une de l'autre dans un miroir, à la manière d'une main droite et d'une main gauche. Ce travail, qu'on appelle aujourd'hui la chiralité, est important en chimie et dans la fabrication des médicaments.
En 1849, à Strasbourg, il épouse Marie Laurent. Elle sera toute sa vie une partenaire discrète et indispensable : il lui dicte par exemple certaines de ses notes pour l'Académie des sciences.
Les microbes sont partout
À Lille, puis à Paris, Pasteur étudie la fermentation, ce qui transforme le jus de raisin en vin, ou le lait en yaourt. À l'époque, la plupart des savants y voient une simple réaction chimique. Pasteur, avec quelques autres, défend une idée minoritaire : la fermentation est l'œuvre d'êtres vivants microscopiques. Il a raison.
Il s'attaque ensuite à une vieille croyance, la génération spontanée : l'idée que des êtres vivants naissent tout seuls dans la matière qui pourrit. Avec des flacons au long col recourbé en forme de cou de cygne, qui laissent passer l'air mais retiennent les poussières, il montre qu'un bouillon reste stérile tant que les microbes de l'air ne l'atteignent pas. Les microbes ne naissent pas de rien : ils viennent d'autres microbes.
Des découvertes qui servent tout de suite
Pasteur veut que la science soit utile. Pour éviter que le vin tourne, il invente en 1865 un procédé simple : chauffer le liquide pour tuer les microbes indésirables. On l'appellera la pasteurisation. Elle sert aujourd'hui surtout pour le lait et les jus de fruits, dans le monde entier.
La même année, on lui demande de sauver l'élevage des vers à soie, ravagé par une maladie dans le sud de la France. Il y passe plusieurs années et découvre que ce sont deux microbes différents qui en sont responsables.
Tenir bon
Ces années sont terribles pour lui. Sur ses cinq enfants, trois meurent jeunes : Jeanne en 1859, à 9 ans, de la fièvre typhoïde, une maladie causée par un microbe ; Camille en 1865, à 2 ans ; Cécile en 1866, à 12 ans, de la typhoïde elle aussi. En 1868, à 45 ans, Pasteur est frappé d'un accident vasculaire cérébral qui laisse le côté gauche de son corps en partie paralysé.
Il continue pourtant, avec l'aide d'une équipe de jeunes chercheurs, comme Émile Roux et Charles Chamberland.
Des vaccins, et un heureux hasard
Un vaccin apprend au corps à se défendre contre une maladie. L'idée n'était pas neuve : en Chine, en Inde, dans l'Empire ottoman ou en Afrique de l'Ouest, on protégeait depuis longtemps contre la variole en inoculant une forme légère de la maladie, et à la fin du XVIIIe siècle, le médecin anglais Edward Jenner avait mis au point un vaccin contre cette maladie. (Pour comprendre comment ils agissent, voir les vaccins.) Mais personne ne savait comment en fabriquer contre d'autres maladies.
Vers 1879, Pasteur étudie le choléra des poules. Avant de partir en vacances, son équipe laisse des cultures de microbes de côté. Au retour, ces vieux microbes, injectés à des poules, ne les rendent plus malades. Au lieu de jeter ces cultures « ratées », Pasteur a l'idée d'injecter ensuite à ces mêmes poules des microbes bien actifs : elles résistent. Les microbes affaiblis les ont protégées. Pasteur comprend qu'on peut fabriquer des vaccins en affaiblissant les microbes.
En 1881, à Pouilly-le-Fort, près de Paris, il fait une démonstration publique : il vaccine une partie d'un troupeau contre le charbon, une maladie mortelle du bétail, puis injecte la maladie à tout le troupeau. Les animaux vaccinés restent en bonne santé ; les moutons non vaccinés meurent.
Joseph Meister et la rage
La rage, transmise par la morsure d'animaux malades, est presque toujours mortelle une fois déclarée. Son microbe est un virus, trop petit pour être vu aux microscopes de l'époque. Pasteur et Roux réussissent pourtant à l'affaiblir, en faisant sécher la moelle épinière de lapins malades. Ils protègent ainsi des dizaines de chiens.
Le 6 juillet 1885, un garçon de 9 ans, Joseph Meister, arrive d'Alsace avec sa mère : il a été mordu quatorze fois par un chien enragé. Pasteur hésite : il n'a jamais essayé son traitement sur un humain, et il n'est pas médecin. Il se décide, et des médecins font les injections. En dix jours, l'enfant en reçoit treize. Il ne tombera jamais malade.
Des malades arrivent alors de nombreux pays. Grâce à une collecte d'argent auprès du public, en France et à l'étranger, l'Institut Pasteur ouvre à Paris le 14 novembre 1888. Pasteur meurt le 28 septembre 1895.
Ce que la légende oublie
- Il a caché un secret à Pouilly-le-Fort. Pasteur avait annoncé un vaccin préparé avec sa propre méthode. Mais ses cahiers de laboratoire, étudiés un siècle plus tard par l'historien Gerald Geison, montrent qu'il a utilisé un vaccin préparé par Chamberland avec un produit chimique, selon une méthode proche de celle d'un rival, le vétérinaire Henri Toussaint. Pasteur ne l'a pas dit, et c'est lui qui a reçu toute la gloire. Toussaint, mort en 1890, est resté presque oublié : beaucoup d'historiens estiment aujourd'hui qu'une part du mérite du premier vaccin contre le charbon lui revient.
- Il n'était pas seul. Le chercheur allemand Robert Koch a prouvé à la même époque que des microbes précis causent des maladies précises, et le médecin hongrois Ignace Semmelweis avait montré avant eux l'importance de se laver les mains à l'hôpital. Sans Roux, Chamberland et Marie Pasteur, l'œuvre de Pasteur n'aurait pas été la même.
- Il n'était pas médecin, mais chimiste. C'est justement en venant d'une autre discipline qu'il a vu les maladies autrement.
Ce qu'il a laissé
- Une révolution de l'hygiène : stériliser les instruments, faire bouillir, se laver les mains, conserver les aliments.
- Des vaccins qui ont ouvert la voie à ceux qui protègent aujourd'hui des milliards de personnes. (Voir aussi les microbes, amis et ennemis.)
- Un réseau mondial : le réseau Pasteur compte aujourd'hui 33 instituts sur tous les continents, de Dakar à Yaoundé, de Bangui à Antananarivo, de Tunis à Hanoï et à Montevideo. Beaucoup sont nés à l'époque coloniale, comme le premier, fondé à Saïgon en 1891. Ils surveillent aujourd'hui les épidémies et travaillent ensemble.
Le savais-tu ?
- Adolescent, Louis Pasteur était surtout doué pour le dessin : ses portraits au pastel de ses parents sont conservés et exposés.
- Dix chercheurs de l'Institut Pasteur ont reçu un prix Nobel depuis sa fondation.
- L'Institut Pasteur de Dakar, au Sénégal, a été créé en 1924 : il fait partie des 33 membres du réseau Pasteur dans le monde.
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