Des parents qui ont conquis leur liberté
En 1842, aux États-Unis, George et Rebecca Latimer s'enfuient de Virginie, un État du Sud où ils sont réduits en esclavage. Ils arrivent à Boston, dans le Massachusetts, un État du Nord où l'esclavage est interdit. Ils pensent y être en sécurité.
Ils se trompent. Quelques jours plus tard, George est reconnu et arrêté : la loi le considère comme la propriété de son maître, et l'accuse donc de « vol », celui de lui-même. Son affaire fait scandale. De grands militants contre l'esclavage, comme Frederick Douglass, se mobilisent. Un pasteur de Boston finit par payer 400 dollars au maître de George pour obtenir sa liberté.
C'est dans cette famille que naît Lewis Howard Latimer, le 4 septembre 1848, à Chelsea, près de Boston. Il est le plus jeune de quatre enfants.
Travailler dès l'enfance
Vers 1857, quand Lewis a environ neuf ans, son père disparaît de la vie familiale. Sa mère n'a plus assez d'argent pour élever tous ses enfants : les deux aînés sont placés, sa sœur part vivre chez des amis. Lewis reste avec sa mère, mais il doit travailler, ce qui l'empêche d'aller régulièrement à l'école. Il fait toutes sortes de petits métiers ; il vend même les exemplaires d'un journal qui combat l'esclavage.
En 1864, en pleine guerre de Sécession (la guerre civile américaine, qui oppose le Nord et le Sud), il veut s'engager. Il est trop jeune : il ment sur son âge et entre dans la marine du Nord, à 16 ans. Comme la plupart des marins noirs, il n'a droit qu'aux postes les moins bien payés, ici celui de domestique à bord d'une canonnière.
Apprendre en regardant
Après la guerre, en 1865, il trouve une place de garçon de bureau dans un cabinet d'avocats de Boston spécialisé dans les brevets. Un brevet est un document officiel qui protège une invention : pour l'obtenir, il faut des dessins techniques très précis.
Lewis observe les dessinateurs du cabinet. Il achète ses propres outils de dessin et s'entraîne le soir, après le travail. Il apprend ainsi seul le dessin industriel. Quand le dessinateur en titre s'en va, les patrons, impressionnés, lui confient le poste. Son salaire passe de 3 à 20 dollars par semaine. Mais il est payé 5 dollars de moins que le dessinateur qui l'a précédé : à cette époque, les employés noirs étaient souvent moins bien payés que les Blancs.
En 1876, l'inventeur Alexander Graham Bell l'engage pour dessiner les plans de sa nouvelle invention, le téléphone. Latimer travaille tard dans la nuit. Bell dépose sa demande de brevet quelques heures seulement avant un concurrent.
Le filament qui change tout
Vers 1880, l'ampoule électrique à incandescence vient d'apparaître. Elle éclaire grâce à un fil très fin, le filament, qui chauffe jusqu'à briller. Problème : ce filament de carbone casse vite, et l'ampoule ne dure que quelques jours. De nombreux inventeurs cherchent une solution.
Latimer travaille alors pour l'inventeur Hiram Maxim, concurrent de Thomas Edison. Il met au point une méthode pour fabriquer des filaments de carbone plus solides, en les protégeant dans des enveloppes de carton pendant leur fabrication, ce qui évite qu'ils se brisent. Il obtient un brevet à son nom en 1882. Les ampoules durent plus longtemps et coûtent moins cher : l'éclairage électrique entre dans les maisons ordinaires. (Voir aussi l'électricité.)
Il dirige ensuite l'installation de l'éclairage électrique dans plusieurs villes : New York, Philadelphie, Montréal au Canada, et Londres en Angleterre. À Londres, en 1882, une partie des ouvriers refuse d'être dirigée par un homme noir ; il écrit qu'il a été « dans l'eau bouillante » du début à la fin de sa mission.
Au service d'Edison
Au milieu des années 1880, il rejoint les entreprises de Thomas Edison. Il y devient expert en brevets : il enquête sur les inventions des concurrents et témoigne devant les tribunaux. En 1890, il publie un livre qui explique simplement comment fonctionne l'éclairage électrique d'Edison.
Latimer a obtenu en tout sept brevets, dont un système de toilettes pour les wagons de train et un appareil qui annonce la climatisation. Il meurt le 11 décembre 1928, à 80 ans, à New York.
Ce que la légende oublie
- Il n'a pas « inventé l'ampoule ». On le lit parfois sur Internet, mais c'est faux. L'ampoule a été mise au point peu à peu par de nombreux inventeurs. L'apport de Latimer, bien réel, est la fabrication de filaments plus durables.
- On lui a volé une partie du mérite. Chez Maxim, la loi donnait au patron les droits sur les inventions de ses employés : la première lampe à utiliser ses filaments s'appelait la « lampe Maxim ». Latimer n'a pas claqué la porte : il a trouvé comment déposer ensuite un brevet à son propre nom.
- Son histoire est aussi celle du racisme. Moins bien payé, contesté par ceux qu'il dirigeait, cantonné aux postes subalternes dans la marine : ses réussites ne font pas oublier les injustices qu'il a subies, et que tant d'autres, moins connus, ont vécues sans pouvoir les surmonter.
Ce qu'il a laissé
- La lumière pour tous : des ampoules plus solides et moins chères.
- Une preuve qu'on peut apprendre un métier très technique en observant, en s'entraînant et en osant se proposer.
- Un engagement : il a enseigné l'anglais et le dessin technique à des immigrants à New York, écrit des poèmes et défendu l'éducation des Noirs américains. Sa maison, dans le quartier de Queens, est aujourd'hui un musée.
Le savais-tu ?
- Pour mener à bien un chantier d'éclairage électrique à Montréal, où l'on parle beaucoup français, Lewis Latimer a appris le français tout seul.
- Il était le seul homme noir parmi les 28 premiers membres des « Edison Pioneers », un club qui réunissait les anciens collaborateurs de Thomas Edison.
- Il écrivait des poèmes et des pièces de théâtre, et jouait de la flûte.
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