Des Églises nées en Afrique
Au début du XXe siècle, la plus grande partie de l'Afrique est colonisée. Les missions chrétiennes européennes, catholiques et protestantes, y sont nombreuses, mais elles sont dirigées par des Européens. Des Africains, souvent formés dans ces missions, se mettent alors à prêcher eux-mêmes, dans leurs langues, avec leurs chants et leurs manières de prier.
On appelle ces communautés les Églises indépendantes africaines, ou Églises d'initiative africaine. Elles sont chrétiennes : elles s'appuient sur la Bible. Mais elles donnent une grande place à la prière de guérison, aux rêves et aux visions, aux prophètes, à la musique et à la danse. La fiche Le christianisme les présente brièvement ; voici quatre grands exemples.
Le prophète Harris, en Côte d'Ivoire
William Wadé Harris est né au Liberia, dans le peuple grebo, vers 1865. Vers 1912, il commence à prêcher, vêtu d'une robe blanche, une croix à la main. En 1913, il entre dans l'actuelle Côte d'Ivoire, alors colonie française. Sa réputation de guérisseur attire les foules : plus de 100 000 personnes se convertissent. Inquiètes, les autorités françaises l'expulsent vers le Liberia et font détruire ses lieux de culte en 1915.
Ses fidèles continuent pourtant. En 1928, une délégation va le voir au Liberia et reçoit sa bénédiction. Ainsi naît l'Église harriste, qui a toute sa place parmi les Églises de Côte d'Ivoire et d'Afrique de l'Ouest.
Le kimbanguisme, au Congo
En 1921, au Congo belge, Simon Kimbangu, un catéchiste baptiste, prêche quelques mois à Nkamba, dans l'actuel Kongo-Central, et prie pour les malades ; des foules accourent. Le pouvoir colonial le condamne et le garde en prison jusqu'à sa mort, en 1951. Sa vie est racontée dans la fiche Simon Kimbangu.
Ses fidèles, poursuivis, continuent en secret, guidés par sa femme Marie Mwilu, puis par son fils Joseph Diangienda. L'Église de Jésus-Christ sur la terre par Simon Kimbangu est reconnue officiellement le 24 décembre 1959, peu avant l'indépendance. En 1969, elle devient la première Église indépendante africaine admise au Conseil œcuménique des Églises, qui rassemble des Églises du monde entier. Elle revendique plusieurs millions de fidèles, et Nkamba est sa ville sainte.
Son histoire montre aussi que ces Églises évoluent. En 1989, l'Église a remplacé dans son nom le mot « prophète » par « envoyé spécial », pour mieux exprimer ce que ses fidèles croient de Kimbangu. En 2021, le Conseil œcuménique des Églises a mis fin à son adhésion, pour des raisons de doctrine. L'Église kimbanguiste reste l'une des plus grandes Églises nées en Afrique.
Les Églises aladura, au Nigeria
Dans le sud-ouest du Nigeria, en pays yoruba, un mouvement de prière et de guérison apparaît vers 1918 : on l'appelle aladura, « ceux qui prient » en yoruba. En 1926, un catéchiste anglican, Josiah Oshitelu, est renvoyé parce qu'il affirme avoir des visions. En 1930, il fonde l'Église du Seigneur (Aladura). D'autres Églises aladura naissent à la même époque. Elles insistent sur la prière, le jeûne et la guérison, et se sont répandues dans toute l'Afrique de l'Ouest et au-delà.
Les Églises sionistes d'Afrique australe
En Afrique du Sud, des Églises dites sionistes se développent à partir des années 1910. L'une des plus grandes est l'Église chrétienne de Sion, fondée vers 1924-1925 par Engenas Lekganyane. Son siège, Moria, dans la province du Limpopo, accueille chaque année à Pâques un immense pèlerinage ; des responsables politiques de premier plan, dont Nelson Mandela, y ont assisté.
Ce qu'on en discute
Les historiens rappellent que ces Églises sont nées dans un monde colonial, où les Africains n'avaient presque aucun droit. Les autorités coloniales et beaucoup de missionnaires les ont vues comme une menace, et les ont souvent réprimées. Certains chercheurs y voient d'abord une forme de résistance ; d'autres insistent sur leur dimension avant tout religieuse. Les deux lectures se complètent souvent.
Ces Églises sont aujourd'hui l'une des grandes forces du christianisme en Afrique, à côté des Églises catholiques, protestantes et pentecôtistes.
Pour aller plus loin
- Simon Kimbangu, la vie du fondateur du kimbanguisme.
- Le christianisme, pour situer ces Églises dans l'ensemble du christianisme.
- Kimpa Vita, une prophétesse du royaume Kongo, deux siècles plus tôt.
- Le Congo belge, le contexte colonial de la naissance du kimbanguisme.
Le savais-tu ?
- En 1914, le prophète William Wadé Harris a converti plus de 100 000 personnes en Côte d'Ivoire, avant d'être expulsé par les autorités françaises.
- En 1969, l'Église kimbanguiste est devenue la première Église indépendante africaine admise au Conseil œcuménique des Églises.
- Le mot aladura signifie « ceux qui prient » en yoruba : il désigne des Églises nées au Nigeria autour de la prière et de la guérison.
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