Des mythes, mais d'abord des religions
Quand on lit les récits de Zeus, d'Osiris ou d'Odin dans la rubrique « Mythologies du monde », on oublie parfois que, pour les gens de l'époque, ce n'étaient pas des histoires pour enfants. C'étaient des religions, pratiquées chaque jour. Le mot « mythologie » est un regard d'aujourd'hui, posé sur des croyances qui ne sont plus pratiquées comme autrefois. La fiche Les mythologies : raconter le monde explique cette différence.
On parle ici des religions de l'Antiquité, de la naissance de l'écriture, vers 3300 avant notre ère, jusqu'aux environs du Ve siècle de notre ère, et, plus largement, des religions anciennes qui ont disparu ensuite, comme celles des Vikings ou des Aztèques.
Ce qu'elles avaient souvent en commun
Ces religions étaient très différentes, mais beaucoup partageaient quelques traits :
- elles honoraient plusieurs dieux, chacun avec son domaine : le ciel, la mer, les moissons, la guerre ;
- elles reposaient surtout sur des gestes : offrandes, sacrifices d'animaux, prières, processions, plus que sur un livre unique ou une liste de croyances ;
- elles étaient liées à la cité ou à l'État : honorer les dieux protégeait toute la communauté, et le roi ou les magistrats jouaient souvent un rôle religieux, comme le pharaon en Égypte ;
- elles cherchaient à connaître la volonté des dieux par la divination : oracles, comme à Delphes, observation des oiseaux ou des entrailles des animaux ;
- elles accueillaient facilement des dieux étrangers. Les Romains, par exemple, ont adopté la déesse égyptienne Isis ou le dieu Mithra, venu du monde iranien, honoré dans des temples souterrains.
Comment elles ont disparu
Elles n'ont pas disparu d'un coup, ni de la même manière.
Dans l'Empire romain, le christianisme, d'abord minoritaire et parfois persécuté, est reconnu en 313 par l'empereur Constantin, puis devient la religion officielle à la fin du IVe siècle. Les anciens cultes reculent et sont interdits ; des temples sont fermés ou détruits. En Égypte, le temple d'Isis à Philae reçoit des pèlerins jusqu'au VIe siècle, avant d'être fermé par l'empereur Justinien.
Dans le nord de l'Europe, les anciens dieux scandinaves reculent entre le IXe et le XIe siècle, au fur et à mesure que les rois se convertissent au christianisme ; les deux croyances cohabitent longtemps. En Iran, la conquête arabe du VIIe siècle apporte l'islam, et le zoroastrisme devient minoritaire. Dans les Amériques, la conquête espagnole du XVIe siècle impose le christianisme.
Ces changements se sont faits selon les lieux par conviction, par intérêt, par la pression des pouvoirs, et parfois par la force. Les historiens étudient chaque cas avec ses documents.
Ce qu'il en reste aujourd'hui
Des religions anciennes toujours vivantes. Toutes les religions anciennes n'ont pas disparu. L'hindouisme plonge ses racines dans les Védas, le judaïsme et le zoroastrisme remontent aussi à l'Antiquité. Elles ont évolué, mais elles sont pratiquées sans interruption.
Des monuments. Les pyramides, le Parthénon, les temples d'Angkor ou de Teotihuacan sont visités par des millions de personnes.
Des fêtes et des calendriers. Le Nowruz, le Nouvel An iranien, est une fête très ancienne toujours célébrée. À Rome, les Saturnales, du 17 au 23 décembre, étaient une fête joyeuse où l'on s'offrait des cadeaux ; des historiens pensent qu'elles ont pu influencer certaines coutumes de Noël, une idée que d'autres jugent exagérée.
Des mots et des images. Les jours de la semaine, les noms des planètes, de nombreuses expressions viennent des dieux anciens. Les artistes n'ont jamais cessé de les représenter.
Des renaissances. Aujourd'hui, de petits groupes ont fait renaître le culte de dieux anciens, par exemple celui des dieux nordiques au Danemark. Le Musée national du Danemark souligne qu'il s'agit d'une réinterprétation, pas d'une suite directe.
Pour aller plus loin
- Les mythologies : raconter le monde, pour la différence entre mythe et religion.
- La mythologie égyptienne et les dieux de l'Olympe, deux grandes religions anciennes.
- Le zoroastrisme, une religion antique toujours pratiquée.
- Les mythes dans notre quotidien, les traces des dieux anciens dans nos mots.
Le savais-tu ?
- Les Romains accueillaient volontiers des dieux étrangers : ils ont adopté la déesse égyptienne Isis et le dieu Mithra, honoré dans des temples souterrains.
- À Rome, les Saturnales se tenaient du 17 au 23 décembre : on s'offrait des cadeaux, et les esclaves recevaient pour quelques jours des libertés habituellement interdites.
- Le temple d'Isis à Philae, en Égypte, a reçu des pèlerins jusqu'au VIe siècle de notre ère, bien après la fin de l'Égypte des pharaons.
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
À lire ensuite
Qu’est-ce qu’une religion
Des récits, des gestes, des interdits, un groupe : les religions du monde se ressemblent par leur forme, même quand elles disent des choses très différentes.
8-12 ans
Les religions du monde en chiffres
Combien de croyants, où, et de quelles traditions ? Les chiffres surprennent souvent, et ils corrigent beaucoup d'idées reçues sur la carte religieuse de la planète.
8-12 ans
Le judaïsme
L'une des plus anciennes traditions monothéistes encore vivantes, portée par un peuple peu nombreux, et à l'origine de textes que le christianisme et l'islam reprennent à leur façon.
13-18 ans
Le christianisme
La tradition religieuse la plus nombreuse au monde, née dans une province de l'Empire romain, et dont la majorité des fidèles vit aujourd'hui dans l'hémisphère sud.
13-18 ans
L’islam
Deuxième tradition religieuse du monde par le nombre, née en Arabie au VIIe siècle, et dont la majorité des fidèles vit en Asie, pas dans les pays arabes.
13-18 ans
L’hindouisme
Ce n'est pas une religion à fondateur unique, mais un ensemble de traditions très anciennes qui coexistent depuis des millénaires en Asie du Sud, sans autorité centrale.
13-18 ans