D'où viennent ces récits
Les Dogon vivent au centre du Mali, en Afrique de l'Ouest, dans la région de la falaise de Bandiagara : une longue muraille de grès, avec un plateau au-dessus et une plaine en contrebas. Leurs villages s'accrochent aux pentes, avec leurs greniers carrés au toit de paille pointu, leurs autels et leurs toguna, des abris bas où les hommes se réunissent pour discuter. Avant eux, un autre peuple, les Tellem, a utilisé les grottes de la falaise.
Le site est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, pour ses paysages et pour ses traditions toujours vivantes : masques, fêtes, rituels et cérémonies en l'honneur des ancêtres. Les récits se transmettent oralement, souvent par étapes, au fil des initiations. Aujourd'hui, ces traditions cohabitent avec l'islam et le christianisme, pratiqués par de nombreux Dogon.
Amma, les masques et les ancêtres
Pour les Dogon, le créateur s'appelle Amma. Il donne la vie et la fécondité à la terre.
Les masques tiennent une place centrale. Ils appartiennent à une société d'hommes initiés, l'Awa, aussi appelée la société des masques. Elle organise le dama, une grande cérémonie funéraire de six jours. Le dama permet aux âmes des personnes mortes de quitter le village pour rejoindre le monde des morts, et marque la fin du deuil. Un village organise souvent un seul dama pour tous les décès de l'année.
Le plus connu des masques est le kanaga, haut de près d'un mètre, surmonté d'une double croix. Pour un spectateur, il évoque un oiseau aux ailes blanches. Pour les initiés, ses barres représentent les bras et les jambes du créateur, et l'ordre du monde : la barre du bas, la terre ; celle du haut, le ciel. Pendant la danse, le porteur saute puis abaisse son masque jusqu'à toucher le sol : c'est Amma qui donne la vie à la terre.
Les femmes et les enfants n'assistent pas à ces rituels. Aujourd'hui, des danses de masques sont aussi présentées aux visiteurs, ce qui apporte un revenu aux villages, mais ce ne sont pas les cérémonies elles-mêmes.
Ce que des ethnologues en ont écrit
À partir de 1931, l'ethnologue français Marcel Griaule a étudié les Dogon pendant des années, avec sa collègue Germaine Dieterlen. Il a publié en 1948 Dieu d'eau, le récit de ses conversations avec un sage dogon, Ogotemmêli, qui lui aurait exposé une cosmologie d'une grande complexité, peuplée d'êtres liés à l'eau, les Nommo.
Selon van Beek, Griaule voulait montrer que les pensées africaines étaient aussi riches et profondes que les philosophies européennes, à une époque où beaucoup d'Européens prétendaient le contraire. Ses livres ont rendu les Dogon célèbres dans le monde entier.
Mythe et histoire
Les récits dogons sont des croyances, qu'on décrit avec respect. Mais un autre « mythe » s'est construit autour d'eux, en Europe et en Amérique.
Dans les années 1950, Griaule et Dieterlen ont affirmé que les Dogon connaissaient depuis longtemps une compagne de l'étoile Sirius, invisible à l'œil nu. Des livres ont ensuite prétendu que ce savoir venait d'extraterrestres. Aucune preuve n'a jamais appuyé ces affirmations.
À partir de la fin des années 1970, l'anthropologue néerlandais Walter van Beek a enquêté longuement en pays dogon. Il n'a pas retrouvé ce savoir astronomique, ni une grande partie de la cosmologie décrite par Griaule. Son étude, publiée en 1991 dans la revue Current Anthropology, a lancé un vif débat. Selon lui, les questions très insistantes de Griaule ont pu conduire ses interlocuteurs à élaborer des réponses. Des proches de Griaule ont contesté cette critique, et la discussion continue entre spécialistes.
Van Beek raconte qu'une touriste lui a un jour demandé où se trouvait la grotte « avec la peinture de Sirius et des planètes » qu'elle avait vue dans un livre. Cette peinture n'existe pas. L'histoire montre qu'il faut toujours se demander qui raconte, et comment il a appris ce qu'il raconte.
Ce qu'il en reste aujourd'hui
Les masques dogons sont parmi les objets africains les plus admirés au monde, et ils ont inspiré de nombreux artistes. Les villages de la falaise attiraient des visiteurs de tous les continents. Pour les Dogon eux-mêmes, les cérémonies restent d'abord une affaire de communauté, de mémoire des morts et de lien avec la terre.
Pour aller plus loin
- L'empire du Mali et Tombouctou, l'histoire de la région.
- Les masques et la sculpture, pour comprendre les arts africains du masque.
- Les mythologies : raconter le monde, qui présente aussi la cosmologie dogon.
- Comment sait-on ce qu'on sait ?, pour réfléchir à la fiabilité des témoignages.
Le savais-tu ?
- Le dama, la grande cérémonie funéraire des Dogon, dure six jours : elle permet aux âmes des morts de quitter le village et marque la fin du deuil.
- Pour les initiés, la double croix du masque kanaga représente la terre en bas et le ciel en haut.
- Une touriste a un jour demandé à l'anthropologue Walter van Beek où se trouvait une grotte peinte montrant Sirius et les planètes : cette peinture, décrite dans des livres, n'existe pas.
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