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Les lieux et les gestes du sacré

Se laver les mains, enlever ses chaussures, jeûner, marcher longtemps, se taire : les religions du monde utilisent un petit nombre de gestes, et souvent les mêmes.

8-12 ans

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Mettre à part

Le mot « sacré » désigne ce qui est mis à part du reste. Un lieu sacré n'est pas forcément beau ou grand : il est délimité, et on n'y entre pas comme ailleurs.

C'est pourquoi il y a presque toujours une frontière à franchir et quelque chose à faire au moment de la franchir : se déchausser, se couvrir la tête, se laver, baisser la voix, laisser une offrande.

Les lieux

  • La synagogue : lieu d'étude et de prière, orienté vers Jérusalem, avec une armoire qui contient les rouleaux de la Torah.
  • L'église ou le temple chrétien : des formes très variées, de la cathédrale aux églises creusées dans le roc de Lalibela en Éthiopie, en passant par les vastes salles des Églises évangéliques d'Afrique et d'Amérique latine.
  • La mosquée : orientée vers La Mecque, avec une fontaine pour les ablutions, sans image de personnages. La grande mosquée en terre de Djenné, au Mali, est un chef-d'œuvre d'architecture de banco.
  • Le temple hindou : il abrite l'image de la divinité dans un espace intérieur, et l'on en fait le tour.
  • Le monastère ou la pagode bouddhiste : lieu de résidence des moines, de méditation, de dépôt de reliques.
  • Le sanctuaire shintô : marqué par un portail, souvent installé dans un bois.
  • Le bois sacré ou le carrefour consacré, en Afrique : parfois sans aucune construction, mais avec des interdits stricts.

Un lieu peut aussi être sacré pour plusieurs traditions à la fois, ce qui produit autant de coopérations que de conflits. Jérusalem en est l'exemple le plus connu, mais ce n'est pas le seul.

Les gestes, et pourquoi ils se ressemblent

Se purifier. Ablutions avant la prière en islam, bains rituels dans le judaïsme, immersion dans le Gange, purification par l'eau et le sel au Japon, aspersion dans de nombreux rites africains. L'eau qui lave le corps sert partout de modèle à ce qui nettoie autre chose.

Changer de tenue. Enlever ses chaussures, se couvrir la tête ou la découvrir, porter du blanc, quitter ses bijoux. Le vêtement dit qu'on n'est plus dans le temps ordinaire.

Jeûner. Le ramadan en islam, Yom Kippour dans le judaïsme, le carême chez les chrétiens, de nombreux jeûnes hindous et bouddhistes, des interdits alimentaires temporaires dans les traditions africaines. Se priver volontairement est un geste presque universel, et il fait plusieurs choses à la fois : il rappelle la faim de ceux qui n'ont pas le choix, il montre qu'on peut résister à un besoin, et il synchronise toute une communauté.

Marcher. Le pèlerinage à La Mecque, les pèlerinages hindous vers les fleuves, les chemins chrétiens, les circuits bouddhistes autour d'un temple, les marches vers des lieux saints en Afrique et en Amérique latine. La fatigue du corps fait partie du rite.

Répéter. Chapelets, chapelets bouddhistes, récitations, tournées autour d'un édifice. La répétition apaise l'attention et marque le temps.

Offrir. Nourriture, fleurs, lumière, encens, animaux, argent. On donne quelque chose qui a une valeur réelle ; une offrande sans coût ne fonctionne pas.

Marquer les grands passages. Naissance, entrée dans l'âge adulte, mariage, mort. Ce sont les quatre moments que presque toutes les religions prennent en charge, parce que ce sont ceux où un groupe se réorganise.

Le calendrier, invention religieuse

Les fêtes découpent l'année, et elles suivent souvent le ciel.

Le calendrier musulman est lunaire : les douze mois suivent les phases de la lune, si bien que le ramadan avance d'environ onze jours par an dans les saisons. Le calendrier juif et le calendrier chinois sont luni-solaires : ils ajoutent périodiquement un mois pour rester accrochés aux saisons. Le calendrier chrétien est solaire, mais garde une fête mobile, Pâques, calculée sur la lune.

Le jour de repos hebdomadaire, samedi, dimanche, vendredi selon les traditions, est aussi d'origine religieuse, et il structure aujourd'hui la semaine de travail dans le monde entier, y compris pour ceux qui ne croient à rien.

Regarder sans juger

Si tu veux comprendre une pratique que tu ne partages pas, trois questions suffisent :

  1. Qu'est-ce qu'on fait exactement ? Décrire les gestes avant de chercher le sens.
  2. Qu'est-ce que cela sépare ? Un avant et un après, un dedans et un dehors, un pur et un impur.
  3. Qu'est-ce que cela coûte ? Du temps, de l'argent, de l'effort. Ce coût est souvent la clé : c'est lui qui rend le geste sérieux.

Ces trois questions fonctionnent pour un rite religieux, mais aussi pour un serment de tribunal, une minute de silence ou une remise de diplôme. Les sociétés sans religion recréent des gestes du même genre.

Le savais-tu ?

  • Le calendrier musulman est lunaire : le ramadan avance d'environ onze jours par an par rapport aux saisons.
  • Le jour de repos hebdomadaire est d'origine religieuse, et il structure aujourd'hui la semaine de travail du monde entier, y compris pour les non-croyants.
  • La grande mosquée de Djenné, au Mali, est construite en banco : c'est l'un des plus grands édifices de terre du monde.

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