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Les Grammy Awards, les prix de la musique votés par les musiciens

Depuis 1959, une association américaine, la Recording Academy, remet chaque année les Grammy Awards, de petits gramophones dorés. Ce sont les chanteurs, les musiciens, les auteurs et les ingénieurs du son qui votent, et des artistes africains comme Miriam Makeba, Angélique Kidjo, Tems ou Tyla y ont inscrit leur nom.

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Les Grammy Awards, les prix de la musique votés par les musiciens

Un gramophone doré

Aux États-Unis, en 1957, des professionnels du disque fondent une association : la Recording Academy, l'Académie de l'enregistrement. Deux ans plus tard, en 1959, elle remet ses premiers prix à Beverly Hills, en Californie : 28 récompenses pour les disques de l'année précédente.

Le trophée a la forme d'un gramophone doré. Le gramophone est l'un des premiers appareils à faire entendre des disques : une manivelle, un plateau qui tourne, un grand pavillon en forme de fleur pour le son. Le nom « Grammy » vient de là.

Le nombre de catégories n'a cessé de grandir : il y en a 95 en 2026. Le rap a eu sa propre catégorie en 1989. Il existe des prix pour le jazz, la musique classique, le gospel, la musique latine, la musique pour enfants, mais aussi pour ceux qu'on ne voit pas sur scène : les producteurs, les ingénieurs du son, et même les créateurs de pochettes d'albums.

Qui vote, et comment

La Recording Academy présente les Grammy comme le seul prix de musique où les nominés et les gagnants sont choisis uniquement par des créateurs, c'est-à-dire par des collègues de ceux qui sont jugés.

  1. L'inscription. Chaque année, environ 20 000 enregistrements sont proposés, par les membres de l'Académie ou par les maisons de disques inscrites. Pour les Grammy de 2027, il fallait que la musique soit sortie entre le 31 août 2025 et le 28 août 2026.
  2. Le tri. Plus de 300 experts vérifient que chaque morceau est bien rangé dans la bonne catégorie. Ils ne jugent pas sa qualité.
  3. Le premier tour. Les membres votants, des artistes, auteurs, producteurs et ingénieurs du son en activité, désignent les nominés. Chacun vote dans au plus dix catégories, dans les domaines où il est lui-même un professionnel, plus six grandes catégories générales comme l'album de l'année. Il y a en général cinq nominés par catégorie.
  4. Le vote final. Les mêmes membres votent pour les gagnants. Un cabinet indépendant compte les voix. Celui qui en a le plus gagne ; en cas d'égalité parfaite, il peut y avoir deux gagnants.

Le corps électoral change. En 2025, plus de 3 800 nouveaux membres sont entrés à l'Académie : 58 % d'entre eux sont des personnes de couleur et 35 % des femmes. Pour la première fois, les membres votants de l'Académie latine, qui remet les Grammy latinos, ont aussi été invités.

Des lauréats africains

  • Miriam Makeba (Afrique du Sud), surnommée « Mama Africa ». En 1960, le gouvernement de l'apartheid lui retire son passeport ; en 1963, après avoir témoigné contre l'apartheid devant les Nations unies, elle perd sa nationalité sud-africaine. En 1966, elle reçoit un Grammy pour un album enregistré avec le chanteur américain Harry Belafonte, qui l'avait aidée à s'installer aux États-Unis. Elle ne rentrera chez elle qu'en 1990, après 31 ans d'exil. Pour comprendre ce régime, voir Nelson Mandela.
  • Angélique Kidjo (Bénin), cinq Grammy pour cinq albums différents.
  • Tyla (Afrique du Sud) : en 2024, l'Académie crée enfin une catégorie « meilleure performance de musique africaine ». Tyla la remporte la première, à 22 ans, avec Water. La Nigériane Tems la gagne en 2025 avec Love Me JeJe, et Tyla de nouveau en 2026.
  • Ailleurs : en 2026, le Portoricain Bad Bunny reçoit l'album de l'année pour un disque chanté en espagnol, une première. L'Américaine Beyoncé détient le record, avec 35 Grammy en 2025.

Le chemin : Angélique Kidjo et Tyla

Angélique Kidjo naît en 1960 à Ouidah, au Bénin. Elle commence à chanter à six ans. En 1981, elle enregistre un premier album, Pretty. Mais au Bénin, à cette époque, un artiste risque d'être inquiété pour ses idées. En 1983, elle part pour Paris, où elle peut faire sa musique librement. Elle y étudie le jazz dans une école, le CIM, et apprend à mélanger les rythmes du Bénin avec d'autres styles. La reconnaissance internationale arrive dans les années 1990 ; elle s'installe à New York en 1997. Ambassadrice de l'Unicef depuis 2002, elle a créé une fondation, Batonga, qui aide des jeunes filles du Bénin à poursuivre leurs études.

Tyla est née à Johannesburg, en Afrique du Sud. Sa chanson Water mélange le R&B américain avec l'amapiano, un style de danse sud-africain reconnaissable à ses basses. Une chorégraphie reprise par des milliers de personnes sur les réseaux sociaux la fait connaître dans le monde entier. Avec Water, elle devient la première artiste sud-africaine en solo à entrer dans le grand classement américain des chansons les plus écoutées depuis 1968.

Ce que la légende oublie

  • Des comités secrets. Pendant des années, dans beaucoup de catégories, la liste finale des nominés était choisie par un petit comité de 15 à 30 experts dont les noms restaient secrets. En 2021, le chanteur canadien The Weeknd, auteur d'un des disques les plus écoutés de l'année, n'obtient aucune nomination. La colère est forte. En avril 2021, l'Académie supprime ces comités secrets pour la plupart des catégories.
  • « Musique du monde ». Pendant longtemps, beaucoup de musiques d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine étaient rangées ensemble dans la catégorie « World Music », comme si elles venaient d'un seul « ailleurs ». En novembre 2020, après avoir consulté des artistes et des spécialistes, l'Académie la renomme « Global Music », parce que l'ancien nom portait, dit-elle, des connotations de colonialisme.
  • Un regard américain. Les Grammy restent le prix de l'industrie musicale des États-Unis. Le site même des Grammy s'est demandé si la victoire de Tyla ne montrait pas qu'une musique africaine doit souvent emprunter aux styles occidentaux pour être récompensée.

Et toi, un jour ?

On peut gagner un Grammy sans être une star : il existe des prix pour les producteurs, les ingénieurs du son et les créateurs de pochettes. Beaucoup de votants sont eux-mêmes des techniciens. L'Académie a un programme, GRAMMY U, pour accompagner les étudiants qui veulent travailler dans la musique. Apprendre un instrument, le chant, l'enregistrement ou l'écriture de chansons : chaque métier de la musique a sa place.

Le savais-tu ?

  • On peut gagner un Grammy sans chanter ni jouer d'un instrument : il existe des catégories pour les producteurs, les ingénieurs du son et même pour la pochette d'un album.
  • En cas d'égalité parfaite des voix, une catégorie des Grammy peut avoir deux gagnants.
  • Quand Miriam Makeba reçoit son Grammy en 1966, elle ne peut plus rentrer dans son pays : le régime de l'apartheid lui a retiré sa nationalité sud-africaine.

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