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Les Africains prix Nobel : des voix fortes pour la paix et les livres, une absence en sciences

Des femmes et des hommes d'Afrique ont reçu le prix Nobel, surtout pour la paix et la littérature : Albert Lutuli, Wole Soyinka, Wangari Maathai, Nelson Mandela, Denis Mukwege, Abdulrazak Gurnah et d'autres. En sciences, ils sont beaucoup plus rares, et comprendre pourquoi en dit long sur les chances qu'on donne, ou non, aux chercheurs.

8-12 ans

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Le Sud-Africain Albert Lutuli, prix Nobel de la paix 1960.Auteur inconnu · CC0 (domaine public) · Wikimedia Commons

Qui compte comme « africain » ?

La question n'est pas si simple. Certains lauréats sont nés en Afrique pendant la colonisation, dans des familles européennes, puis ont fait toute leur carrière en Europe : l'écrivain Albert Camus, né en Algérie, ou les physiciens Claude Cohen-Tannoudji, né en Algérie, Serge Haroche, né au Maroc, et Pierre Agostini, né en Tunisie. D'autres sont nés, ont vécu et ont travaillé en Afrique, et leur œuvre en est profondément marquée.

Cette fiche s'intéresse surtout à ces derniers. La liste vient des données officielles de la fondation Nobel, arrêtées à 2025.

La paix : l'Afrique très présente

C'est pour la paix que l'Afrique a reçu le plus de prix Nobel.

  • Albert Lutuli, Afrique du Sud, 1960 : chef, enseignant et président de l'ANC, un mouvement de libération, il mène une résistance sans violence contre l'apartheid, le système qui séparait les habitants selon leur couleur de peau. Il est alors persécuté par les autorités de son propre pays.
  • Desmond Tutu, 1984, puis Nelson Mandela et Frederik de Klerk, 1993, pour la fin de l'apartheid : voir l'apartheid et Mandela.
  • Anouar el-Sadate, Égypte, 1978, pour la paix négociée entre l'Égypte et Israël, prix partagé avec l'Israélien Menahem Begin.
  • Kofi Annan, Ghana, 2001, avec l'ONU qu'il dirigeait : voir les Nations unies. Mohamed ElBaradei, Égypte, 2005, avec l'agence de l'ONU qui surveille l'énergie nucléaire.
  • Wangari Maathai, Kenya, 2004 : première femme africaine prix Nobel de la paix. Biologiste, elle a été la première femme d'Afrique de l'Est et centrale à obtenir un doctorat. En 1977, elle lance le mouvement de la ceinture verte, qui encourage les femmes à planter des arbres contre la déforestation ; il a contribué à planter plus de trente millions d'arbres.
  • Ellen Johnson Sirleaf et Leymah Gbowee, Liberia, 2011. Pendant la guerre civile, Leymah Gbowee s'est formée pour soigner les traumatismes d'enfants soldats. En 2002, elle rassemble des femmes chrétiennes et musulmanes dans un mouvement pour la paix, qui pousse le président Charles Taylor à signer un accord en 2003. Ellen Johnson Sirleaf devient en 2005 la première femme élue démocratiquement à la tête d'un pays africain.
  • Le Quartet du dialogue national tunisien, quatre organisations de Tunisie, en 2015.
  • Denis Mukwege, RDC, 2018, pour sa lutte contre les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre : voir sa fiche.
  • Abiy Ahmed, Éthiopie, 2019, pour la paix signée avec l'Érythrée voisine après vingt ans de conflit. Mais à partir de l'automne 2020, une guerre à grande échelle éclate en Éthiopie même. En 2022, la présidente du comité Nobel a rappelé publiquement qu'il avait, comme Premier ministre et lauréat, « une responsabilité particulière » pour mettre fin au conflit. Un prix de la paix salue ce qui a été fait à un moment donné ; il ne garantit pas la suite.

La littérature : des voix d'Afrique pour le monde

  • Wole Soyinka, Nigeria, 1986 : premier écrivain d'Afrique noire récompensé. Auteur de théâtre surtout, nourri de la culture yoruba, il écrit en anglais. Pendant la guerre civile du Nigeria, il publie un appel au cessez-le-feu ; il est arrêté en 1967 et reste 22 mois en prison. Il en tire plusieurs livres.
  • Naguib Mahfouz, Égypte, 1988 : premier lauréat de langue arabe. Il a vécu toute sa vie au Caire et écrit plus de 30 romans et 350 nouvelles, tout en travaillant comme fonctionnaire.
  • Nadine Gordimer, 1991, et J. M. Coetzee, 2003, deux romanciers d'Afrique du Sud qui ont beaucoup écrit sur l'apartheid et ses suites.
  • Abdulrazak Gurnah, Tanzanie, 2021 : il grandit sur l'île de Zanzibar, qu'il doit quitter dans les années 1960 à cause des persécutions contre les habitants d'origine arabe. Installé en Angleterre, il écrit sur l'exil, les réfugiés et les effets de la colonisation.

Pour les écrivains du Congo, voir la littérature congolaise.

Les sciences : quelques noms, et une absence

  • Max Theiler, né en Afrique du Sud, 1951 : il met au point en 1937 le vaccin contre la fièvre jaune, une maladie transmise par les moustiques, encore utilisé aujourd'hui.
  • Allan Cormack, né en Afrique du Sud, 1979 : c'est au Cap, en 1956, qu'il s'intéresse au problème qui mènera au scanner, l'appareil qui montre l'intérieur du corps en tranches. Il raconte qu'il était très seul : le physicien nucléaire le plus proche vivait à près de mille kilomètres. Il publie ses calculs en 1963 et 1964 et n'obtient presque aucune réaction. Il continue ses autres recherches ; quelques années plus tard, les premiers scanners se construisent sur ses idées.
  • Ahmed Zewail, Égypte, 1999 : fils d'un employé de l'État qui tenait aussi sa propre affaire, il étudie à Alexandrie, puis aux États-Unis. Avec des éclairs de laser d'une durée incroyablement courte, il réussit à « filmer » les atomes pendant une réaction chimique.
  • Sydney Brenner, 2002, et Michael Levitt, 2013, nés en Afrique du Sud, ont fait leurs découvertes en Europe et aux États-Unis.

Jusqu'en 2025 compris, aucun chercheur noir, d'Afrique ou d'ailleurs, n'a reçu le Nobel de physique, de chimie ou de médecine. Ce n'est pas une question de talent. Les découvertes récompensées se font surtout dans de grands laboratoires très équipés, presque tous en Amérique du Nord, en Europe et en Asie de l'Est. Beaucoup de chercheurs africains manquent de matériel et d'argent, ou doivent partir à l'étranger pour travailler. Et ceux qui proposent les noms appartiennent surtout à ces mêmes grandes universités.

Pourtant, des découvertes majeures se font en Afrique : Jean-Jacques Muyembe a passé sa vie à combattre Ebola depuis Kinshasa, jusqu'à la mise au point d'un traitement.

Ce qu'ils ont en commun

Ces parcours sont très différents, mais on y retrouve les mêmes forces : des études poursuivies malgré les obstacles, le courage de parler quand c'était dangereux (Lutuli, Soyinka, Gbowee, Mukwege), la patience de continuer quand personne ne répondait (Cormack), et presque toujours des personnes autour : des familles, des mouvements de femmes, des équipes. Aucun n'a travaillé seul.

Le savais-tu ?

  • Wole Soyinka a passé 22 mois en prison pendant la guerre civile du Nigeria pour avoir appelé à un cessez-le-feu ; il en a tiré plusieurs livres, puis a reçu le prix Nobel de littérature en 1986.
  • Allan Cormack, qui a trouvé au Cap les calculs à l'origine du scanner, les a publiés en 1963 et 1964 sans presque aucune réaction ; le prix Nobel est venu en 1979.
  • Le mouvement de la ceinture verte, lancé en 1977 par Wangari Maathai, a contribué à planter plus de trente millions d'arbres en Afrique.

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