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Le prix UNESCO/Guillermo Cano, la liberté de la presse à l’échelle du monde

Créé en 1997, c'est le seul prix des Nations unies destiné aux journalistes : l'UNESCO le remet chaque 3 mai à une personne ou une organisation qui a défendu la liberté de la presse, souvent au péril de sa vie. Il porte le nom d'un rédacteur en chef colombien assassiné pour avoir dénoncé les trafiquants de drogue.

13-18 ans

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Le prix UNESCO/Guillermo Cano, la liberté de la presse à l’échelle du monde

Un rédacteur en chef qui ne se taisait pas

Guillermo Cano Isaza naît le 12 août 1925 à Bogota, la capitale de la Colombie, en Amérique du Sud. À 27 ans, il devient le rédacteur en chef du journal El Espectador. Pendant plus de trente ans, il défend la diversité des opinions.

Dans les années 1980, la Colombie est déchirée par la violence des cartels, de puissantes organisations criminelles qui vivent du trafic de cocaïne. Guillermo Cano les dénonce sans relâche et met en garde contre les ravages qu'ils causent dans la société.

Le 17 décembre 1986, deux tueurs l'attendent à la sortie de son journal et tirent huit balles. Trois ans plus tard, le bâtiment d'El Espectador est détruit par une bombe. Les juges chargés de l'enquête reçoivent des menaces et des offres d'argent ; certains, qui les ont refusées, sont assassinés. Pour l'UNESCO, sa mort symbolise le prix payé par les journalistes du monde entier, et le fait que la plupart des crimes contre eux restent impunis.

Pourquoi le 3 mai ?

En 1991, des journalistes africains réunis à Windhoek, en Namibie, adoptent un texte qui fera date : la Déclaration de Windhoek pour une presse libre, indépendante et pluraliste. Répondant à leur appel, l'Assemblée générale des Nations unies proclame en 1993 le 3 mai Journée mondiale de la liberté de la presse, jour anniversaire de cette déclaration.

En 1997, à l'initiative de son conseil exécutif, l'UNESCO, l'organisation des Nations unies pour l'éducation, la science, la culture et la communication, crée le prix mondial de la liberté de la presse. Il est remis chaque 3 mai.

Comment on est choisi

  • Qui propose ? Les gouvernements des États membres de l'UNESCO, et les organisations internationales ou régionales de journalistes et de défense de la liberté d'expression. On ne peut pas se proposer soi-même.
  • Qui étudie les dossiers ? Un jury de six membres, un pour chacune des six grandes régions du monde définies par l'UNESCO, nommés pour trois ans. En 2026, il réunit notamment un professeur de journalisme japonais, le directeur colombien d'une fondation pour le journalisme et Rebekah Awuah, journaliste d'enquête et spécialiste de la vérification des faits au Ghana.
  • Qui décide ? Le jury recommande un seul lauréat ; le directeur général de l'UNESCO attribue le prix.

Le prix est doté d'au moins 25 000 dollars. Il est financé par des fondations, dont la fondation Guillermo Cano en Colombie et le Namibia Media Trust en Namibie.

Quelques lauréats

La liste des lauréats est une carte des endroits où il est dangereux d'informer :

  • Chris Anyanwu (Nigeria, 1998). Après des études de journalisme aux États-Unis, elle devient éditrice de presse au Nigeria. En 1995, elle est condamnée pour « trahison » après avoir écrit sur une tentative de coup d'État contre le dictateur Sani Abacha. Elle reçoit le prix en prison. Libérée en 1998, elle raconte cette période dans un livre et devient plus tard sénatrice.
  • Dawit Isaak (Érythrée, 2017). Journaliste et écrivain, copropriétaire du premier journal indépendant de son pays, il est arrêté en 2001 avec d'autres journalistes, après qu'ils ont rendu compte de demandes de réformes démocratiques. Il est détenu depuis, sans procès, si toutefois il est encore en vie. Le gouvernement érythréen le considère comme un traître.
  • Wa Lone et Kyaw Soe Oo (Birmanie, 2019), emprisonnés après une enquête sur un massacre de Rohingyas, reçoivent le prix quelques jours avant le prix Pulitzer (voir Le prix Pulitzer).
  • Maria Ressa (Philippines, 2021), cofondatrice du site d'information Rappler, reçoit la même année le prix Nobel de la paix (voir Le prix Nobel).
  • Jineth Bedoya Lima (Colombie, 2020), Mónica González (Chili, 2010), Lydia Cacho (Mexique, 2008), mais aussi des journalistes de Chine, d'Iran, de Syrie ou d'Azerbaïdjan.
  • En 2026, le prix va au syndicat des journalistes soudanais. Depuis le début de la guerre au Soudan, en 2023, il a recensé 32 journalistes tués et des centaines d'atteintes contre les professionnels de l'information, tout en continuant d'informer la population.

Ce que la légende oublie

  • Un prix ne libère personne. Dawit Isaak était en prison quand il l'a reçu, et il l'est resté. Le prix attire l'attention du monde ; il ne suffit pas toujours.
  • Un prix entre les mains des États. L'UNESCO est une organisation de gouvernements, et ce sont en partie des gouvernements qui proposent les candidats. Or les lauréats sont souvent en conflit avec leur propre gouvernement, qui peut contester le choix et présenter une tout autre version des faits, comme l'Érythrée pour Dawit Isaak.
  • Beaucoup de lauréats ne sont pas là pour le recevoir. Plusieurs l'ont reçu depuis leur cellule, d'autres après leur mort. Le règlement prévoit qu'un prix peut être remis à titre posthume si le lauréat meurt avant la cérémonie.

Et toi, un jour ?

Aucun de ces journalistes n'a cherché un prix : ils ont d'abord fait leur métier honnêtement, là où c'était difficile. Le chemin passe souvent par des études de journalisme, de communication, de droit ou de relations internationales, et par la pratique : un journal local, une radio communautaire, un site de vérification des faits comme celui où travaille Rebekah Awuah. Défendre la liberté de la presse, c'est aussi le travail des juristes, des diplomates et des défenseurs des droits humains (voir Les droits humains).

Le savais-tu ?

  • La Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai, est née d'un texte écrit par des journalistes africains à Windhoek, en Namibie, en 1991.
  • Le règlement du prix UNESCO/Guillermo Cano interdit de se proposer soi-même : ce sont des États ou des organisations de journalistes qui présentent les candidats.
  • La Nigériane Chris Anyanwu a reçu le prix en 1998 alors qu'elle était en prison ; libérée la même année, elle est devenue plus tard sénatrice.

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