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Le prix Pulitzer, la grande récompense du journalisme américain

Créés en 1917 grâce à l'argent légué par un patron de presse né en Hongrie, les prix Pulitzer récompensent chaque année, à New York, les meilleurs reportages, enquêtes et photos publiés par des médias installés aux États-Unis. Leur histoire montre ce qu'est l'excellence en journalisme : le courage d'aller voir, la rigueur de vérifier, et parfois le prix très lourd à payer.

13-18 ans

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Joseph Pulitzer vers 1900.Auteur inconnu · Domaine public · Wikimedia Commons

Un immigré devenu patron de presse

Joseph Pulitzer naît le 10 avril 1847 à Makó, une petite ville de Hongrie, en Europe centrale. Adolescent, il part pour les États-Unis et s'engage en 1864, à 17 ans, dans l'armée de l'Union, pendant la guerre de Sécession (1861-1865), la guerre civile qui oppose le Nord et le Sud du pays.

Après la guerre, il s'installe à Saint-Louis, dans le centre des États-Unis. Il devient journaliste, puis propriétaire de journaux : le St. Louis Post-Dispatch, puis le New York World, à New York. Ses journaux mêlent enquêtes, campagnes pour des réformes et faits divers, et touchent un public immense.

En 1885, il lance dans le World une collecte pour payer le socle de la statue de la Liberté, offerte par la France, dont le financement était bloqué faute d'argent. Environ 125 000 personnes donnent, la plupart un dollar ou moins, et le journal publie le nom de chacune. En six mois, plus de 100 000 dollars sont réunis.

Malade, presque aveugle à la fin de sa vie, Pulitzer meurt le 29 octobre 1911. Dans son testament, il laisse de l'argent à l'université Columbia de New York pour créer une école de journalisme et des prix. Les premiers prix Pulitzer sont remis le 4 juin 1917.

Comment on est choisi

On ne reçoit pas un Pulitzer par surprise : un média ou un journaliste doit présenter son travail, dans une ou deux catégories au plus. Il existe aujourd'hui 23 catégories : 15 pour le journalisme (enquête, reportage international, photo, dessin de presse, critique…) et 8 pour les livres, le théâtre et la musique.

Chaque année, plus de cent jurés, répartis en 22 jurys, lisent les dossiers. Chaque jury retient trois finalistes. Le conseil du prix, fait surtout de journalistes, de responsables de rédaction et d'universitaires, choisit ensuite le lauréat à la majorité. Il peut aussi choisir un autre travail, à condition de réunir les trois quarts des voix, ou ne rien attribuer du tout.

Chaque lauréat reçoit 15 000 dollars. Une seule catégorie fait exception : le prix du service public, remis à une rédaction entière, est une médaille d'or.

La nationalité ne compte pas pour le journalisme, mais le travail doit avoir été publié par un média installé aux États-Unis.

Ce qu'il récompense vraiment

Le Pulitzer salue surtout le journalisme qui révèle ce que des puissants voulaient cacher, ou qui fait voir au monde ce qu'il ne voyait pas. En 1973, le Washington Post est récompensé pour les enquêtes de Carl Bernstein et Bob Woodward sur l'affaire du Watergate, qui conduira le président Richard Nixon à la démission.

Quelques lauréats, et le chemin qui les y a menés

  • Ida B. Wells (États-Unis) est née esclave en 1862 dans le Mississippi, et libérée encore bébé. À 16 ans, elle perd ses deux parents. Devenue journaliste, elle enquête sur les lynchages, ces meurtres d'Afro-Américains commis par des foules. Une foule détruit son journal. En 2020, près de 90 ans après sa mort, le Pulitzer lui décerne une mention spéciale pour ce travail courageux.
  • Wa Lone et Kyaw Soe Oo (Birmanie, aussi appelée Myanmar) sont journalistes pour l'agence Reuters. Wa Lone vient d'une famille de riziculteurs ; adolescent, il fait le ménage et la cuisine dans un monastère en échange d'un toit. En 2017, les deux reporters enquêtent sur un massacre de villageois rohingyas, une minorité persécutée, à Inn Din. Ils sont arrêtés, accusés d'avoir détenu des documents secrets ; un policier témoigne au procès qu'on leur a tendu un piège. C'est depuis leur prison qu'ils reçoivent le Pulitzer du reportage international, en avril 2019. Ils sont libérés un mois plus tard.
  • Mstyslav Chernov (Ukraine) et ses collègues de l'agence Associated Press restent dans la ville de Marioupol assiégée en 2022. Leur travail vaut à l'agence le prix du service public en 2023. Son film 20 jours à Marioupol reçoit ensuite l'Oscar du meilleur documentaire.
  • Darnella Frazier (États-Unis) n'est pas journaliste. Le 25 mai 2020, à 17 ans, elle filme avec son téléphone la mort de George Floyd, un homme noir, sous le genou d'un policier à Minneapolis. En 2021, le Pulitzer lui remet une mention spéciale : un témoin qui ose filmer et publier peut, lui aussi, faire avancer la vérité.

Ce que la légende oublie

  • Un prix peut récompenser un mensonge. En 1981, la journaliste Janet Cooke reçoit le prix pour le portrait de « Jimmy », un garçon de 8 ans qui se droguait. La police cherche l'enfant, en vain : il n'existait pas. Elle avoue avoir tout inventé et rend le prix, la seule personne à l'avoir fait. Depuis, cette affaire sert de leçon dans les écoles de journalisme : un récit émouvant ne vaut rien s'il n'est pas vrai.
  • Une photo peut coûter cher à son auteur. En 1994, le Sud-Africain Kevin Carter reçoit le prix pour la photo d'un enfant affamé, au Soudan, observé par un vautour. Beaucoup lui reprochent de ne pas avoir aidé l'enfant ; lui disait avoir chassé l'oiseau. On apprendra plus tard que l'enfant, un garçon, avait été pris en charge par un centre d'aide de l'ONU. Kevin Carter met fin à ses jours moins de quatre mois après le prix, à 33 ans. Sa photo pose une question que chaque reporter affronte : témoigner ou secourir ?
  • Un prix surtout américain. Il ne regarde que les médias installés aux États-Unis. Longtemps, il a même exclu les magazines (jusqu'en 2015) et les sites d'information en ligne (jusqu'en 2008).
  • Le fondateur lui-même n'était pas un modèle parfait. Dans les années 1890, la concurrence entre le journal de Pulitzer et celui de son rival William Randolph Hearst pousse les deux à attirer les lecteurs par le sensationnel, les crimes et les horreurs : c'est ce qu'on a appelé la « presse jaune ».

Et toi, un jour ?

Les lauréats du Pulitzer n'ont pas commencé par un prix. Ils ont commencé par une question, un carnet, un appareil photo, et par le réflexe de vérifier avant de publier. Beaucoup ont fait leurs débuts dans un petit journal local. Tenir le journal de son école, apprendre à croiser ses sources, à citer exactement : c'est déjà le métier. Pour t'y exercer, voir Comment vérifier une information et Les médias et l'information.

Le savais-tu ?

  • En 1885, le journal de Joseph Pulitzer a réuni plus de 100 000 dollars pour le socle de la statue de la Liberté, grâce à environ 125 000 donateurs, dont la plupart ont donné un dollar ou moins.
  • Janet Cooke est la seule personne à avoir rendu un prix Pulitzer : son article de 1980 sur un enfant drogué de 8 ans était entièrement inventé.
  • Envoyer son travail au Pulitzer ne fait pas de quelqu'un un « nominé » : seuls les trois finalistes de chaque catégorie le sont, et leurs noms ne sont annoncés que depuis 1980.

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