Une famille d'hôteliers et une idée
Le prix Pritzker est créé en 1979 par Jay A. Pritzker et sa femme Cindy, une famille de Chicago, aux États-Unis, propriétaire des hôtels Hyatt. Il est financé par leur fondation.
Chicago est la ville où sont nés les premiers gratte-ciel, et la famille y a toujours vécu entourée de bâtiments célèbres. En construisant des hôtels, elle a aussi remarqué autre chose : un bâtiment bien pensé change l'humeur des gens qui y entrent et de ceux qui y travaillent. De là est née l'idée d'un grand prix pour faire comprendre au public le rôle de l'architecture, et encourager les architectes à inventer.
Ce qu'il récompense
Le prix va à un architecte vivant, ou à plusieurs qui travaillent ensemble, mais jamais à une entreprise. Il ne récompense pas un bâtiment en particulier : il salue l'ensemble d'une œuvre construite, qui montre du talent, une vision et un engagement, et qui a apporté quelque chose aux gens et aux lieux où ils vivent.
Le lauréat reçoit 100 000 dollars, un diplôme et, depuis 1987, une médaille de bronze. Sur cette médaille sont gravés trois mots anglais qui reprennent les trois qualités d'un bon bâtiment selon Vitruve, un architecte romain de l'Antiquité : solidité, utilité et beauté. La cérémonie a lieu chaque année dans un bâtiment remarquable, à chaque fois dans un pays différent.
Comment on est choisi
Personne ne s'inscrit au prix Pritzker. Chaque année, des personnes qui connaissent l'architecture proposent des noms : anciens lauréats, architectes, professeurs, critiques. Tout architecte diplômé peut aussi proposer un candidat, par un simple courriel, jusqu'au 1er novembre. Un nom qui n'est pas retenu reste en lice l'année suivante.
Le jury, de cinq à neuf membres venus de plusieurs pays et de plusieurs métiers, décide seul, en secret. Aucun membre de la famille Pritzker n'assiste à ses discussions, et il ne publie aucune liste de finalistes. Le nom du lauréat est annoncé au printemps.
Des lauréats de plusieurs continents
- Oscar Niemeyer (Brésil, 1988), connu pour ses bâtiments aux courbes libres, comme des sculptures.
- Zaha Hadid (2004), née à Bagdad, en Irak. Elle commence par des études de mathématiques à Beyrouth, au Liban, puis étudie l'architecture à Londres. Elle gagne concours après concours, mais pendant des années, ses projets très audacieux ont du mal à être construits. Découragée mais tenace, elle se sert de ces concours comme d'un « laboratoire » pour perfectionner son style. Elle est la première femme à recevoir le prix.
- Wang Shu (Chine, 2012), qui a fondé en 1997 son atelier avec sa femme, l'architecte Lu Wenyu.
- Balkrishna Doshi (Inde, 2018), le premier lauréat indien. Jeune, il part à Paris, sans parler français, pour travailler auprès du grand architecte Le Corbusier. En 1954, il se fait une promesse : construire des logements dignes pour les plus pauvres. Il la tiendra, notamment avec un quartier de logements à bas prix à Indore, en Inde.
- Yvonne Farrell et Shelley McNamara (Irlande, 2020), deux architectes qui ont appelé leur agence du nom de la rue de leur premier bureau, pour mettre en avant le lieu plutôt que les personnes.
- Francis Kéré (Burkina Faso, 2022), le premier lauréat africain.
- Smiljan Radić Clarke (Chili, 2026). Étudiant, il échoue à son premier examen final d'architecture. Cet échec le pousse à partir étudier l'histoire à Venise, en Italie, et à beaucoup voyager, une expérience qu'il juge décisive.
Francis Kéré, l'école qui manquait
Diébédo Francis Kéré naît en 1965 à Gando, un village du Burkina Faso, en Afrique de l'Ouest. Fils aîné du chef du village, il est le premier de sa communauté à aller à l'école. Mais Gando n'en a pas : à sept ans, il quitte sa famille pour étudier à Tenkodogo, une ville voisine. Sa classe, en blocs de ciment, n'a ni aération ni lumière, et plus de cent élèves y étouffent pendant des heures. Il se promet d'y construire un jour de meilleures écoles.
En 1985, il obtient une bourse pour apprendre la charpenterie à Berlin, en Allemagne : le jour, il fabrique des toits et des meubles ; le soir, il suit des cours pour finir ses études secondaires. En 1995, une autre bourse lui ouvre l'université technique de Berlin, dont il sort diplômé d'architecture en 2004.
Il n'attend pas son diplôme pour agir. En 1998, il crée une association pour réunir de l'argent, et en 2001, l'école primaire de Gando est construite avec les habitants, qui participent à chaque étape. Kéré utilise ce que la région offre : de l'argile locale, renforcée d'un peu de ciment, pour faire des briques qui gardent la fraîcheur. Un grand toit surélevé, qui dépasse largement des murs, laisse s'échapper l'air chaud : la classe reste ventilée sans climatisation. L'école passe de 120 à 700 élèves.
D'autres écoles et des centres de santé suivent, au Burkina Faso, au Kenya, au Mozambique et en Ouganda, puis des bâtiments en Europe et aux États-Unis. Lors de l'annonce du prix, il a résumé sa pensée : ce n'est pas parce qu'on est riche qu'on doit gaspiller les matériaux, et ce n'est pas parce qu'on est pauvre qu'on ne doit pas chercher la qualité.
Ce que la légende oublie
- Des partenaires oubliées. En 1991, le prix va à l'Américain Robert Venturi, seul, alors qu'il travaillait avec sa femme et associée, l'architecte Denise Scott Brown. En 2013, des étudiantes de l'université Harvard lancent une pétition pour qu'elle soit reconnue ; plus de 17 000 personnes la signent, dont Venturi lui-même, qui la décrit comme son associée à égalité. Le jury répond qu'un jury ne peut pas revenir sur la décision d'un jury précédent. De même, en 2012, le prix va à Wang Shu seul, alors que l'atelier a été fondé avec Lu Wenyu.
- Des premières bien tardives. Il a fallu attendre 2004, 25 ans après la création du prix, pour qu'une femme le reçoive, et 2022 pour un lauréat africain. Depuis Zaha Hadid, les femmes récompensées l'ont toutes été au sein d'un duo ou d'un trio.
- Qui paie ? Comme beaucoup de grands prix, celui-ci est financé par une famille d'entrepreneurs. Cela n'enlève rien au mérite des lauréats, mais c'est toujours une bonne question à se poser devant un prix.
Et toi, un jour ?
Les lauréats du Pritzker ne se ressemblent pas : l'une est partie des mathématiques, un autre de la charpenterie, un troisième d'un examen raté. Ce qu'ils partagent, c'est le regard. Observer comment la lumière entre dans une classe, pourquoi une pièce est étouffante, comment les gens se déplacent dans un marché ou une gare : c'est déjà penser en architecte. Le dessin, les mathématiques et la curiosité pour la vie des autres font le reste, avec des études d'architecture, de génie civil ou d'urbanisme. Et comme Francis Kéré, on peut commencer par le problème qu'on a sous les yeux.
Le savais-tu ?
- Avant 1987, les lauréats du prix Pritzker ne recevaient pas de médaille, mais une sculpture de l'artiste britannique Henry Moore.
- L'école de Gando, construite par Francis Kéré avec les habitants de son village, est passée de 120 à 700 élèves.
- Smiljan Radić Clarke, lauréat 2026, a échoué à son premier examen final d'architecture avant d'obtenir son diplôme.
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