Un inventeur d'explosifs qui laisse sa fortune
Alfred Nobel naît le 21 octobre 1833 à Stockholm, en Suède. Son père, ingénieur et inventeur, part faire des affaires en Russie ; la famille le rejoint à Saint-Pétersbourg en 1842. Alfred y reçoit des leçons de professeurs particuliers : à 17 ans, il parle et écrit cinq langues.
Il s'intéresse à la poésie, mais aussi à la chimie. À Paris, il découvre la nitroglycérine, un liquide qui explose très facilement, inventé par le chimiste italien Ascanio Sobrero et jugé trop dangereux pour servir. Alfred cherche à la rendre utilisable pour creuser des tunnels et casser la roche.
Le travail est meurtrier. En Suède, des explosions tuent plusieurs personnes, dont son jeune frère Emil. Les autorités interdisent ses expériences dans la ville de Stockholm ; il continue sur une barge, sur un lac. En 1866, il trouve la solution : mélangée à une terre très fine, la nitroglycérine devient une pâte qu'on peut façonner en bâtons. Il l'appelle la dynamite. Elle sert à percer des tunnels, construire des routes et des ponts, mais aussi à faire la guerre.
Nobel devient très riche, avec des usines dans une vingtaine de pays et 355 brevets, c'est-à-dire des inventions protégées à son nom. Une amie, l'écrivaine autrichienne Bertha von Suttner, grande militante de la paix, l'a beaucoup marqué.
Un testament qui surprend tout le monde
Le 27 novembre 1895, un an avant sa mort, Alfred Nobel signe son testament, le texte qui dit ce qu'on fera de ses biens. Il demande que la plus grande partie de sa fortune soit placée, et que les intérêts servent chaque année à récompenser « ceux qui ont apporté le plus grand bienfait à l'humanité », en cinq prix égaux : physique, chimie, physiologie ou médecine, littérature, et paix. Il précise qu'on ne doit pas tenir compte de la nationalité : le prix doit aller au plus digne, qu'il soit scandinave ou non.
Il meurt le 10 décembre 1896 à San Remo, en Italie. Sa famille conteste le testament ; il faut quatre ans pour que tout soit réglé. Les premiers prix sont remis en 1901.
Qui choisit ?
Nobel a lui-même désigné les jurys :
- l'Académie royale des sciences de Suède pour la physique et la chimie ;
- l'Institut Karolinska, à Stockholm, pour la médecine ;
- l'Académie suédoise pour la littérature ;
- un comité de cinq personnes nommé par le Parlement norvégien pour la paix, remise à Oslo.
Un sixième prix s'est ajouté plus tard : en 1968, la banque centrale de Suède a créé un prix de sciences économiques « en mémoire d'Alfred Nobel », remis pour la première fois en 1969. Nobel ne l'avait pas prévu, mais on l'appelle souvent « prix Nobel d'économie ».
Comment on est choisi
- Personne ne peut se proposer soi-même. Chaque année, à partir de septembre, des milliers de personnes sont invitées à proposer des noms : professeurs d'université, membres d'académies, anciens lauréats, parlementaires. On cherche à ce que le plus de pays possible soient représentés au fil des ans.
- La date limite est le 31 janvier. Ensuite, un comité de 5 à 10 membres étudie les candidats avec l'aide d'experts, de février à septembre.
- Les jurys votent en octobre, et les prix sont annoncés sur huit jours, à partir du premier lundi d'octobre.
- Le 10 décembre, jour anniversaire de la mort de Nobel, les lauréats reçoivent à Stockholm et à Oslo une médaille, un diplôme et une somme d'argent : 12 millions de couronnes suédoises, la monnaie de la Suède, pour un prix entier en 2026.
- Un prix peut être partagé entre trois personnes au maximum. Le prix de la paix peut aller à une organisation. Depuis 1974, on ne le donne plus à une personne déjà morte (avant, c'était arrivé deux fois seulement).
- Les noms des personnes proposées restent secrets pendant 50 ans.
Ce qu'il récompense vraiment
Le Nobel de science récompense une découverte confirmée par le temps, souvent faite des dizaines d'années plus tôt. L'histoire de la biochimiste Katalin Karikó, prix Nobel de médecine 2023, le montre bien.
Elle grandit en Hongrie, dans une maison sans eau courante ni télévision ; son père est boucher. Enfant, elle gagne un concours local de biologie. Un professeur lui dit qu'il fera tout pour qu'elle n'aille pas à l'université : elle travaille encore plus et y entre. En 1985, faute d'argent pour son laboratoire, elle part aux États-Unis avec son mari et sa fille ; comme on ne peut sortir que 100 dollars du pays, elle coud un peu plus de 1 000 dollars dans l'ours en peluche de sa fille.
Aux États-Unis, elle s'acharne sur l'ARN messager, une molécule que presque tout le monde juge trop fragile pour soigner. Elle manque d'argent, elle est rétrogradée. Une conversation près d'une photocopieuse lui fait rencontrer l'immunologiste Drew Weissman. Ensemble, en 2005, ils trouvent comment modifier l'ARN pour qu'il ne déclenche plus d'inflammation. Elle raconte qu'ils attendaient que le téléphone sonne, et qu'il n'a pas sonné : personne ne s'y intéressait. En 2013, son université la pousse à partir. Quelques années plus tard, leur découverte permet de fabriquer très vite des vaccins contre le Covid-19.
Pour la littérature, le prix récompense en général toute une œuvre. Pour la paix, il salue une action, parfois un espoir à un moment précis.
Quelques chiffres et records
- De 1901 à 2025, les prix ont été remis 633 fois, à 990 personnes et 28 organisations. Certains ont été gagnés deux fois, comme Marie Curie, la seule personne récompensée dans deux sciences différentes.
- La plus jeune lauréate est la Pakistanaise Malala Yousafzai, prix de la paix 2014, à 17 ans. Le plus âgé, le chimiste John Goodenough, avait 97 ans en 2019, pour les batteries au lithium de nos téléphones.
- Deux lauréats ont refusé le prix de leur plein gré : l'écrivain français Jean-Paul Sartre en 1964, et le Vietnamien Le Duc Tho en 1973.
- Cinq lauréats du prix de la paix étaient privés de liberté, en prison ou enfermés chez eux, au moment du prix. En 2010, pour le Chinois Liu Xiaobo, la médaille a été posée sur une chaise vide.
Ce que la légende oublie
- Très peu de femmes. De 1901 à 2025, le prix n'a été remis que 68 fois à des femmes, sur plus de mille lauréats.
- Une géographie déséquilibrée. La plupart des lauréats scientifiques travaillaient en Amérique du Nord ou en Europe. Jusqu'en 2025 compris, aucun chercheur noir n'a reçu le Nobel de physique, de chimie ou de médecine : voir les Africains prix Nobel.
- De grands oubliés. La physicienne autrichienne Lise Meitner a été proposée 48 fois sans jamais être récompensée. Rosalind Franklin, morte en 1958, n'a pas pu l'être pour la structure de l'ADN. Gandhi a été proposé cinq fois pour la paix, sans le recevoir ; le comité Nobel l'a regretté ensuite.
- Trois noms au maximum, alors que la science se fait en équipes de dizaines, parfois de milliers de personnes.
- Des prix de la paix discutés. Un prix de la paix salue une action à un moment donné. Certains choix ont été critiqués dès l'annonce, d'autres plus tard, à cause de ce que les lauréats ont fait ensuite.
Pourquoi pas toi ?
Aucun lauréat n'a commencé par viser le Nobel. Ils ont commencé par une question qui ne les lâchait pas, de longues études, beaucoup d'échecs, et des rencontres. Tu Youyou a cherché un remède contre le paludisme dans de vieux livres de médecine chinoise ; Denis Mukwege a soigné des milliers de femmes dans l'est de la RDC. Le prix est venu après, et il n'était pas le but.
Le savais-tu ?
- Les noms des personnes proposées pour un prix Nobel restent secrets pendant 50 ans.
- Katalin Karikó, prix Nobel de médecine 2023, a quitté la Hongrie en 1985 avec un peu plus de 1 000 dollars cousus dans l'ours en peluche de sa fille.
- Le prix d'économie n'était pas prévu par Alfred Nobel : il a été créé en 1968 par la banque centrale de Suède.
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