Aller au contenu
Lobinayo Learning

Le prix L'Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science, pour que les chercheuses ne s'arrêtent pas en chemin

Depuis 1998, l'UNESCO et la Fondation L'Oréal récompensent chaque année cinq grandes chercheuses, une par grande région du monde, et soutiennent des milliers de jeunes scientifiques. Le but est d'aider les femmes à rester dans la recherche, alors qu'aujourd'hui encore une seule personne sur trois qui fait de la recherche dans le monde est une femme.

13-18 ans

WhatsAppFacebook
La pédiatre rwandaise Agnès Binagwaho, lauréate en 2022, ici en 2015 aux Instituts nationaux de la santé des États-Unis.NIH Image Gallery from Bethesda, Maryland, USA · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Pourquoi un prix réservé aux femmes

Selon l'UNESCO, les femmes ne représentent encore qu'un chercheur sur trois dans le monde. Parmi les scientifiques africains, qui ne sont eux-mêmes que 2,4 % des chercheurs de la planète, environ 31 % sont des femmes. Beaucoup de filles brillantes en sciences abandonnent en route, à cause des préjugés, du manque de modèles ou de la difficulté à concilier une carrière et une vie de famille.

L'histoire des sciences est pleine de femmes oubliées ou effacées : Marie Curie a failli être écartée de son premier prix Nobel, et le travail décisif de Rosalind Franklin a longtemps été ignoré. C'est pour cela qu'en 1998, l'UNESCO et la Fondation L'Oréal, la fondation d'un groupe de cosmétiques installé en France, créent le programme Pour les Femmes et la Science.

Trois étages

  • Les prix internationaux. Chaque année, cinq chercheuses reçoivent chacune 100 000 euros, une par région : Afrique et États arabes, Asie et Pacifique, Europe, Amérique latine et Caraïbes, Amérique du Nord. Les domaines alternent : sciences de la vie (biologie, médecine) les années paires ; physique, chimie, mathématiques et informatique les années impaires. En 2026, 142 chercheuses avaient reçu ce prix.
  • Les programmes Jeunes Talents, nationaux ou régionaux, qui aident des doctorantes et de jeunes docteures. En Afrique subsaharienne, le programme existe depuis 2010 : il offre des bourses de 10 000 euros à des doctorantes et de 15 000 euros à des post-doctorantes (des chercheuses qui ont déjà leur doctorat et poursuivent leurs travaux). Au total, plus de 5 000 femmes ont été soutenues par le programme dans le monde.
  • Pour les Filles et la Science, un programme qui s'adresse aux lycéennes pour leur donner envie de se lancer.

Comment on est choisie

Pour les prix internationaux, on ne pose pas sa propre candidature : des personnes proposent des noms, ce qu'on appelle des « nominations ». Pour l'édition 2026, un record de 504 nominations, venues de 89 pays, a été reçu. Un jury international indépendant choisit les lauréates. En 2026, il était présidé par la chercheuse française Brigitte Kieffer, elle-même ancienne lauréate.

Pour les Jeunes Talents d'Afrique subsaharienne, ce sont les chercheuses elles-mêmes qui envoient leur dossier. Le règlement de 2024 montre ce qu'on attend d'elles :

  • avoir la nationalité d'un pays d'Afrique subsaharienne et faire sa recherche dans un laboratoire de la région ;
  • être au moins en deuxième année de doctorat ;
  • présenter ses publications, un résumé clair de sa recherche en 200 mots au plus, et des lettres de recommandation qui montrent ce qu'elle a fait elle-même, et pas seulement ce que fait son laboratoire ;
  • montrer qu'elle sait expliquer et faire aimer la science autour d'elle.

Depuis 2019, l'Afrique du Sud a son propre programme : la plupart des candidatures venaient de ce pays, et l'on voulait laisser plus de place aux chercheuses des 48 autres pays de la région.

Quelques lauréates

  • Rose Leke (Cameroun, 2024), immunologiste à l'université de Yaoundé 1, l'immunologie étant l'étude des défenses du corps. Elle a travaillé sur le paludisme chez la femme enceinte, contribué à la lutte pour éradiquer la poliomyélite et aidé de jeunes scientifiques à construire leur carrière.
  • Agnès Binagwaho (Rwanda, 2022), pédiatre, pour un modèle de santé publique qui soigne d'abord les plus vulnérables, contre le VIH, le paludisme et la tuberculose.
  • Catherine Ngila (Kenya, 2021), chimiste, pour des méthodes de mesure de la pollution de l'eau.
  • Raquel Lia Chan (Argentine, 2026), qui a identifié des gènes aidant les plantes à résister à la sécheresse, et en a tiré des variétés de blé, de maïs, de riz et de soja.
  • Felice Jacka (Australie, 2026), qui étudie les liens entre l'alimentation et la santé mentale.
  • Liesl Zühlke (Afrique du Sud, 2026), qui soigne mieux les enfants atteints d'une maladie du cœur qui frappe surtout les familles pauvres.

Sept lauréates ont aussi reçu un prix Nobel : Ada Yonath, Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna en chimie, Anne L'Huillier en physique, Christiane Nüsslein-Volhard, Elizabeth Blackburn et Katalin Karikó en médecine. Le parcours de Katalin Karikó est raconté dans la fiche Le prix Lasker.

Du côté des Jeunes Talents, en 2020, Nadège Taty Makuntima, doctorante de l'université de Kinshasa, en RDC, a été récompensée pour ses recherches sur la manière dont les zones de santé font face aux épidémies de choléra, d'Ebola ou de Covid-19. Cette année-là, selon l'UNESCO, des Jeunes Talents originaires du Congo figuraient pour la première fois au palmarès.

Comment : ce que le règlement révèle des obstacles

Le règlement des Jeunes Talents contient un détail qui en dit long. Une post-doctorante doit avoir soutenu sa thèse depuis un nombre limité d'années, mais cette limite est repoussée d'un an par enfant. Les organisateurs reconnaissent ainsi un fait bien réel : la maternité ralentit souvent la carrière des chercheuses, et un prix qui l'ignorerait écarterait justement celles qui ont dû s'arrêter.

Les lettres de recommandation doivent aussi montrer la part personnelle de la candidate. Là encore, c'est une réponse à un vieux problème : le travail des femmes a longtemps été attribué à leur chef ou à leur équipe.

Ce que la légende oublie

  • Un prix ne change pas tout seul les chiffres. Après près de trente ans de programme, une chercheuse sur trois seulement est une femme. L'UNESCO elle-même écrit que l'égalité reste un objectif lointain.
  • Qui paie ? Le prix est financé par la fondation d'une entreprise de cosmétiques, qui associe ainsi son nom à la science. Cela n'enlève rien au mérite des lauréates, mais il est toujours utile de se demander qui finance un prix, et pourquoi.
  • Tout ne dépend pas des lauréates. Beaucoup ont réussi grâce à des bourses, des professeurs qui les ont encouragées, des laboratoires qui leur ont ouvert leurs portes. L'excellence individuelle se construit aussi avec les autres.

Et toi, un jour ?

Le chemin est long mais il est connu : une licence, un master, puis un doctorat de trois à cinq ans, pendant lequel on mène sa propre recherche. Pour une élève qui aime les sciences, les premières étapes se jouent tôt : garder confiance en ses capacités en mathématiques, chercher des modèles, poser des questions sans craindre d'avoir l'air bête, rejoindre un club ou un concours. Et l'égalité ne concerne pas que les filles : les garçons aussi y gagnent, parce qu'une science qui se prive de la moitié des talents trouve moins de solutions.

Le savais-tu ?

  • Sept lauréates du prix L'Oréal-UNESCO ont aussi reçu un prix Nobel, en médecine, en chimie ou en physique.
  • Dans le programme Jeunes Talents d'Afrique subsaharienne, la date limite de soutenance de thèse des post-doctorantes est repoussée d'un an pour chaque enfant.
  • Pour l'édition 2026 des prix internationaux, l'UNESCO a reçu un record de 504 nominations, venues de 89 pays.

Cette fiche t’a plu ? Partage-la avec tes amis ou ta classe.

WhatsAppFacebook

Teste ce que tu viens de lire

Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.

À lire ensuite

Marie Curie, la chercheuse aux deux prix Nobel

Elle a découvert deux éléments chimiques, compris que certains atomes émettent des rayons par eux-mêmes, et reçu deux prix Nobel. Rien ne lui a été donné : ni le droit d'étudier, ni un vrai laboratoire, ni la reconnaissance de tous ses collègues.

8-12 ans

Imhotep, l'architecte de la première pyramide

Il y a environ 4 600 ans, en Égypte, Imhotep a dirigé la construction de la pyramide à degrés de Saqqarah, le premier grand monument entièrement bâti en pierre. Plus tard, on a fait de lui un dieu de la médecine, mais ce qui est prouvé, c'est son travail d'architecte, mené par essais successifs.

8-12 ans

Cai Lun, le papier fait de chiffons et de vieux filets

En l'an 105, en Chine, un haut fonctionnaire du palais nommé Cai Lun présente à l'empereur une façon de fabriquer du papier avec de l'écorce, des chiffons et de vieux filets de pêche. Il n'a pas inventé le papier à partir de rien, mais il l'a rendu bon marché et facile à produire, et c'est ce papier qui a fait le tour du monde.

8-12 ans

Al-Khwarizmi, le savant qui a donné son nom aux algorithmes

Au IXe siècle, à Bagdad, le mathématicien al-Khwarizmi écrit un livre pour résoudre pas à pas des problèmes d'héritage, de partage et de mesure des terres : son titre nous a donné le mot « algèbre ». Un autre de ses livres a fait connaître les chiffres venus d'Inde, et son nom, déformé en latin, est devenu le mot « algorithme ».

13-18 ans

Ibn al-Haytham, le savant qui a mis la lumière à l'épreuve

Il y a mille ans, entre Bassora et Le Caire, Ibn al-Haytham a montré que nous voyons parce que la lumière entre dans nos yeux, et non parce que nos yeux lancent des rayons. Surtout, il a voulu vérifier chaque idée par l'expérience, une exigence qui annonce la science moderne.

13-18 ans

Johannes Gutenberg, des lettres de métal pour imprimer des livres

Vers 1450, à Mayence, en Allemagne, Johannes Gutenberg met au point un système complet pour imprimer des livres avec des lettres de métal qu'on assemble et qu'on réutilise à volonté. Il n'était pas le premier à imprimer, la Chine et la Corée l'avaient précédé, mais son procédé a changé la façon dont les idées circulent, en Europe puis dans le monde.

8-12 ans