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Le prix Lasker, la grande récompense de la recherche médicale

Créé en 1945 aux États-Unis, le prix Lasker récompense chaque année des découvertes qui changent la médecine, et plus d'une centaine de ses lauréats ont aussi reçu le prix Nobel. Derrière chaque prix, il y a presque toujours des dizaines d'années de travail, des demandes d'argent refusées et des équipes entières.

13-18 ans

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La pharmacologue chinoise Tu Youyou, prix Lasker de recherche clinique en 2011 pour la découverte de l’artémisinine contre le paludisme.Bengt Nyman from Vaxholm, Sweden · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Un couple qui voulait faire reculer la maladie

Le prix porte le nom d'un couple de New York. Albert Lasker (1880-1952) est l'un des pionniers de la publicité moderne. Mary Woodard Lasker (1901-1994) consacre sa vie à une cause : convaincre les responsables politiques de financer beaucoup plus la recherche médicale. Sa formule, que la fondation cite encore, tient en une phrase : « Si vous trouvez que la recherche coûte cher, essayez la maladie ! »

En 1945, ils créent les prix Lasker, pour faire connaître les découvertes en biologie et les progrès de la médecine. La fondation qui les décerne est installée à New York.

Quatre prix, un seul but

Le prix Lasker n'est pas une seule récompense, mais une famille de prix :

  • le prix de recherche médicale fondamentale, pour une découverte qui ouvre un domaine nouveau. La recherche fondamentale cherche à comprendre comment fonctionne le vivant, sans viser tout de suite un médicament ;
  • le prix de recherche clinique, pour un progrès qui améliore la vie de milliers de malades : un traitement, un vaccin, un appareil. La recherche clinique est celle qui se fait avec les patients ;
  • un prix pour l'ensemble d'une carrière, décerné une année sur deux ;
  • un prix de service public, lui aussi une année sur deux, pour celles et ceux qui aident le public à comprendre la recherche, font avancer les politiques de santé ou soignent un grand nombre de personnes.

Chaque prix est doté de 250 000 dollars. En 2026, la fondation comptait 360 lauréats depuis 1945, dont 101 ont aussi reçu un prix Nobel. C'est pourquoi on le surnomme parfois « le Nobel américain ».

Comment on est choisi

On ne gagne pas un prix Lasker en remplissant un formulaire pour soi. Ce sont des collègues, qui connaissent bien le travail d'un chercheur, qui envoient une proposition (on dit aussi une « nomination »), chaque année entre novembre et début février. Ils peuvent joindre jusqu'à cinq lettres de soutien, qui ne doivent pas venir de l'établissement du candidat.

Une question du dossier est obligatoire, et elle en dit long : quels autres scientifiques mériteraient aussi le prix ? La fondation explique que les découvertes naissent souvent d'un travail collectif, ou d'observations faites par plusieurs personnes chacune de son côté. Un dossier qui n'y répond pas est renvoyé.

Les prix de recherche sont attribués par un jury international de grands scientifiques, présidé par Joseph Goldstein, lui-même lauréat du prix Lasker et du prix Nobel en 1985. Les lauréats peuvent vivre dans n'importe quel pays. Tout le dossier reste secret pendant cinquante ans.

Quelques lauréats, et le chemin qui les y a menés

Tu Youyou (Chine, prix de recherche clinique 2011). En 1969, cette chercheuse prend la tête d'une équipe d'un programme secret chinois contre le paludisme, le « projet 523 ». Elle rassemble environ 2 000 recettes de la médecine traditionnelle ; en 1971, son équipe a déjà préparé 380 extraits de 200 plantes. L'un d'eux, tiré de l'armoise annuelle, bloque le parasite chez la souris, mais les résultats ne se reproduisent pas. Plutôt que d'abandonner, elle relit les textes anciens et trouve un conseil écrit au IVe siècle par le médecin Ge Hong : faire tremper une poignée de la plante dans de l'eau, puis boire le liquide. Aucune cuisson. Elle comprend que la chaleur des méthodes habituelles détruit la substance active, et fait désormais ses extractions à basse température. À l'automne 1971, l'extrait numéro 191 élimine le parasite chez la souris, puis chez le singe ; elle présente ces résultats à ses collègues du projet en mars 1972. Le prix Lasker arrive une quarantaine d'années plus tard. Pour son histoire complète, voir Tu Youyou ; pour la maladie, voir Le paludisme.

Katalin Karikó (née en Hongrie) et Drew Weissman (États-Unis), prix de recherche clinique 2021. Karikó a grandi dans une petite ville hongroise d'environ dix mille habitants. Dans les années 1990, à l'université de Pennsylvanie, elle travaille sur l'ARN messager, une molécule qui donne aux cellules la recette d'une protéine. Presque personne n'y croit : elle essuie des refus de financement répétés et reçoit peu de soutien de son université. En 1997, elle rencontre l'immunologiste Drew Weissman... devant la photocopieuse, où tous deux venaient copier des articles. Leur travail commun a rendu possibles les vaccins à ARN messager contre le Covid-19. Pour comprendre les vaccins, voir Les vaccins.

Quarraisha et Salim Abdool Karim (Afrique du Sud), prix de service public 2024. Ils ont grandi sous l'apartheid, le système qui séparait la population selon la couleur de peau en Afrique du Sud. En 1992, une de leurs enquêtes montre que le VIH (le virus du sida) touche plus de trois fois plus de femmes que d'hommes dans la population étudiée, et que les infections des filles culminent dès l'adolescence. Ils découvrent ensuite que les adolescentes et les jeunes femmes sont contaminées par des hommes plus âgés qu'elles de presque neuf ans en moyenne. En 2002, ils fondent un centre de recherche, le CAPRISA ; en 2010, ils montrent qu'un gel contenant un médicament contre le virus réduit de 39 % les nouvelles infections chez les femmes qui l'utilisent. Quarraisha Abdool Karim résume leur conviction : pour elle, la science au service de l'humanité et la justice sociale sont les deux faces d'une même pièce.

En 2026, le prix fondamental est allé à Emmanuel Mignot (États-Unis) et Masashi Yanagisawa (Japon), qui ont découvert l'orexine, une molécule du cerveau qui nous garde éveillés. Le prix clinique a récompensé trois chercheurs d'une entreprise pharmaceutique japonaise pour un traitement de l'hémophilie, une maladie où le sang coagule mal : la recherche d'excellence se fait aussi dans les entreprises.

Ce que la légende oublie

  • Un prix nomme quelques personnes ; la science en mobilise beaucoup. Le projet 523 réunissait de nombreux laboratoires. Après le prix de 2011, certains chercheurs chinois ont regretté que la reconnaissance aille à Tu Youyou seule, au détriment d'autres participants. Le jury, lui, a récompensé sa méthode décisive. Les deux choses peuvent être vraies à la fois : un apport personnel qui fait basculer un projet, et un projet qui n'existe que grâce à une équipe.
  • Le temps long. Entre une découverte et sa récompense, il se passe souvent des dizaines d'années. Beaucoup de personnes qui y ont contribué ne sont plus là pour la voir saluée.
  • Un prix voit surtout là où la recherche a des moyens. Selon l'UNESCO, les scientifiques d'Afrique ne représentent que 2,4 % des chercheurs du monde. Ce que les jurys ne voient pas, faute de laboratoires et d'argent, n'est pas pour autant moins brillant.

Et toi, un jour ?

Les lauréats du prix Lasker n'ont pas commencé par viser un prix. Ils ont commencé par une question qui ne les lâchait pas : pourquoi cette maladie tue-t-elle surtout les jeunes femmes ? Pourquoi cet extrait marche-t-il une fois et pas la suivante ?

Le chemin passe le plus souvent par des études de biologie, de médecine, de pharmacie ou de chimie, puis par un doctorat, trois à cinq années de recherche après le master, et par des années de laboratoire. Mais le prix de service public montre qu'il existe d'autres portes : l'acteur Michael J. Fox, lauréat 2026, a appris vers l'âge de 29 ans qu'il avait la maladie de Parkinson, puis a créé une fondation qui a accéléré la recherche sur cette maladie. Ce que tous ont en commun : la patience, le goût de vérifier, et des collègues avec qui travailler.

Le savais-tu ?

  • Les propositions de candidats au prix Lasker et les lettres de soutien restent secrètes pendant cinquante ans ; ensuite seulement, les historiens peuvent les consulter.
  • Katalin Karikó et Drew Weissman, récompensés en 2021 pour les travaux qui ont mené aux vaccins à ARN messager, se sont rencontrés en 1997 devant la photocopieuse de leur université.
  • Pour retrouver comment extraire le remède contre le paludisme, Tu Youyou s'est servie d'un conseil écrit au IVe siècle par un médecin chinois : faire tremper la plante dans l'eau, sans la faire cuire.

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