Kazuo Inamori, un parcours semé d'échecs
Kazuo Inamori naît le 30 janvier 1932 à Kagoshima, dans le sud du Japon. À 12 ans, il échoue à l'examen d'entrée du collège qu'il visait. L'année suivante, en 1945, il est cloué au lit par la tuberculose, une grave maladie des poumons, et la maison familiale est détruite par un bombardement. À 16 ans, pour aider sa famille, il vend des sacs en papier.
Il étudie la chimie à l'université de Kagoshima. Diplômé en 1955, en pleine période de chômage, il entre dans une petite entreprise de Kyoto qui fabrique des isolants électriques. Il y met au point de nouvelles céramiques, des matériaux fabriqués à partir de minéraux cuits à très haute température. En désaccord avec sa direction, il part en 1958 et fonde l'année suivante, avec l'aide de son ancien chef et d'amis, sa propre entreprise : Kyoto Ceramic, devenue Kyocera. Elle devient un géant des composants électroniques. Il meurt en 2022, à 90 ans.
Pourquoi un prix
En 1984, il met 20 milliards de yens de sa fortune personnelle dans une fondation et crée le prix Kyoto. Dans le texte fondateur, il explique être convaincu qu'un être humain n'a pas de plus haute vocation que de travailler au bien de l'humanité. Il donne deux raisons : rendre au monde ce que le monde lui a apporté, et honorer des chercheurs très dévoués mais peu connus.
Il ajoute une conviction : l'avenir de l'humanité dépend d'un équilibre entre le progrès scientifique et la richesse de l'esprit. C'est pourquoi le prix récompense, à égalité, des scientifiques et des artistes ou des penseurs. C'est ce qui le rend original parmi les grands prix.
Trois catégories, douze domaines
- Technologie de pointe : électronique, biotechnologies et technologies médicales, science des matériaux, informatique.
- Sciences fondamentales : biologie de l'évolution et de l'environnement, mathématiques, sciences de la Terre et astronomie, sciences de la vie.
- Arts et philosophie : musique, arts plastiques et architecture, théâtre et cinéma, pensée et éthique.
Chaque lauréat reçoit un diplôme, une médaille en or ornée d'émeraudes et de rubis, et 100 millions de yens. La cérémonie a lieu en novembre à Kyoto ; le lendemain, les lauréats racontent leur parcours au grand public lors de conférences gratuites.
Comment on est choisi
Chaque année, la fondation choisit elle-même, dans le monde entier, des spécialistes reconnus chargés de proposer des candidats. Seuls ces candidats officiellement proposés peuvent être retenus. Ils passent ensuite trois filtres : des comités de sélection de spécialistes font un premier tri, des comités du prix établissent une liste classée, puis un comité exécutif choisit les lauréats en vérifiant que leur œuvre correspond à l'esprit du prix. Ce système à trois étages vise à garantir l'impartialité.
Quelques lauréats, et leur chemin
Claude Shannon (États-Unis, 1985). Parmi les premiers lauréats, il a fondé en 1948 la « théorie de l'information », qui permet de mesurer et de transmettre l'information de façon fiable. Sans elle, pas de télécommunications modernes ni d'Internet.
Jane Goodall (Royaume-Uni, 1990). En 1960, elle commence à observer les chimpanzés sauvages du parc de Gombe, au bord du lac Tanganyika, en Tanzanie. Pendant trente ans d'observations continues, elle découvre qu'ils fabriquent et utilisent des outils, chassent et partagent la nourriture : des comportements qu'on croyait propres aux humains.
William Kentridge (Afrique du Sud, 2010). Né à Johannesburg en 1955, il étudie d'abord les sciences politiques, puis se tourne vers le théâtre et le cinéma. C'est seulement vers 34 ans, en 1989, qu'il invente ses films de « dessins en mouvement », des dessins au fusain qu'il efface et redessine image après image. Ils racontent l'histoire de son pays et les souffrances qu'elle a causées (voir l'apartheid et Mandela).
Zakir Hussain (Inde, 2022). Fils d'un célèbre joueur de tabla, un tambour indien, il se produit dès l'enfance. Il a joué avec des musiciens du monde entier et trouvé le moyen de jouer des mélodies sur un instrument fait pour le rythme.
Azim Surani (né au Kenya, 2025). Né à Kisumu, au bord du lac Victoria, il fait sa carrière à l'université de Cambridge, au Royaume-Uni. Il a montré que, chez les mammifères, un embryon a besoin à la fois des gènes venus du père et de ceux venus de la mère, qui portent chacun des « marques » différentes. Sa conférence publique à Kyoto s'intitulait « De l'Afrique à une carrière dans les sciences de la vie ».
En 2026, le prix est allé au Japonais Tsutomu Miyasaka, inventeur de cellules solaires légères et souples, au biologiste marin Farooq Azam, qui a montré le rôle des bactéries dans le cycle du carbone des océans, et à l'artiste américaine Laurie Anderson.
Ce que la légende oublie
- Les lauréats remercient leurs équipes. En apprenant son prix, Tsutomu Miyasaka a d'abord remercié les étudiants et les jeunes chercheurs qui ont permis l'invention. Farooq Azam a dit voir dans sa récompense celle de ses étudiants et de ses collègues venus du monde entier.
- Des parcours qui démarrent tard ou mal. Inamori a raté un examen à 12 ans, Kentridge a trouvé sa voie vers 35 ans. L'excellence n'a pas d'âge de départ.
- Encore peu d'Africains et de femmes. Parmi plus de cent lauréats, William Kentridge et Azim Surani font partie des rares nés en Afrique, et les femmes restent une petite minorité.
Et toi ?
Le prix Kyoto dit une chose rare : un grand musicien, un penseur ou une artiste méritent autant d'être salués qu'un inventeur. Que tu aimes les circuits électroniques, les chimpanzés, le dessin ou les tambours, il existe un chemin d'excellence, fait de travail patient, de curiosité et d'humilité.
Le savais-tu ?
- À 12 ans, Kazuo Inamori, futur fondateur du prix Kyoto, a échoué à l'examen d'entrée du collège qu'il visait ; l'année suivante, il était cloué au lit par la tuberculose.
- Le prix Kyoto est l'un des rares grands prix internationaux qui récompensent à égalité les sciences et les arts : chaque année, un scientifique de la technologie, un des sciences fondamentales et un artiste ou penseur.
- L'artiste sud-africain William Kentridge, lauréat 2010, n'a commencé ses célèbres films de « dessins en mouvement » qu'en 1989, vers 34 ans.
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