Un prix pour toute la francophonie
La francophonie, c'est l'ensemble des personnes et des pays qui parlent français, sur tous les continents. L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) réunit des États et des gouvernements qui partagent cette langue. Pour comprendre où et comment on parle français, voir le français dans le monde.
En 2001, l'OIF crée le prix des cinq continents. Il récompense un texte de fiction écrit en français, roman, récit ou recueil de nouvelles, par un écrivain qui apporte à la langue française une expérience culturelle particulière. Autrement dit, un livre qui montre qu'on peut écrire en français depuis Brazzaville, Montréal, Alger ou Port-Louis, et que chacun enrichit la langue de sa propre histoire.
Le prix est ouvert à tout auteur de langue française, « quelle que soit sa maturité littéraire » : un premier roman peut gagner. Celui de l'écrivain québécois Éric Chacour, qui a des racines en Égypte, l'a emporté en 2024.
Ce que gagne le lauréat
- 15 000 euros, et 5 000 euros pour une « mention spéciale » décernée à un second livre.
- Une année de voyages. Pendant un an, l'OIF invite le lauréat dans des rencontres littéraires, des foires et des salons du livre sur plusieurs continents. En septembre 2026, le lauréat de l'année faisait ainsi une tournée à Djibouti.
- Un livre plus accessible. L'éditeur s'engage à faciliter la coédition, c'est-à-dire la publication du même livre par un éditeur du pays de l'auteur ou d'un autre pays du Sud. Le livre peut ainsi être imprimé et vendu sur place, à un prix plus abordable qu'un livre importé d'Europe.
Comment on est choisi : des lecteurs sur plusieurs continents
Les éditeurs proposent leurs livres. Ensuite, six comités de lecture, formés de lecteurs bénévoles, lisent tout et retiennent dix finalistes. Ils se trouvent à Brazzaville (association Culture elongo, en République du Congo), à Dakar (Écrivains du Sénégal), à Bruxelles, au Canada, en France et au Vietnam.
Un jury international d'écrivains choisit ensuite le lauréat. En 2026, il était présidé par l'écrivaine tuniso-française Fawzia Zouari et comptait notamment la Camerounaise Hemley Boum, le Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr et le Togolais Sami Tchak. Les lauréats de l'année précédente y siègent aussi. Le prix est remis au début de l'année suivante.
Lors de la remise du prix 2026, la secrétaire générale de la Francophonie a résumé l'idée : « la légitimité littéraire ne peut venir d'un seul endroit ».
Des lauréats des cinq continents
- Alain Mabanckou (République du Congo, 2005), pour Verre cassé.
- Ananda Devi (Maurice, 2006) et Kossi Efoui (Togo, 2009).
- Liliana Lazar (Roumanie, 2010), qui écrit en français sans que ce soit sa langue maternelle.
- Jocelyne Saucier (Québec, 2011), et une mention spéciale en 2012 pour Naomi Fontaine, écrivaine innue, un peuple autochtone du Québec.
- Kamel Daoud (Algérie, 2014), pour un roman publié d'abord à Alger. Dix ans plus tard, il recevait le prix Goncourt.
- In Koli Jean Bofane (RDC, 2015), pour Congo Inc. Le testament de Bismarck.
- Beata Umubyeyi Mairesse (Rwanda, 2020), Karim Kattan (Palestine, 2021) et Hemley Boum (Cameroun, 2025).
Le chemin d'In Koli Jean Bofane
Il naît en 1954 à Mbandaka, en RDC. Enfant, il arrive en Belgique en 1960, pendant les troubles de l'indépendance. Après des études de publicité et de communication, il rentre au Zaïre (le nom de la RDC à l'époque) en 1983 et travaille dans la publicité à Kinshasa.
En 1991, quand le régime du maréchal Mobutu engage une ouverture démocratique, il fonde une maison d'édition qui publie des bandes dessinées satiriques et des enquêtes de journalistes critiques envers le régime. Les pillages de 1991 et de 1993 et la répression contre la presse le poussent à repartir en Belgique en juin 1993.
Il publie d'abord un livre pour enfants, Pourquoi le lion n'est plus le roi des animaux (1996), primé en Belgique. Son premier roman, Mathématiques congolaises, ne paraît qu'en 2008 : il a alors 54 ans. Ce roman reçoit plusieurs prix, dont le Grand prix littéraire d'Afrique noire. Le second, Congo Inc., remporte le prix des cinq continents. Ses livres sont traduits aux États-Unis, en Allemagne, au Brésil et en Corée. Il n'est jamais trop tard pour écrire.
Ce que la légende oublie
- Paris reste au centre. Plus de la moitié des lauréats ont été publiés par une maison installée en France (décompte fait sur la liste officielle de l'OIF). C'est pourquoi le prix pousse à la coédition dans les pays du Sud, et pourquoi il faut saluer les livres venus d'éditeurs d'Alger, de Tunis, de Bruxelles ou de Montréal. Sur la difficulté de publier en Afrique, voir la littérature congolaise.
- Cinq continents, mais pas partout. En 2026, aucun comité de lecture ne se trouve en Océanie, au Maghreb ou dans les Caraïbes. L'OIF elle-même a lancé un appel pour renouveler ces comités et renforcer leur représentativité géographique.
- Une langue au passé compliqué. Le français s'est répandu en Afrique en grande partie par la colonisation. Écrire en français, dans sa langue maternelle, ou dans les deux, reste un choix que chaque écrivain fait à sa façon.
Et toi, un jour ?
L'un des six comités de lecture est l'association du Prix des jeunes écrivain·e·s (PJE), à Muret, en France. Depuis 1984, elle organise un concours international de nouvelles en français ouvert aux jeunes de 16 à 26 ans, de toutes nationalités. Les textes sont lus sans le nom de l'auteur, par des bénévoles. Les demi-finalistes reçoivent une fiche de lecture personnalisée, et les dix lauréats sont publiés et suivis par un écrivain du jury. Pour les candidats de la plupart des pays d'Afrique, l'inscription est gratuite. En quarante ans, le PJE a reçu plus de 30 000 textes venus de 102 pays.
Ce n'est pas qu'un concours d'un jour : Miguel Bonnefoy, ancien lauréat du PJE, a reçu deux fois la mention spéciale du prix des cinq continents avant de devenir un romancier reconnu.
Le savais-tu ?
- L'un des six comités de lecture du prix se trouve à Brazzaville, en République du Congo.
- Kamel Daoud a reçu le prix en 2014 pour un roman d'abord publié à Alger ; dix ans plus tard, il obtenait le prix Goncourt.
- In Koli Jean Bofane a publié son premier roman à 54 ans, avant d'être couronné par le prix des cinq continents en 2015.
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