Un carrefour de musiques
La Nouvelle-Orléans, dans le sud des États-Unis, est au XIXe siècle une ville où se croisent des peuples venus de partout : Africains déportés et leurs descendants, Français, Espagnols, Caribéens, puis Allemands, Irlandais et Italiens. Toutes ces cultures y apportent leurs musiques.
Les Afro-Américains, d'abord réduits en esclavage puis libres, y apportent le blues, les spirituals (des chants religieux) et des danses venues des campagnes. Au XIXe siècle, des esclaves se rassemblaient le dimanche sur une place de marché, à l'extérieur des remparts de la ville. Cet endroit est devenu célèbre sous le nom de Congo Square, la « place Congo », pour ses danses africaines et la conservation d'éléments musicaux venus d'Afrique.
Des fanfares à l'improvisation
À la fin du XIXe siècle, les fanfares (les brass bands) sont à la mode dans tout le pays. Elles jouent dans les défilés, les fêtes, les pique-niques, les mariages et même les enterrements. On aime aussi le ragtime, une musique de piano au rythme décalé, qu'on dit syncopé.
Entre 1895 et 1900, un joueur de cornet, Charles « Buddy » Bolden, commence à glisser du blues improvisé dans les airs de danse et à accélérer le tempo. Beaucoup de musiciens de l'époque le considèrent comme le premier à avoir un style vraiment nouveau.
Dans les orchestres de La Nouvelle-Orléans, trois instruments mènent la danse : le cornet (ou la trompette), la clarinette et le trombone. Ils improvisent ensemble, chacun sa ligne, et leurs mélodies s'entremêlent.
Ce qui fait le jazz
- L'improvisation : le musicien invente une partie de sa musique au moment où il joue. Deux concerts ne sont jamais identiques.
- Le swing : un balancement rythmique, une façon de placer les notes un peu en décalé, qui donne envie de bouger.
- Le dialogue : les instruments se répondent, comme dans une conversation.
- Le blues : ses notes un peu « tordues » et sa mélancolie sont au cœur du jazz.
La conquête du monde
Le jazz voyage avec les musiciens sur les bateaux du Mississippi et dans les tournées. En 1917, l'Original Dixieland Jazz Band enregistre à New York le premier disque commercial de jazz. C'est un succès inattendu, et le jazz devient une mode dans tout le pays. Ironie de l'histoire : ce premier disque est l'œuvre d'un orchestre de musiciens blancs, alors que la musique est née chez les Afro-Américains.
En 1922, le trompettiste Louis Armstrong rejoint son mentor King Oliver à Chicago. Son jeu brillant change le jazz : au lieu de tous improviser ensemble, les musiciens laissent place au soliste, qui fait briller son instrument. Ses enregistrements des années 1925 à 1928 le rendent célèbre dans le monde entier.
Dans les années 1930 et 1940, c'est l'ère du swing, des grands orchestres qui font danser l'Amérique. Puis viennent le bebop dans les années 1940, plus rapide et plus complexe, et bien d'autres styles. Dès 1919, des musiciens de jazz jouent en Angleterre et en France.
Une musique de liberté
Le jazz est né dans une société qui pratiquait la ségrégation : des lois séparaient les Noirs et les Blancs. Il a pourtant rapproché des musiciens et des publics de toutes origines. L'UNESCO rappelle qu'il a donné de la force à la lutte contre la discrimination et le racisme. Depuis 2011, elle célèbre chaque 30 avril la Journée internationale du jazz, pour la paix et le dialogue entre les peuples.
Et le jazz a fait le tour du monde. En Afrique, il a nourri de nombreuses musiques. Le célèbre orchestre congolais du Grand Kallé s'appelait d'ailleurs African Jazz, et il a joué un rôle majeur dans l'histoire de la rumba.
Pour aller plus loin
- Louis Armstrong : la vie du trompettiste.
- La traite transatlantique : comment des musiques d'Afrique ont traversé l'océan.
- La rumba congolaise : une autre grande musique du monde, partie d'Afrique et revenue.
- Les instruments de musique : la trompette, la clarinette, le trombone.
- Le rock : une musique qui doit beaucoup au blues.
- Martin Luther King : la lutte pour les droits civiques aux États-Unis.
Le savais-tu ?
- À La Nouvelle-Orléans, une place où des esclaves se réunissaient le dimanche pour danser s'appelle Congo Square, la « place Congo ».
- Le premier disque commercial de jazz a été enregistré en 1917 à New York, par l'Original Dixieland Jazz Band.
- Depuis 2011, l'UNESCO célèbre chaque 30 avril la Journée internationale du jazz.
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
À lire ensuite
La rumba congolaise : une musique qui a traversé l’Atlantique deux fois
Née de rythmes partis d'Afrique centrale avec la traite, transformée à Cuba, revenue par le disque à Kinshasa et Brazzaville : la rumba a fait l'aller-retour. L'UNESCO l'a inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2021.
8-12 ans
Les instruments : quatre façons de faire du son
Tambour, likembe, flûte, guitare : tous les instruments du monde se classent selon ce qui vibre. Une fois qu'on le sait, on comprend n'importe quel instrument au premier regard.
8-12 ans
La danse : un langage du corps
Avant d'être un divertissement, la danse a été un langage : elle raconte, elle soigne, elle célèbre, elle enseigne. Et elle reste l'un des meilleurs ambassadeurs de la culture congolaise.
8-12 ans
Masques et sculptures : des objets qui ne sont pas de la décoration
Un masque kuba ou pende n'a pas été fait pour être accroché à un mur. Il avait une fonction, un moment, un porteur, et c'est en l'oubliant qu'on le comprend de travers.
8-12 ans
La peinture congolaise : une école qui parle aux gens
À Kinshasa, une peinture s'est développée qui raconte la vie quotidienne, la politique et l'histoire, souvent avec du texte écrit dans le tableau lui-même.
8-12 ans
Le conte et la tradition orale : une bibliothèque sans papier
Une société qui n'écrit pas n'est pas une société sans mémoire. Elle a développé d'autres techniques pour transmettre, et certaines sont d'une efficacité redoutable.
8-12 ans