Une idée de journalistes
En 1956, Gabriel Hanot, un journaliste sportif français, a l'idée d'un prix pour le meilleur footballeur d'Europe. C'est déjà lui qui avait imaginé la Coupe d'Europe des clubs. Le magazine France Football crée le Ballon d'or. Le tout premier lauréat est l'Anglais Stanley Matthews.
Au début, le prix est réservé aux joueurs européens : on l'appelle d'ailleurs le « footballeur européen de l'année ». Les grands joueurs d'Amérique du Sud, comme le Brésilien Pelé ou l'Argentin Diego Maradona, ne peuvent pas le recevoir. En 1995, le prix s'ouvre aux joueurs de toutes les nationalités qui jouent dans un club européen. Aujourd'hui, le règlement récompense le meilleur joueur et la meilleure joueuse du monde, « sans distinction de championnat ni de nationalité ».
Entre 2010 et 2015, le Ballon d'or fusionne avec le prix du meilleur joueur de la FIFA, la fédération internationale de football, puis reprend son indépendance. En 2018 naît le Ballon d'or féminin. Depuis 2024, la cérémonie est organisée avec l'UEFA, l'union des fédérations européennes.
Pour ses 70 ans, en 2026, la cérémonie quitte Paris pour la première fois : elle a lieu le 26 octobre au London Palladium, un théâtre de Londres, en hommage à Stanley Matthews.
Comment on est choisi
Le règlement de France Football est public :
- Une liste de 30 nommés est établie par des journalistes de France Football et de L'Équipe, pour les hommes comme pour les femmes.
- Un jury de journalistes. Chacun des 100 premiers pays du classement de la FIFA désigne un journaliste spécialisé pour voter pour le prix masculin ; 50 pays votent pour le prix féminin.
- Un classement. Chaque juré classe ses dix meilleurs joueurs. Le premier reçoit 15 points, le deuxième 12, le troisième 10, puis 8, 7, 5, 4, 3, 2 et 1 point. On additionne tout.
- Trois critères, dans cet ordre : d'abord les performances individuelles, le caractère décisif et impressionnant du joueur ; ensuite les performances de l'équipe et les trophées gagnés ; enfin la classe et le fair-play, c'est-à-dire le respect des règles et des adversaires.
- Une saison, pas une année. On juge désormais la saison, d'août à juillet, compétitions internationales comprises.
D'autres trophées sont remis le même soir : pour les meilleurs jeunes, les gardiens, les entraîneurs, les clubs, et le prix Sócrates pour un engagement solidaire.
Des lauréats, et une seule victoire africaine
- Eusébio reçoit le Ballon d'or en 1965 avec le club de Benfica, au Portugal. Il est né au Mozambique, alors colonie portugaise, et joue pour l'équipe du Portugal : il est le premier joueur d'origine africaine à figurer dans le vote.
- George Weah (Liberia) le reçoit en 1995, la première année où les joueurs non européens peuvent gagner. Il reste le seul lauréat africain. Le Sénégalais Sadio Mané termine deuxième en 2022.
- Chez les femmes : la Norvégienne Ada Hegerberg est la première lauréate en 2018. L'Espagnole Aitana Bonmatí devient en 2025 la première femme à le gagner trois fois. La Nigériane Asisat Oshoala, nommée en 2022, est la première joueuse africaine sur la liste, et la Zambienne Barbra Banda y figure plusieurs années de suite depuis 2024.
France Football a aussi décerné, de 1970 à 1994, un Ballon d'or africain. En 1973, il va à Tshimen Bwanga, défenseur du TP Mazembe de Lubumbashi et des Léopards du Zaïre, l'actuelle RDC. Il reste le seul Congolais à l'avoir reçu. Pour l'histoire de cette équipe, voir le football et les Léopards.
Le chemin : Tshimen Bwanga, George Weah et Aitana Bonmatí
Tshimen Bwanga raconte qu'en 1963, à 14 ans, il est ramasseur de balles au stade de Lubumbashi : il veut s'approcher des joueurs, qui lui laissent le ballon après l'entraînement. La même année, il entre chez les juniors du TP Mazembe, difficilement : on lui donne sa chance un jour où plusieurs titulaires manquent. Il commence attaquant, devient défenseur, et joue seize ans pour le club, dont il devient le capitaine, comme chez les Léopards.
George Weah a 21 ans quand il joue dans un club du Cameroun et qu'on le recommande à l'entraîneur français Arsène Wenger, de l'AS Monaco. Il rejoint Monaco en 1988, puis le Paris Saint-Germain en 1992, puis l'AC Milan, en Italie, en 1995. Il dédie son Ballon d'or à Wenger, qui l'a aidé à devenir un joueur de niveau mondial. Pour lui, ce prix a fait connaître le Liberia dans le monde. Après sa carrière, il se lance en politique : élu président du Liberia en 2017, il reconnaît sa défaite à l'élection de 2023.
Aitana Bonmatí grandit à Sant Pere de Ribes, une petite ville près de Barcelone, en Espagne. Dans son premier club, elle est la seule fille dans un groupe de 19 joueurs. Un jour, elle refuse de sortir de la voiture pour aller à l'entraînement : des garçons se moquent d'elle. Son entraîneur vient lui parler et lui explique qu'ils sont jaloux parce qu'elle joue mieux qu'eux. Elle continue, entre au FC Barcelone, et y joue depuis plus de dix ans.
Ce que la légende oublie
- Des décennies d'exclusion. Jusqu'en 1995, les joueurs d'Afrique et d'Amérique du Sud qui n'avaient pas une nationalité européenne ne pouvaient pas gagner. En 2016, France Football a revu les éditions de 1956 à 1994 et estimé que Pelé aurait mérité le trophée sept fois. Les lauréats de l'époque n'ont pas été changés.
- Le sexisme en direct. En 2018, juste après avoir reçu le premier Ballon d'or féminin, Ada Hegerberg se voit demander sur scène, par l'animateur, si elle sait danser le « twerk », une danse suggestive. Elle répond non. L'animateur s'excuse ensuite, sous une pluie de critiques.
- Un prix individuel dans un sport collectif. Le deuxième critère le rappelle : personne ne gagne un Ballon d'or sans ses coéquipiers, son entraîneur et son club.
Et toi, un jour ?
Le parcours de Tshimen Bwanga commence au bord du terrain, avec un ballon ramassé. Celui d'Aitana Bonmatí commence dans une équipe où elle était la seule fille. Et le football ne se limite pas aux joueurs : les jurés du Ballon d'or sont des journalistes, et autour d'une équipe travaillent des kinésithérapeutes, des nutritionnistes, des préparateurs physiques. Voir vivre du sport et le sport féminin.
Le savais-tu ?
- Le premier Ballon d'or, en 1956, est allé à l'Anglais Stanley Matthews : pour les 70 ans du prix, en 2026, la cérémonie quitte Paris pour la première fois et se tient à Londres en son honneur.
- Le Congolais Tshimen Bwanga, Ballon d'or africain 1973, a commencé comme ramasseur de balles au stade de Lubumbashi, à 14 ans.
- En 2016, France Football a estimé que Pelé, qui ne pouvait pas concourir parce qu'il était Brésilien, aurait mérité le Ballon d'or sept fois.
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