Qu'appelle-t-on « art contemporain » ?
Contemporain veut dire « de notre temps ». On appelle art contemporain l'art d'aujourd'hui et du passé récent, quand il cherche à innover. Les musées ne sont pas d'accord sur la date de départ : l'Institut d'art contemporain de Londres choisit 1947, le New Museum de New York 1977. Disons, pour simplifier, l'art de la seconde moitié du XXe siècle à aujourd'hui.
Ce qui le caractérise, c'est l'absence de règle commune. Peinture, sculpture, vidéo, photographie, performance, son, lumière, objets trouvés, art numérique : tout est possible.
Le point de départ : un urinoir
Pour comprendre l'art contemporain, il faut remonter à 1917. À New York, l'artiste français Marcel Duchamp achète un urinoir dans un magasin, le pose à l'envers, le signe d'un faux nom et le présente à une exposition sous le titre Fontaine.
C'est un ready-made, un objet « déjà fait », que l'artiste n'a pas fabriqué mais choisi. Le message de Duchamp est provocant : ce qui fait l'œuvre d'art, ce n'est pas l'habileté de la main, c'est l'idée et le choix de l'artiste. La Tate de Londres en expose une réplique réalisée en 1964.
Cette idée a ouvert la voie à presque tout ce qui a suivi. On parle d'art conceptuel quand l'idée compte plus que l'objet lui-même.
Les installations : entrer dans l'œuvre
Une installation est une œuvre qui occupe tout un espace, souvent une salle entière, et que le visiteur traverse ou contourne. Ce n'est plus un objet qu'on regarde de loin, mais une expérience qu'on vit.
En 1991, la Britannique Cornelia Parker fait exploser une cabane de jardin et son contenu, puis suspend les morceaux dans l'espace, comme si l'explosion était figée dans l'instant : c'est Cold Dark Matter: An Exploded View, conservée à la Tate.
Dès la fin des années 1950, l'Américain Allan Kaprow remplissait des galeries entières de plastique et de cellophane. Pour l'artiste russe Ilya Kabakov, le personnage principal d'une installation, c'est le spectateur.
Le street art : l'art descend dans la rue
Dans les années 1970, à New York, des jeunes peignent à la bombe sur les murs et sur les rames du métro. Ce sont les graffitis : des signatures stylisées appelées tags, ou des lettrages géants et colorés.
Le street art, ou art urbain, va plus loin. Il utilise toutes sortes de techniques : pochoirs, affiches collées, mosaïques, fresques murales géantes, autocollants. Il est souvent fait sans autorisation, dans l'espace public, et il est éphémère : la pluie, le soleil ou un coup de peinture peuvent l'effacer.
Quelques noms :
- Jean-Michel Basquiat et Keith Haring, à New York dans les années 1980, sont considérés comme des pionniers ; ils passent des murs de la ville aux galeries ;
- le Britannique Banksy, dont personne ne connaît officiellement l'identité, réalise au pochoir des images ironiques et politiques ; ses œuvres sont aujourd'hui exposées et vendues très cher, ce qui est un étrange paradoxe pour un art né illégal.
Aujourd'hui, de nombreuses villes, de São Paulo à Dakar en passant par Paris, invitent des artistes à peindre des fresques géantes sur des immeubles.
Pourquoi l'art contemporain dérange-t-il ?
Devant certaines œuvres, on entend souvent : « Mon petit frère pourrait faire la même chose. » C'est une réaction normale, et elle mérite une vraie réponse.
L'art contemporain ne cherche pas toujours à être beau ni difficile à fabriquer. Il cherche souvent à faire réfléchir : sur la société de consommation, l'écologie, la guerre, l'identité, la place du spectateur. Pour l'apprécier, il faut parfois connaître l'idée de départ, lire le cartel (la petite étiquette à côté de l'œuvre), se demander : qu'est-ce que l'artiste a voulu me faire ressentir ou penser ?
On a le droit de ne pas aimer. Mais un avis vaut plus quand on a d'abord cherché à comprendre.
Et en Afrique ?
L'art contemporain est mondial. Des artistes africains exposent dans les plus grands musées et les grandes biennales, comme le Kinois Chéri Samba, dont les tableaux mêlent images et textes. La biennale Dak'Art, à Dakar, est l'un des grands rendez-vous de l'art contemporain africain.
Pour aller plus loin
- Chéri Samba : le peintre de Kinshasa exposé dans le monde entier.
- Le pop art : les objets du quotidien entrent au musée.
- Le cubisme et les avant-gardes : Dada, ancêtre de l'art contemporain.
- La peinture congolaise : Chéri Samba et la peinture populaire de Kinshasa.
- Musées et patrimoine : que garde-t-on, et pour qui ?
Le savais-tu ?
- La Fontaine de Duchamp date de 1917, mais celle qu'expose la Tate de Londres est une réplique faite en 1964.
- Pour son œuvre Cold Dark Matter (1991), Cornelia Parker a fait exploser une cabane de jardin, puis en a suspendu les morceaux.
- Le graffiti moderne est né dans les années 1970 à New York, sur les murs et les rames du métro.
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
À lire ensuite
La rumba congolaise : une musique qui a traversé l’Atlantique deux fois
Née de rythmes partis d'Afrique centrale avec la traite, transformée à Cuba, revenue par le disque à Kinshasa et Brazzaville : la rumba a fait l'aller-retour. L'UNESCO l'a inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2021.
8-12 ans
Les instruments : quatre façons de faire du son
Tambour, likembe, flûte, guitare : tous les instruments du monde se classent selon ce qui vibre. Une fois qu'on le sait, on comprend n'importe quel instrument au premier regard.
8-12 ans
La danse : un langage du corps
Avant d'être un divertissement, la danse a été un langage : elle raconte, elle soigne, elle célèbre, elle enseigne. Et elle reste l'un des meilleurs ambassadeurs de la culture congolaise.
8-12 ans
Masques et sculptures : des objets qui ne sont pas de la décoration
Un masque kuba ou pende n'a pas été fait pour être accroché à un mur. Il avait une fonction, un moment, un porteur, et c'est en l'oubliant qu'on le comprend de travers.
8-12 ans
La peinture congolaise : une école qui parle aux gens
À Kinshasa, une peinture s'est développée qui raconte la vie quotidienne, la politique et l'histoire, souvent avec du texte écrit dans le tableau lui-même.
8-12 ans
Le conte et la tradition orale : une bibliothèque sans papier
Une société qui n'écrit pas n'est pas une société sans mémoire. Elle a développé d'autres techniques pour transmettre, et certaines sont d'une efficacité redoutable.
8-12 ans