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L'Africa Prize, le prix des inventeurs africains qui résolvent des problèmes concrets

Depuis 2014, une académie d'ingénieurs britannique choisit chaque année jusqu'à seize inventeurs d'Afrique subsaharienne, les forme pendant huit mois, puis récompense les meilleurs. Leurs inventions partent de problèmes très concrets : un test du paludisme sans piqûre, un réfrigérateur solaire pour les vaccins, une application qui traduit la parole en langue des signes.

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L'Africa Prize, le prix des inventeurs africains qui résolvent des problèmes concrets

Qui l'organise, et depuis quand

L'Africa Prize for Engineering Innovation, qu'on peut traduire par « prix africain de l'innovation en ingénierie », a été lancé en mars 2014 par la Royal Academy of Engineering, l'académie nationale des ingénieurs du Royaume-Uni, installée à Londres. En 2026, il est financé en partie par le ministère britannique chargé de la science. L'Académie le présente comme le plus grand prix d'Afrique consacré à l'innovation en ingénierie.

L'ingénierie, c'est l'art de concevoir et de fabriquer des solutions techniques : une machine, un logiciel, un pont, un appareil médical, un procédé pour traiter des déchets. Le prix vise l'Afrique subsaharienne, c'est-à-dire les pays situés au sud du Sahara, de la Mauritanie à l'Afrique du Sud, en passant par la RDC et le Congo.

Ce qu'il récompense vraiment

Le prix ne récompense pas une simple idée. L'invention doit déjà exister et fonctionner : un prototype qui marche pour un objet (le premier modèle, fabriqué pour tester), ou une première version utilisable pour un logiciel, avec de premiers clients intéressés. Il faut aussi un projet d'entreprise sérieux pour la produire et la vendre.

L'invention doit être installée en Afrique subsaharienne, y apporter un bienfait social ou pour l'environnement, et pouvoir être reproduite à grande échelle. Elle n'a pas besoin d'être entièrement nouvelle : adapter une technique existante à un besoin local compte aussi. Tous les domaines sont acceptés, de l'agriculture aux logiciels, en passant par la médecine et les matériaux. Sont refusés les projets militaires et ceux qui ne visent que le profit.

Comment on est choisi

Pour poser sa candidature, il faut être citoyen d'un pays d'Afrique subsaharienne et y vivre, et avoir plus de 18 ans, sans limite d'âge supérieure. Il n'est pas nécessaire d'être ingénieur diplômé. Le dossier doit être écrit en anglais.

La sélection se fait en plusieurs étapes :

  1. un premier dossier (environ une heure et demie de travail) décrit l'invention, avec schémas, photos et vidéos. Deux experts techniques vérifient qu'elle tient debout ;
  2. les meilleurs dossiers passent à une deuxième étape : plan d'entreprise, étude du marché, prévisions financières, examinés par un jury ;
  3. jusqu'à seize candidats sont retenus pour huit mois de formation : conseils de spécialistes, accompagnement par des ingénieurs, deux semaines de formation, l'une au Royaume-Uni, l'autre dans une grande ville africaine ;
  4. quatre finalistes présentent enfin leur projet devant le jury et un public, lors d'une grande finale où le lauréat est désigné.

Le montant a changé selon les années. En 2022, le lauréat recevait 25 000 livres sterling et trois autres finalistes 10 000 chacun, plus un prix de 5 000 livres voté par le public. Pour les dix ans du prix, en 2024, la lauréate a reçu 50 000 livres, la plus grosse somme jamais attribuée ; le lauréat de 2025 aussi, et l'Académie annonce le même montant pour 2027. Un candidat refusé est encouragé à se représenter l'année suivante, en s'aidant des remarques des experts.

Des lauréats et leurs chemins

  • Askwar Hilonga (Tanzanie, 2015) : un filtre qui associe le sable et la nanotechnologie, la science des objets des milliers de fois plus petits qu'un cheveu, pour rendre l'eau potable.
  • Arthur Zang (Cameroun, 2016) : le Cardio-Pad, une tablette qui enregistre l'activité du cœur et l'envoie par le réseau téléphonique à un cardiologue éloigné. Tout peut se faire en vingt minutes à peine.
  • Brian Gitta et son équipe (Ouganda, 2018) : Matibabu, un appareil qui se pince sur le doigt et détecte le paludisme sans prise de sang, grâce à une lumière rouge ; le résultat s'affiche en une minute sur un téléphone. L'idée leur est venue après avoir manqué des cours, malades du paludisme plusieurs fois. Voir Le paludisme.
  • Charlette N'Guessan (installée au Ghana, 2020) : un logiciel qui vérifie l'identité d'une personne à distance grâce à la reconnaissance du visage, pour lutter contre les fraudes dans les banques. Elle est la première femme à remporter le prix.
  • Noël N'guessan (Côte d'Ivoire, 2021) : Kubeko, des appareils qui transforment les déchets agricoles en compost et en gaz de cuisine. Son équipe a réussi à faire baisser leur prix de 800 à 700 dollars pour les rendre abordables.
  • Norah Magero (Kenya, 2022) : la VacciBox, un petit réfrigérateur mobile qui fonctionne à l'énergie solaire, pour transporter les vaccins là où il n'y a pas d'électricité. Voir Les vaccins.
  • Anatoli Kirigwajjo (Ouganda) et Edmund Wessels (Afrique du Sud), 2023 : pour la première fois, deux lauréats. Après un cambriolage qui lui a coûté l'équivalent de 1 300 dollars, Kirigwajjo invente YUNGA, un réseau d'alerte entre voisins relié à la police. Il s'inspire d'une pratique traditionnelle d'Ouganda, du Kenya, du Nigeria et de Tanzanie, où l'on alertait les voisins au tambour. Wessels, ingénieur biomédical, est récompensé pour une innovation en santé des femmes.
  • Esther Kimani (Kenya, 2024) : une caméra solaire qui repère en quelques secondes les parasites et les maladies des cultures, puis prévient l'agriculteur par SMS. Ses parents, petits agriculteurs, perdaient jusqu'à 40 % de leur récolte chaque saison.
  • Elly Savatia (Kenya, 2025) : Terp 360, une application qui traduit la parole en langue des signes grâce à un personnage animé en 3D.

Le prix a aussi fait entrer d'autres pays dans l'aventure : la sélection de 2022 comptait pour la première fois un inventeur de la République du Congo, Divin Kouebatouka, qui transforme la jacinthe d'eau en fibre capable d'absorber le pétrole répandu sur l'eau ou sur le sol. La jacinthe d'eau est une plante aquatique envahissante.

Comment : l'histoire de Terp 360

Enfant, dans l'ouest du Kenya, Elly Savatia démonte les radios et les horloges pour comprendre comment elles marchent. À dix ans, il découvre le mot « innovation » et comprend qu'on peut mettre sa passion au service des autres. Au lycée, il imagine déjà un escalier qui se transforme en rampe, pour les personnes qui ont du mal à se déplacer.

Des années plus tard, lors d'un cours de robotique dans le nord du Kenya, il remarque que dans une classe de 300 élèves sourds, il n'y a qu'un seul interprète en langue des signes. C'est le déclic. Sa première application ne sait traduire que l'alphabet et quelques mots, et les premiers utilisateurs trouvent les gestes de l'avatar trop « robotiques ». Plutôt que d'abandonner, son équipe enregistre avec des Kényans sourds et malentendants plus de 2 300 signes, pour que les mouvements paraissent naturels. Échouer, écouter, corriger : c'est le cœur du travail d'ingénieur.

Ce que la légende oublie

  • La barrière de la langue. Les dossiers doivent être écrits en anglais, et la formation se fait surtout en anglais, même si une aide en français est parfois possible. Pour un inventeur de Kinshasa, de Dakar ou de Maputo, c'est un obstacle de plus. La finale de 2025, à Dakar, était la première organisée en Afrique francophone.
  • Un prix n'est pas une réussite garantie. Une invention doit ensuite trouver des clients. Selon l'Académie, 71 % des anciens participants tirent aujourd'hui des revenus de leur entreprise : c'est beaucoup, mais cela veut dire que les autres n'y sont pas, ou pas encore, parvenus. Ces chiffres sont fournis par l'organisateur lui-même.
  • Qui décide ? Le prix est organisé depuis Londres par une institution britannique. L'Académie précise qu'elle ne prend aucune part dans les entreprises des lauréats, qui restent propriétaires de leurs inventions.

Et toi, un jour ?

Presque tous les lauréats sont partis d'un problème qu'ils vivaient eux-mêmes : le paludisme qui fait manquer les cours, la récolte des parents dévorée par les parasites, des élèves sourds sans interprète. Tu peux commencer dès maintenant : regarder autour de toi, démonter, bricoler, apprendre à programmer, tester une idée avec de vrais utilisateurs, et accepter que la première version soit ratée. Il faut avoir 18 ans pour se présenter, mais pas de limite d'âge supérieure : ce qui compte, c'est d'arriver avec une invention qui marche.

Le savais-tu ?

  • L'idée de Matibabu, un test du paludisme sans prise de sang, est venue à Brian Gitta et à ses camarades après avoir manqué des cours, malades du paludisme plusieurs fois.
  • La finale de 2025, à Dakar, au Sénégal, était la première finale du prix organisée en Afrique francophone.
  • Il n'y a pas d'âge maximum pour se présenter à l'Africa Prize, et il n'est pas obligatoire d'être ingénieur diplômé.

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