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La laïcité : plusieurs modèles, pas un seul

Comment un État se comporte-t-il face aux religions ? Il n'y a pas une réponse mais plusieurs, très différentes, et aucune n'est la norme dont les autres s'écarteraient.

13-18 ans

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Le problème commun

Tout État doit trancher trois questions, quelles que soient ses convictions :

  1. Qui décide de la loi : l'État seul, ou des autorités religieuses ?
  2. Que finance l'argent public : les cultes, certains d'entre eux, aucun ?
  3. Quelle liberté ont les personnes : croire, ne pas croire, changer de religion, manifester sa croyance en public ?

Les réponses varient énormément, et les comparer est le seul moyen de comprendre le sujet. Les textes constitutionnels de presque tous les pays sont consultables librement : c'est une matière vérifiable, pas une affaire d'opinion.

Modèle 1 : la séparation stricte, version française

En France, une loi de 1905 sépare les Églises et l'État. L'État ne reconnaît, ne salarie et ne subventionne aucun culte ; en retour, il garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes.

L'accent est mis sur la neutralité de l'espace public institutionnel : les agents publics doivent s'abstenir de manifester leurs convictions dans l'exercice de leurs fonctions, et des règles particulières s'appliquent à l'école publique.

Ce modèle est né d'un conflit historique précis, très violent, entre l'État républicain et l'Église catholique. Il en garde la marque, et il est régulièrement débattu à l'intérieur même du pays.

Modèle 2 : la séparation protectrice, version américaine

La Constitution des États-Unis interdit au Congrès d'établir une religion et de gêner son libre exercice. Deux interdictions, donc, et la seconde est très largement interprétée.

Le résultat est presque l'inverse du précédent dans les apparences : l'État ne subventionne pas d'Église, mais la religion est extrêmement visible dans la vie publique, mention de Dieu sur la monnaie, prière à l'ouverture des sessions, serments sur un livre saint, poids considérable des Églises dans les campagnes électorales.

Le principe est le même, l'équilibre est autre : ici, la séparation protège les religions de l'État plus qu'elle ne protège l'État des religions.

Modèle 3 : la laïcité comme égalité entre religions, version indienne

La Constitution indienne pose un État séculier, mais dans un sens différent : l'État ne s'identifie à aucune religion et doit traiter également un pays où coexistent hindous, musulmans, chrétiens, sikhs, bouddhistes, jaïns et bien d'autres.

Cela l'amène à intervenir dans le domaine religieux plutôt qu'à s'en abstenir : reconnaissance de droits de la famille différents selon les communautés, interdiction constitutionnelle de la discrimination de caste, gestion publique de certains temples.

Il ne s'agit donc pas d'indifférence, mais d'arbitrage actif. Ce modèle est lui aussi contesté à l'intérieur du pays.

Modèle 4 : la laïcité imposée d'en haut, version turque

La Turquie a inscrit la laïcité dans son droit à partir des années 1920, dans un projet de modernisation conduit par l'État après la fin de l'Empire ottoman.

Particularité : l'État a créé une administration chargée des affaires religieuses, qui nomme et rémunère les imams. On a donc un État laïque qui organise le culte majoritaire, ce qui est très différent d'un État qui s'en retire.

Depuis les années 2000, la place de la religion dans la vie publique y a été considérablement renégociée.

Modèle 5 : les religions d'État

Beaucoup de pays ont une religion officielle, ce qui n'empêche pas nécessairement la liberté de culte.

Le Danemark et le Royaume-Uni ont une Église liée à l'État. L'Arabie saoudite ou l'Iran font du droit religieux une source directe de la législation. Le Maroc, l'Indonésie ou Israël combinent des principes de liberté religieuse avec un statut particulier accordé à une ou plusieurs religions.

Ce qui distingue vraiment les régimes

La bonne question n'est pas « ce pays est-il laïque ? », qui reçoit des réponses confuses. Ce sont celles-ci :

  • Une personne peut-elle ne pas croire sans risque juridique ou social ?
  • Peut-elle changer de religion ?
  • Les minorités ont-elles les mêmes droits réels que la majorité ?
  • Qui a le dernier mot en cas de conflit entre un texte religieux et la loi ?
  • Les filles ont-elles accès à l'école dans les mêmes conditions ?

Ces cinq questions se posent partout et se vérifient. Elles séparent bien mieux les situations que l'étiquette affichée dans une constitution.

Ce que le droit international en dit

La liberté de pensée, de conscience et de religion figure parmi les libertés reconnues par les grands textes internationaux relatifs aux droits humains. Elle comprend le droit d'avoir une religion, d'en changer et de n'en avoir aucune.

Les organes internationaux qui suivent ces engagements constatent que cette liberté est restreinte dans un grand nombre de pays, sur tous les continents, et de toutes les traditions religieuses majoritaires. Ce n'est pas le problème d'une région du monde.

Le savais-tu ?

  • Aux États-Unis, l'État ne subventionne aucune Église, mais la religion est très visible dans la vie publique : le même principe de séparation produit un équilibre inverse de celui de la France.
  • La Turquie est un État laïque qui a créé une administration publique chargée de nommer et de rémunérer les imams.
  • La liberté de religion reconnue par le droit international inclut explicitement le droit de changer de religion et celui de n'en avoir aucune.

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