Aller au contenu
Lobinayo Learning

Johannes Gutenberg, des lettres de métal pour imprimer des livres

Vers 1450, à Mayence, en Allemagne, Johannes Gutenberg met au point un système complet pour imprimer des livres avec des lettres de métal qu'on assemble et qu'on réutilise à volonté. Il n'était pas le premier à imprimer, la Chine et la Corée l'avaient précédé, mais son procédé a changé la façon dont les idées circulent, en Europe puis dans le monde.

8-12 ans

WhatsAppFacebook
Gutenberg dans une gravure faite après sa mort : on ne connaît aucun portrait de son vivant.Auteur inconnu · Domaine public · Wikimedia Commons

Un enfant de Mayence

Johannes Gutenberg naît vers 1400 à Mayence, une ville au bord du Rhin, dans l'actuelle Allemagne. On ne connaît pas sa date de naissance exacte : aucun acte de naissance, aucune lettre de sa main ne nous sont parvenus. Ce qu'on sait de lui vient surtout de procès et de papiers d'argent.

Sa famille est aisée, et plusieurs de ses membres travaillent le métal pour l'atelier de monnaie de l'archevêque de Mayence. Il apprend sans doute lui aussi à fondre, à graver et à travailler les métaux avec précision.

À l'époque, en Europe, les livres sont recopiés à la main par des copistes, ou imprimés à l'aide de planches de bois gravées, une planche par page. Un livre coûte cher et demande des mois de travail.

Des années d'essais à Strasbourg

Vers 1428, à cause de conflits politiques dans sa ville, Gutenberg s'installe à Strasbourg. En 1438, il s'associe avec quelques habitants pour fabriquer de petits miroirs à vendre aux pèlerins d'Aix-la-Chapelle. Le pèlerinage est repoussé d'un an ; ses associés lui demandent alors de leur apprendre d'autres techniques qu'il connaît.

Un procès, en 1439, nous en apprend davantage. Des témoins y parlent d'achats de métal, d'une presse, de « formes », et d'un objet fait de quatre pièces tenues par des vis. Les historiens y voient les premiers essais d'imprimerie. Mais aucun texte imprimé de cette époque n'a été retrouvé : il a fallu des années pour que l'idée marche.

Un système complet

Revenu à Mayence vers 1448, Gutenberg met son procédé au point. Le principe est simple : découper un texte en ses plus petits éléments, les lettres, majuscules et minuscules, et les signes de ponctuation. Chaque élément devient un petit bloc de métal. On les assemble en mots, en lignes et en pages ; après l'impression, on les range et on les réutilise pour un autre texte.

Pour y arriver, il met au point toute une chaîne d'outils :

  • un poinçon : une tige d'acier au bout de laquelle on grave une lettre, à l'envers, comme sur un tampon ;
  • une matrice : on frappe le poinçon dans un bloc de cuivre, plus tendre, où la lettre s'imprime en creux ;
  • un moule à main, la pièce maîtresse : on y coule du métal fondu, surtout du plomb et de l'étain, pour fabriquer très vite autant d'exemplaires de chaque lettre qu'il en faut, tous exactement de la même hauteur ;
  • une encre à base d'huile, qui accroche bien au métal ;
  • une presse à vis, inspirée des pressoirs, qui appuie la feuille de façon égale sur les lettres encrées.

C'est ce système, dont toutes les pièces fonctionnent ensemble, qui fait sa réussite. Il marchait si bien qu'on l'a à peine modifié pendant des siècles.

Comment : de l'argent, une équipe et beaucoup de patience

Tout cela coûte une fortune. Vers 1450, un riche habitant de Mayence, Johann Fust, lui prête 800 florins, puis encore 800 quelques années plus tard. Pour comparer, une maison en ville coûtait alors environ 500 florins.

Gutenberg ne travaille pas seul. Il réunit une équipe d'une vingtaine de personnes, dont Peter Schöffer, un ancien copiste et calligraphe qui avait travaillé à Paris et qui a sans doute beaucoup compté dans le dessin des lettres.

Il commence par de petits travaux qui rapportent de l'argent, comme des lettres d'indulgence, des documents que l'Église délivrait aux fidèles et qu'on imprimait par milliers. Puis il se lance dans un projet immense : une Bible en latin.

Entre 1452 et 1455, son atelier en imprime environ 180 exemplaires, en deux gros volumes qui totalisent 1 282 pages. Les lettres imitent la belle écriture des manuscrits : pour ce seul livre, il fait fondre 290 caractères différents. Les couleurs et les décorations sont ajoutées à la main ensuite, par des artisans choisis par chaque acheteur, si bien qu'aucun exemplaire n'est identique à un autre.

À l'automne 1454, à Francfort, on montre déjà des pages de cette Bible. Un homme d'Église italien qui les a vues s'émerveille, dans une lettre, de leurs lettres si nettes et si lisibles.

Un procès perdu

L'histoire tourne mal pour Gutenberg. Les deux associés se brouillent sur le remboursement des prêts. Le 6 novembre 1455, un notaire rédige un document qui rend compte du procès : le tribunal décide que Gutenberg doit rembourser le premier prêt, avec les intérêts. Fust continue ensuite d'imprimer avec Peter Schöffer, et leur atelier prospère.

Gutenberg a-t-il alors perdu tout son matériel ? Les historiens ne sont pas d'accord. En 1465, l'archevêque de Mayence lui accorde une pension : chaque année des vêtements, du blé et du vin, et le droit de ne pas payer d'impôts. Il meurt au début de février 1468.

Ce que la légende oublie

  • Il n'a pas inventé l'imprimerie. En Chine, on imprimait avec des planches de bois gravées depuis des siècles. Dans les années 1040, un artisan chinois, Bi Sheng, a fabriqué des caractères mobiles en argile cuite. En Corée, en 1377, un livre bouddhique, le *Jikji*, a été imprimé dans un temple de la ville de Cheongju avec des caractères mobiles en métal, soixante-dix-huit ans avant la Bible de Gutenberg. C'est le plus ancien livre connu imprimé de cette façon ; il est conservé à la Bibliothèque nationale de France, à Paris.
  • Pourquoi est-ce en Europe que les caractères mobiles se sont imposés ? L'écriture chinoise compte des milliers de caractères différents, si bien que la planche gravée y restait souvent plus pratique. L'alphabet latin, lui, n'a que quelques dizaines de lettres. Rien ne prouve que Gutenberg ait entendu parler des inventions chinoises ou coréennes.
  • Son nom n'apparaît pas sur sa Bible. C'est une chronique publiée à Cologne en 1499, rapportant le souvenir d'un imprimeur de la ville, qui attribue à Gutenberg l'invention faite à Mayence.
  • D'autres ont compté. Fust a apporté l'argent, Schöffer une partie du savoir-faire, et des ouvriers dont on connaît à peine les noms ont composé et imprimé les pages. Au moins deux d'entre eux sont ensuite devenus imprimeurs à leur tour.

Ce qu'il a laissé

Il reste aujourd'hui 49 exemplaires de sa Bible, conservés en Europe, en Amérique du Nord et jusqu'en Asie.

Surtout, l'imprimerie s'est répandue très vite en Europe. Les livres sont devenus plus nombreux et moins chers. Pour la première fois, des lecteurs éloignés pouvaient consulter des exemplaires presque identiques d'un même texte, et donc les comparer et en discuter. Les idées scientifiques, religieuses et politiques ont circulé bien plus vite qu'avant.

Pendant plus de cinq siècles, l'imprimé est resté le grand moyen de diffuser le savoir, jusqu'à l'arrivée des écrans. Ton manuel scolaire, qu'il soit imprimé à Abidjan, à Montréal ou à Hanoï, descend de l'atelier de Mayence, et de ceux, plus anciens, de Chine et de Corée. Sans oublier le papier bon marché venu de Chine, sans lequel rien de cela n'aurait été possible : voir Cai Lun.

Une page de la Bible de Gutenberg, imprimée à Mayence vers 1455 ; les lettres rouges et bleues ont été ajoutées à la main (bibliothèque Bodléienne, Oxford).Bodleian Libraries, University of Oxford · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons

Le savais-tu ?

  • Pour financer ses recherches, Gutenberg a emprunté deux fois 800 florins, alors qu'une maison à Mayence en valait environ 500.
  • Le plus ancien livre connu imprimé avec des caractères mobiles en métal n'est pas européen : c'est le Jikji, imprimé en Corée en 1377 et conservé aujourd'hui à Paris.
  • Sur les quelque 180 Bibles imprimées par l'atelier de Gutenberg, 49 existent encore aujourd'hui.

Cette fiche t’a plu ? Partage-la avec tes amis ou ta classe.

WhatsAppFacebook

Teste ce que tu viens de lire

Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.

À lire ensuite

Marie Curie, la chercheuse aux deux prix Nobel

Elle a découvert deux éléments chimiques, compris que certains atomes émettent des rayons par eux-mêmes, et reçu deux prix Nobel. Rien ne lui a été donné : ni le droit d'étudier, ni un vrai laboratoire, ni la reconnaissance de tous ses collègues.

8-12 ans

Imhotep, l'architecte de la première pyramide

Il y a environ 4 600 ans, en Égypte, Imhotep a dirigé la construction de la pyramide à degrés de Saqqarah, le premier grand monument entièrement bâti en pierre. Plus tard, on a fait de lui un dieu de la médecine, mais ce qui est prouvé, c'est son travail d'architecte, mené par essais successifs.

8-12 ans

Cai Lun, le papier fait de chiffons et de vieux filets

En l'an 105, en Chine, un haut fonctionnaire du palais nommé Cai Lun présente à l'empereur une façon de fabriquer du papier avec de l'écorce, des chiffons et de vieux filets de pêche. Il n'a pas inventé le papier à partir de rien, mais il l'a rendu bon marché et facile à produire, et c'est ce papier qui a fait le tour du monde.

8-12 ans

Al-Khwarizmi, le savant qui a donné son nom aux algorithmes

Au IXe siècle, à Bagdad, le mathématicien al-Khwarizmi écrit un livre pour résoudre pas à pas des problèmes d'héritage, de partage et de mesure des terres : son titre nous a donné le mot « algèbre ». Un autre de ses livres a fait connaître les chiffres venus d'Inde, et son nom, déformé en latin, est devenu le mot « algorithme ».

13-18 ans

Ibn al-Haytham, le savant qui a mis la lumière à l'épreuve

Il y a mille ans, entre Bassora et Le Caire, Ibn al-Haytham a montré que nous voyons parce que la lumière entre dans nos yeux, et non parce que nos yeux lancent des rayons. Surtout, il a voulu vérifier chaque idée par l'expérience, une exigence qui annonce la science moderne.

13-18 ans

Galilée, celui qui a tourné une lunette vers le ciel

Au début du XVIIe siècle, en Italie, Galilée améliore une lunette venue des Pays-Bas et découvre des montagnes sur la Lune et des lunes autour de Jupiter. Ses observations et ses expériences ont changé la façon de faire de la science, mais son soutien à l'idée que la Terre tourne autour du Soleil lui a valu un procès.

8-12 ans