L'Égypte des premiers rois
Il y a environ 4 600 ans, la vallée du Nil, au nord-est de l'Afrique, est gouvernée par un roi que l'on appellera plus tard pharaon. L'un d'eux, Djoser, règne au début de ce que les historiens nomment la IIIe dynastie, c'est-à-dire la troisième famille de rois d'Égypte. Pour découvrir cette civilisation, voir L'Égypte ancienne.
Les dates exactes varient de quelques dizaines d'années selon les spécialistes. Pour une époque aussi lointaine, c'est normal : on les reconstitue à partir de listes de rois écrites bien plus tard et de fouilles archéologiques.
De la vie d'Imhotep, on ne sait presque rien : ni sa date de naissance, ni celle de sa mort, ni l'endroit où il a été enterré. Ce qu'on sait de sûr tient surtout dans quelques mots gravés sur la pierre.
Un nom gravé à côté de celui du roi
À Saqqarah, près de l'ancienne capitale Memphis, au sud de l'actuelle ville du Caire, les archéologues ont retrouvé le socle d'une statue du roi Djoser. On y lit, à côté du nom du roi, celui d'Imhotep, avec ses titres : porteur du sceau du roi, c'est-à-dire celui qui scelle les documents officiels en son nom, grand prêtre d'Héliopolis, un important centre religieux, et chef des sculpteurs.
C'est un honneur rare : d'ordinaire, seul le nom du roi figurait sur ses monuments. Imhotep était donc l'un des personnages les plus importants du royaume. Son nom apparaît aussi sur le chantier du roi suivant, Sekhemkhet : il a survécu à Djoser et continué à bâtir.
Ce qu'il a construit
Avant lui, les rois et les grands personnages étaient enterrés sous des mastabas : des bâtiments rectangulaires et plats, posés au-dessus d'une tombe creusée dans le sol. Le mot vient de l'arabe et veut dire « banc », à cause de leur forme. Ils étaient faits surtout de briques de terre séchée.
Pour Djoser, Imhotep fait deux choses nouvelles :
- il remplace la brique de terre par des blocs de calcaire, une pierre ;
- il empile six mastabas de plus en plus petits les uns sur les autres.
Le résultat est la pyramide à degrés, haute d'une soixantaine de mètres, qui ressemble à un escalier géant. Tout autour, il fait bâtir un vaste ensemble de cours, de chapelles et de temples, entouré d'un mur de pierre de plus de 10 mètres de haut. Le roi, lui, repose dans une chambre creusée à plus de 20 mètres sous la pyramide.
Selon l'Unesco, qui l'a inscrite au patrimoine mondial, c'est le premier grand bâtiment en pierre jamais construit et la toute première pyramide. Les célèbres pyramides de Gizeh, aux faces lisses, ne viendront que quelques générations plus tard.
Comment il y est arrivé : essayer, corriger, recommencer
La pyramide n'a pas été dessinée d'un seul coup. En l'étudiant, les archéologues ont reconnu plusieurs étapes. Au départ, un mastaba de pierre, déjà original parce que sa base est carrée et non rectangulaire. Puis on l'agrandit. Puis on empile d'autres niveaux, jusqu'à six. Le projet a donc changé en cours de route, plusieurs fois.
Imhotep n'avait aucune expérience d'un aussi grand bâtiment en pierre : personne n'en avait. Alors il est parti de ce qu'il connaissait. Ses blocs de pierre ont à peu près la taille des briques de terre habituelles. Ses colonnes imitent, en pierre, des bottes de roseaux et de papyrus. Ses murs reproduisent les façades creusées de niches des tombes en brique.
Il fallait aussi résoudre un problème sérieux : le poids énorme de la pierre risquait de faire éclater le monument. Les bâtisseurs ont posé les rangées de blocs légèrement inclinées vers le centre, ce qui rend l'ensemble bien plus stable.
Enfin, Imhotep n'était pas seul. Un tel chantier demande des carriers pour extraire et tailler la pierre, des sculpteurs, des transporteurs, des scribes pour compter les rations et les outils, et un très grand nombre de travailleurs dont on ignore les noms. Il les a dirigés ; il ne les a pas remplacés.
Ce que la légende oublie
- Le médecin est sans doute une légende. Longtemps après sa mort, les Égyptiens ont vénéré Imhotep, puis en ont fait un dieu guérisseur, avec ses temples et ses prêtres. Les Grecs l'ont rapproché de leur propre dieu de la médecine, Asclépios. On lit encore qu'il fut « le premier médecin de l'histoire », ou qu'il a écrit un célèbre texte médical égyptien, copié en réalité bien des siècles après lui. Mais aucun document de son époque ne le présente comme médecin : en 1986, l'historien de la médecine Guenter Risse a montré que cette réputation ne repose sur aucune preuve solide. La célébrité attire les légendes.
- Sa tombe n'a jamais été retrouvée. Depuis le XIXe siècle, plusieurs générations d'archéologues l'ont cherchée, sans doute à Saqqarah ou dans les environs, sans succès.
- La gloire est allée au roi. Le monument était fait pour Djoser, pour sa vie après la mort selon les croyances égyptiennes. Plus de mille ans plus tard, une inscription appelait encore Djoser « celui qui a ouvert la pierre », comme si l'invention lui revenait.
Ce qu'il a laissé
- L'architecture de pierre. Après lui, les Égyptiens ont bâti en pierre leurs temples, leurs tombeaux et leurs pyramides, de plus en plus grands et précis.
- Un monument toujours debout. La pyramide a été abîmée par le temps et par un tremblement de terre en 1992. Après quatorze ans de restauration, elle a rouvert au public en 2020. Un architecte français, Jean-Philippe Lauer, avait consacré presque toute sa vie à fouiller et restaurer l'ensemble de Djoser.
- Une leçon de méthode. Innover, ce n'est pas toujours partir de rien : Imhotep a reproduit dans un matériau nouveau des formes que tout le monde connaissait, puis il a corrigé son projet en avançant. Qu'on bâtisse aujourd'hui un pont, un stade ou une école, un chantier se prépare toujours ainsi, par étapes et par essais.
Le savais-tu ?
- Le nom d'Imhotep est gravé sur le socle d'une statue du roi Djoser : un honneur exceptionnel, car d'ordinaire seul le nom du roi figurait sur ses monuments.
- La tombe d'Imhotep n'a jamais été retrouvée, alors que des archéologues la cherchent à Saqqarah depuis le XIXe siècle.
- La pyramide de Djoser a rouvert au public en 2020, après quatorze ans de travaux de restauration.
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