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Comment sait-on ce qu’on sait

Croire et savoir ne sont pas la même chose. Comprendre ce qui les sépare est la question la plus utile de toute la philosophie, parce qu'on s'en sert chaque jour.

13-18 ans

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Trois états différents

Croire, c'est tenir quelque chose pour vrai. Savoir, c'est le tenir pour vrai avec de bonnes raisons, et se tromper serait alors une surprise. Avoir une opinion, c'est tenir quelque chose pour vrai sans avoir vérifié.

La distinction est ancienne. Chez Platon, la connaissance se distingue de l'opinion droite par le fait qu'on peut en rendre compte : expliquer pourquoi. Une réponse juste obtenue par chance n'est pas un savoir.

Prends un exemple : quelqu'un devine le résultat d'un match et tombe juste. Il ne savait pas, il a eu raison. C'est très différent d'un analyste capable d'expliquer son pronostic.

Le doute comme méthode

Au XVIIe siècle, en Europe, Descartes propose une expérience radicale : mettre en doute tout ce qui peut l'être, pour voir s'il reste quelque chose. Les sens peuvent tromper, les rêves imitent la réalité, les raisonnements peuvent contenir des erreurs.

Il conclut qu'il reste au moins ceci : pendant qu'il doute, quelque chose doute. Cette démarche a été discutée et critiquée sans arrêt depuis, ce qui est le meilleur signe qu'elle était sérieuse.

Le doute méthodique n'est pas du scepticisme paresseux. Douter de tout et s'arrêter là ne mène nulle part. Douter pour reconstruire sur ce qui résiste, c'est autre chose.

D'autres traditions posent la question autrement

Les écoles philosophiques de l'Inde ancienne ont élaboré une théorie très détaillée des moyens de connaître : la perception, l'inférence, la comparaison, le témoignage d'une personne fiable. Leurs débats sur la fiabilité du témoignage sont étonnamment proches des nôtres.

Le philosophe bouddhiste Nagarjuna, vers le IIe siècle, pousse la question plus loin : aucune chose n'a de nature propre indépendante, tout existe en relation. On ne connaît donc jamais un objet isolé, mais un réseau de dépendances.

Dans le monde islamique médiéval, Al-Farabi puis Ibn Rushd s'interrogent sur les rapports entre ce qu'on démontre, ce qu'on croit et ce qu'on enseigne au plus grand nombre, un problème d'éducation autant que de logique.

Dans les traditions orales africaines, la fiabilité d'un savoir est souvent liée à la chaîne de transmission : qui l'a dit, de qui l'a-t-il reçu, cette personne était-elle en position de le savoir. C'est très exactement le raisonnement qu'un historien applique à une source écrite.

Ce que la science a ajouté

La science ne remplace pas ces questions : elle apporte une méthode pour un type de savoir particulier.

Son idée centrale est simple et puissante : une affirmation scientifique doit pouvoir être mise en échec. Il faut pouvoir dire ce qui, si on l'observait, montrerait qu'elle est fausse. Une affirmation compatible avec tous les résultats possibles ne dit rien.

De là viennent les exigences pratiques : mesurer, comparer à un groupe témoin, publier sa méthode, permettre à d'autres de refaire l'expérience, accepter la correction. Un résultat scientifique est toujours provisoire, non par faiblesse, mais parce que la révision est le mécanisme lui-même.

Les pièges de notre propre tête

La recherche en psychologie a documenté des travers qui nous concernent tous.

  • Nous retenons mieux ce qui confirme ce que nous pensions déjà.
  • Nous jugeons plus fréquent ce dont nous nous souvenons facilement.
  • Nous nous sentons plus sûrs quand nous en savons peu, et plus prudents en apprenant.
  • Nous faisons davantage confiance à ce qui est répété, indépendamment de sa vérité.

Ces travers ne se corrigent pas par la bonne volonté. Ils se corrigent par des méthodes : écrire ses prévisions avant de connaître le résultat, chercher activement ce qui contredit, demander à quelqu'un qui n'est pas d'accord.

Une question honnête pour finir

Sur quoi repose ce que tu crois savoir de plus important ? Quelqu'un te l'a dit, tu l'as lu, tu l'as vérifié ?

Aucune de ces trois réponses n'est honteuse. La plupart de nos savoirs viennent de témoignages, et il serait absurde de vouloir tout revérifier soi-même. Mais savoir de quel type est chacun de nos savoirs, vérifié, transmis, supposé, change la façon dont on le défend. On ne discute pas une chose qu'on a mesurée comme une chose qu'on a entendue.

Le savais-tu ?

  • Chez Platon, une réponse juste obtenue par chance n'est pas un savoir : il faut pouvoir expliquer pourquoi.
  • Les écoles philosophiques de l'Inde ancienne ont classé les moyens de connaître, perception, inférence, comparaison, témoignage, et débattu de leur fiabilité.
  • Une affirmation compatible avec absolument tous les résultats possibles n'est pas scientifique : elle ne dit rien.

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