De quoi un argument est fait
Un argument a deux parties : une ou plusieurs raisons, on dit des prémisses, et une conclusion qu'elles sont censées soutenir.
Tous les mammifères allaitent leurs petits. Le pangolin est un mammifère. Donc le pangolin allaite ses petits.
Deux raisons, une conclusion. Si les raisons sont vraies et le raisonnement correct, la conclusion suit.
Attention à la différence, qui n'est pas un détail : un raisonnement peut être correct et sa conclusion fausse, si l'une des raisons est fausse au départ. Et une conclusion vraie peut être défendue par un raisonnement mauvais. Il faut donc vérifier les deux choses séparément.
Ce qui n'est pas un argument
- Répéter plus fort. Le volume ne démontre rien.
- Dire que tout le monde le pense. Beaucoup de gens ont longtemps cru que la Terre était plate.
- Attaquer la personne. Que quelqu'un soit antipathique ne rend pas son affirmation fausse.
- Menacer. Une menace obtient une soumission, pas un accord.
- Dire que c'est évident. Si c'était évident, il n'y aurait pas de discussion.
Les pièges classiques, avec leur nom
Les logiciens les appellent des sophismes : des raisonnements qui ont l'air valides et ne le sont pas. Les connaître, c'est pouvoir les nommer au moment où on les subit.
L'attaque contre la personne. « Il n'y connaît rien, c'est un jeune. » L'âge de quelqu'un ne dit rien de la vérité de sa phrase.
L'appel à l'autorité mal placé. Un chanteur célèbre qui recommande un médicament n'est pas un médecin. L'autorité compte, mais seulement dans le domaine où elle est compétente.
Le faux dilemme. « Ou tu es avec nous, ou tu es contre nous. » On présente deux options alors qu'il en existe d'autres. Très fréquent en politique.
L'homme de paille. On déforme la position de l'adversaire pour la rendre facile à démolir, puis on triomphe d'une position que personne ne défendait.
La pente glissante. « Si on autorise ceci, bientôt on autorisera cela. » Une suite d'étapes est affirmée sans être démontrée.
La généralisation hâtive. Deux cas observés, une conclusion sur tout le monde.
La confusion entre coïncidence et cause. Deux choses arrivent ensemble, donc l'une causerait l'autre. Les ventes de parapluies augmentent quand il pleut ; les parapluies ne font pas la pluie.
L'appel à la tradition. « On a toujours fait comme ça. » Ce qui est ancien n'est ni vrai ni faux pour cette raison.
Discuter sans chercher à gagner
La discussion utile n'est pas un combat. Trois habitudes la rendent possible :
- Reformuler ce que dit l'autre avant de répondre, et lui demander si c'est bien cela. La moitié des désaccords disparaissent à cette étape.
- Présenter la position adverse dans sa version la plus forte, pas la plus bête. Si tu ne la bats que dans sa version bête, tu n'as rien battu.
- Distinguer les faits des valeurs. « Il y a eu tant de cas » se vérifie. « C'est inacceptable » est un jugement. On ne discute pas les deux de la même façon.
Un cas qui arrive tous les jours
Une information circule : un remède ferait des miracles. Comment fais-tu ?
- Qui l'affirme, et qu'est-ce qu'il y gagne ?
- Sur quoi cela repose-t-il : une expérience mesurée, ou des témoignages ?
- Combien de personnes, comparées à quel groupe ?
- Existe-t-il des cas où cela n'a pas marché, et en parle-t-on ?
Ces quatre questions ne demandent aucune connaissance spécialisée. Elles suffisent à écarter l'essentiel de ce qui circule de faux, et elles fonctionnent pour un remède comme pour une rumeur politique.
Pourquoi cela vaut la peine
Parce que ceux qui veulent obtenir quelque chose de toi, te vendre un produit, te faire voter, te faire relayer un message, utilisent ces pièges, souvent très bien. Les reconnaître ne rend pas méfiant de tout : cela rend capable de choisir quand faire confiance.
Le savais-tu ?
- Un raisonnement peut être parfaitement correct et sa conclusion fausse, si l'une des raisons de départ est fausse.
- Le « faux dilemme » consiste à présenter deux options, « avec nous ou contre nous », alors qu'il en existe d'autres.
- Les ventes de parapluies augmentent quand il pleut, mais les parapluies ne causent pas la pluie : deux choses liées ne s'expliquent pas forcément l'une par l'autre.
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
À lire ensuite
Qu’est-ce que la philosophie
La philosophie n'est pas une matière compliquée réservée aux adultes. C'est ce que tu fais déjà quand tu demandes « pourquoi ? » et que la réponse ne te suffit pas.
8-12 ans
Comment sait-on ce qu’on sait
Croire et savoir ne sont pas la même chose. Comprendre ce qui les sépare est la question la plus utile de toute la philosophie, parce qu'on s'en sert chaque jour.
13-18 ans
Qu’est-ce que le bien ? Quatre réponses sérieuses
Comment savoir si une action est bonne ? Quatre grandes réponses ont été données sur des continents différents. Elles ne se contredisent pas toujours, mais elles ne jugent pas les mêmes choses.
13-18 ans
Qu’est-ce qu’une société juste
Tout le monde veut une société juste, et personne n'est d'accord sur ce que cela veut dire. Le désaccord n'est pas un manque de bonne volonté : il porte sur des principes différents.
13-18 ans
Suis-je libre ?
Tu as l'impression de choisir. Mais tes choix viennent de ton éducation, de ton cerveau, de ton milieu. Alors la liberté est-elle une illusion, ou faut-il la définir autrement ?
13-18 ans
Socrate et l’art de questionner
Il n'a rien écrit, il disait ne rien savoir, et il a été condamné à mort pour ses questions. Socrate a inventé une méthode qu'on utilise encore dans toutes les écoles du monde.
8-12 ans