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Anansi, l'araignée qui possède toutes les histoires

Une petite araignée rusée qui obtient du dieu du ciel toutes les histoires du monde : chez les Akan du Ghana, les contes portent son nom. Anansi a traversé l'océan avec les Africains déportés, et on raconte encore ses aventures en Afrique de l'Ouest comme dans les Caraïbes.

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Anansi, l'araignée qui possède toutes les histoires

D'où viennent ces récits

Anansi, ou Kwaku Ananse, vient des peuples akan, qui vivent surtout au Ghana et dans une partie de la Côte d'Ivoire, en Afrique de l'Ouest. Ananse veut dire « araignée » dans leur langue, le twi.

Chez les Akan, presque tous les contes sont appelés *anansesem, les « histoires d'araignée », même quand l'araignée n'y apparaît pas. Ils se transmettent à voix haute, de génération en génération. Ces contes restent bien vivants* : on les raconte toujours, en famille, à l'école, à la radio, au Ghana comme dans les Caraïbes.

Un administrateur et ethnologue britannique, Robert Rattray, en a recueilli des dizaines au Ghana dans les années 1920 et les a publiés en 1930, en anglais et en twi, la langue des conteurs.

Comment Anansi a obtenu les histoires

Voici le conte le plus célèbre, tel que Rattray l'a recueilli.

Autrefois, toutes les histoires appartenaient au dieu du ciel, Nyame, appelé aussi Nyankonpon. Anansi va le trouver pour les lui acheter. Le dieu se moque de lui : de grandes et puissantes villes ont déjà essayé, sans succès, alors comment une petite araignée y arriverait-elle ? Puis il fixe un prix qu'il croit impossible : Anansi doit lui apporter Onini le python, Osebo le léopard, Mmoatia la fée et Mmoboro, les frelons.

Anansi demande conseil à sa femme, Aso, et il réussit chaque épreuve par la ruse, jamais par la force :

  • pour le python, il prétend se disputer avec sa femme sur sa longueur, et propose au serpent de s'allonger contre une branche pour mesurer ; il n'a plus qu'à l'y attacher ;
  • pour les frelons, il fait croire qu'il pleut en les aspergeant d'eau, et leur offre un abri : une calebasse, qu'il referme aussitôt ;
  • pour le léopard et la fée, il prépare d'autres pièges astucieux.

Anansi apporte le tout au dieu du ciel, qui tient parole devant son assemblée : désormais, les histoires s'appelleront les histoires d'Anansi.

Un héros qui n'est pas parfait

Anansi n'est pas un modèle de vertu. Dans beaucoup de contes, il est gourmand, menteur, paresseux, et ses ruses se retournent contre lui. Un conte explique ainsi pourquoi l'araignée a une petite tête et un gros derrière, un autre pourquoi elle a le crâne chauve.

C'est justement ce qui rend ces contes utiles : on rit d'Anansi, et l'on apprend en même temps ce qu'il ne faut pas faire. Le plus faible peut l'emporter sur le plus fort grâce à son intelligence, mais la malhonnêteté finit souvent par coûter cher.

Mythe et histoire

Les contes d'Anansi ne prétendent pas raconter des faits. Rattray note qu'au Ghana, ils se racontaient après la tombée de la nuit, et que le conteur commençait par une formule disant qu'il ne fallait pas prendre ses paroles au pied de la lettre. Pendant le conte, on pouvait même se moquer des chefs ou des puissants, à condition de leur donner des noms d'animaux.

Ce qui est historique, c'est le voyage de ces contes. Pendant la traite atlantique, des Akan ont été déportés vers les Amériques, en particulier en Jamaïque. Ils ont emporté Anansi avec eux. Là-bas, l'araignée qui triomphe des puissants par la ruse a pris un sens particulier pour des personnes réduites en esclavage. En Jamaïque, on l'appelle souvent Anancy.

Il faut aussi se souvenir que Rattray travaillait pour l'administration coloniale britannique : son recueil est précieux, mais c'est un regard extérieur sur une tradition qui appartient d'abord aux conteurs akan.

Ce qu'il en reste aujourd'hui

Anansi est l'un des personnages les plus connus d'Afrique de l'Ouest et des Caraïbes. Ses aventures sont devenues des albums pour enfants, des pièces de théâtre, des dessins animés et des émissions de radio. Partout, il rappelle qu'une histoire bien racontée est un trésor qui se transmet.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Chez les Akan, presque tous les contes s'appellent anansesem, « histoires d'araignée », même ceux où l'araignée n'apparaît pas.
  • Selon le conte recueilli par Robert Rattray, le dieu du ciel demandait pour ses histoires un python, un léopard, une fée et des frelons : Anansi les a tous capturés par la ruse.
  • Au Ghana, ces contes se racontaient la nuit, et le conteur prévenait d'abord qu'il ne fallait pas prendre ses paroles au pied de la lettre.

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