Une enfance sous surveillance
Augusta Ada Byron naît le 10 décembre 1815 à Londres, en Angleterre. Son père est un poète très célèbre, Lord Byron. Ses parents se séparent un mois après sa naissance ; son père quitte l'Angleterre quelques mois plus tard, et Ada ne le reverra jamais. Il meurt en Grèce quand elle a huit ans.
Sa mère, Annabella Milbanke, aime les mathématiques. Elle veut à tout prix que sa fille ne devienne pas une poète rêveuse comme son père. Elle lui impose des professeurs particuliers et beaucoup de mathématiques, avec une discipline très sévère : quand Ada travaillait mal, elle pouvait être punie en devant rester allongée sans bouger.
À cette époque, en Angleterre, les filles n'ont pas accès à l'université. Ada apprend donc chez elle. Elle est souvent malade : à 13 ans, une rougeole la cloue au lit pendant longtemps. Cela n'éteint pas sa curiosité. Enfant, elle se passionne pour les machines volantes et imagine un cheval volant mécanique, mû par la vapeur.
La rencontre avec une machine
Le 5 juin 1833, à 17 ans, Ada rencontre dans une soirée Charles Babbage, un mathématicien et inventeur. Deux semaines plus tard, il lui montre un morceau de sa « machine à différences », une énorme calculatrice mécanique faite d'engrenages. Ada est fascinée, et elle comprend comment elle fonctionne.
Peu après, Babbage imagine une machine bien plus ambitieuse : la machine analytique. Elle n'est pas faite pour un seul type de calcul. On lui donnerait ses instructions à l'aide de cartes perforées, des cartons percés de trous, une idée empruntée aux métiers à tisser du Français Joseph-Marie Jacquard, qui fabriquaient des tissus à motifs.
Des professeurs qui la prennent au sérieux
Ada ne progresse pas seule. La scientifique écossaise Mary Somerville, l'une des rares femmes savantes reconnues de son temps, devient son amie : elle lui prête des livres, lui pose des problèmes, parle avec elle des machines de Babbage.
En 1835, Ada épouse William King, qui deviendra comte de Lovelace : elle devient Ada, comtesse de Lovelace. Ils ont trois enfants. Puis, en 1841, elle reprend les mathématiques de haut niveau, par lettres, avec le grand mathématicien Augustus De Morgan. Des historiens qui ont étudié ces lettres ont montré qu'elle travaillait au niveau des étudiants d'université de l'époque, et qu'elle posait des questions très fines.
Les « Notes » de 1843
En 1842, un ingénieur italien, Luigi Menabrea, publie en français un article qui décrit la machine analytique. Ada le traduit en anglais. Babbage lui demande pourquoi elle n'écrit pas plutôt un texte à elle ; elle répond que l'idée ne lui était pas venue. Il lui suggère d'ajouter des notes.
Ces Notes finissent par être trois fois plus longues que l'article lui-même. Elles paraissent en 1843, signées seulement de ses initiales, A.A.L. On y trouve :
- un programme : un tableau qui décrit, étape par étape, comment la machine pourrait calculer une suite de nombres compliqués, les nombres de Bernoulli. C'est pour cela qu'on la présente souvent comme la première programmeuse de l'histoire ;
- une vision : si des symboles, des lettres ou même des notes de musique peuvent être représentés par des nombres, alors la machine pourrait travailler sur eux. Ada écrit qu'elle pourrait même composer de la musique. C'est exactement ce que font nos ordinateurs, nos téléphones et nos logiciels de musique.
Elle compare la machine au métier Jacquard : l'un tisse des fleurs et des feuilles, l'autre tisserait des motifs d'algèbre.
Une machine jamais construite
La machine analytique n'a jamais été fabriquée. Babbage n'avait même pas réussi à terminer sa première machine, arrêtée en 1833 après une dispute avec son mécanicien, puis abandonnée, alors que le gouvernement britannique y avait déjà dépensé une fortune. Les idées d'Ada sont donc restées sur le papier pendant plus d'un siècle.
Sa santé se dégrade. Elle a aussi des difficultés personnelles : elle parie sur des courses de chevaux et laisse de grosses dettes. Ada Lovelace meurt d'un cancer le 27 novembre 1852, à seulement 36 ans.
Ce que la légende oublie
- Elle n'a pas travaillé seule, et les historiens discutent de sa part exacte. Babbage avait déjà écrit, avant elle, des suites d'opérations pour sa machine, et il raconte avoir proposé de faire lui-même une partie des calculs sur les nombres de Bernoulli. Mais il ajoute qu'Ada y a trouvé une grave erreur et la lui a renvoyée pour qu'il la corrige.
- Son idée la plus originale n'est pas le programme. Pour le musée de l'histoire de l'informatique en Californie, ce qui compte le plus est sa vision d'une machine qui manipule des symboles, pas seulement des nombres. Sur ce point, elle semble avoir vu plus loin que Babbage lui-même.
- Ses Notes n'ont pas directement mené aux ordinateurs. Les inventeurs des premiers ordinateurs électroniques, dans les années 1940, ont souvent retrouvé ces idées sans connaître les travaux de Babbage et d'Ada. Ils ont été redécouverts plus tard.
Ce qu'elle a laissé
- Une idée fondatrice : un ordinateur est une machine qui suit des instructions et qui peut traiter des nombres, des textes, des images ou des sons. (Voir qu'est-ce qu'un ordinateur et apprendre à programmer.)
- Un symbole : elle est devenue, dans le monde entier, une figure pour les femmes qui choisissent l'informatique et les technologies.
- Une leçon : on peut avoir un temps d'avance même sans diplôme, pourvu qu'on soit curieux, qu'on travaille, et qu'on trouve des personnes prêtes à vous prendre au sérieux.
Le savais-tu ?
- Un langage de programmation porte son nom : Ada, créé pour le ministère américain de la Défense par une équipe dirigée par le Français Jean Ichbiah. Sa norme de 1980 porte le numéro 1815, l'année de naissance d'Ada Lovelace.
- Enfant, elle a imaginé un cheval volant mécanique qui aurait fonctionné à la vapeur.
- Une machine à calculer dessinée par Babbage entre 1847 et 1849 a été construite pour de bon en 2002, d'après ses plans : un monstre d'environ cinq tonnes.
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